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L'incroyable parcours d'un travailleur immigré



L'incroyable parcours d'un travailleur immigré
Aussi incroyable que cela puisse paraître, Sadok Senoussi, né en 1938 à Liana, petit hameau situé en bordure du Sahara algérien et adossé aux contreforts sud des Aurès dans la wilaya de Biskra, sur Oued El Arab, où il n'y avait à l'époque ni eau courante, ni électricité, ni téléphone, ni radio, ni médecin et encore moins de routes carrossables, est parti en France à l'âge de 19 ans.Il n'avait pour seul bagage que quelques rudiments de connaissances acquises dans une école coranique et pratiquement aucune maîtrise de la langue française. Imaginez la scène. Nous sommes en 1957. La guerre d'Algérie bat son plein. Quasiment analphabète, notre homme débarque à Paris. Il travaille quelque temps dans le bâtiment comme man?uvre sur des chantiers de construction, mais sa soif de connaissances et de savoir le pousse à approfondir ses études.Il suit alors des cours d'alphabétisation et obtient un CAP de plâtrier, puis son baccalauréat et s'inscrit en physique à la Sorbonne pour entrer de plain-pied, en 1969, dans le monde de la recherche avant d'être nommé directeur de recherches scientifiques au CNRS et de prendre une retraite couronnant une riche carrière de savant dévoué à la recherche scientifique et à l'enseignement universitaire.Ses travaux, dont certains ont été repris et utilisés par la firme Siemens, ont porté sur le filtrage des vitesses en microscopie électronique et corpusculaire, sur la fabrication d'appareils d'analyse de la matière, sur la supraconductibilité des matériaux organiques et sur la magnétorésistance géante. Dans un livre poignant intitulé Du Sahara au c?ur de la physique, édité en 2015 et préfacé par Albert Fert, prix Nobel de physique en 2007, Sadok Senoussi retrace son itinéraire de travailleur immigré en France.Avec un humour décapant et beaucoup de détails, il raconte d'abord son enfance marquée par la faim, la soif et le désir inextinguible de tout connaître, d'apprendre et de comprendre les mécanismes de la vie et de la constitution de la matière ainsi que par l'influence de ses parents toujours «dignes et debout» malgré les difficultés de la vie d'antan dans ces contrées «abandonnées au soleil, au vent et aux scorpions, mais où malgré le dénuement et les privations endurées stoïquement par la population, il y avait une vie et des relations sociale intenses, des coutumes et des rites permettant de vaincre l'ennui, restant pour ce physicien de génie l'un de ses pires ennemis», fait-il remarquer.Il évoque aussi sa vie d'étudiant au quartier latin entre «puritanisme et brin d'érotisme», son entrée à la Sorbonne et sa promotion en 1988 au poste de directeur de recherche au CNRS sans omettre de rendre un hommage appuyé à ses collègues Pierre Garoche et Marcel Guillaume. «Il n'y a rien de plus international que la recherche scientifique», conclut-il l'un des chapitres de son livre construit comme un roman d'aventures à lire d'un trait.Désormais retraité, ayant la satisfaction de pouvoir voir ses enfants et de s'occuper de ses petits-enfants, Sadok Senoussi ne rate pas une occasion de revenir à Liana et Biskra pour revoir les siens et les lieux où ses premiers émois ont éclos. Bien que son village natal ait maintenant de l'eau courante, de l'électricité, le gaz de ville, le téléphone et même la connexion à internet et que ses routes soient goudronnées et que ses maisons soient toutes en dur et dotées de toutes les commodités modernes, «celui-ci a perdu son âme», se désole-t-il. Mais cela est une autre histoire.
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