
On a beaucoup évoqué la contrebande de pétrole. Celle des dattes saigne aussi l'économie nationale. Des citoyens et des producteurs à Biskra tirent la sonnette d'alarme. Tolga, à une soixantaine kilomètres de Biskra. Dans cette petite ville, partout des étals regorgent de dattes. Les garages servent moins aux mécaniciens qu'au tri ou au stock des différentes variétés du fruit doré. On dirait même que tout l'air est imprégné de son odeur. « Rien d'anormal, ici, c'est le royaume de Deglet Nour », rappelle M. Haddoud qui gère une unité de conditionnement de dattes destinées exclusivement à l'exportation. La localité compte pourtant une autre originalité. Il suffit de déambuler quelque temps pour constater beaucoup de voitures immatriculées en Tunisie. Ce sont des commerçants qui viennent acheter en grosses quantités des dattes qui seront réexportées à partir de ce pays voisin vers l'Amérique du Nord et l'Europe. « Cela sans compter les énormes quantités qui sortent frauduleusement par les voies de la contrebande », ajoute notre interlocuteur.Multiples entravesL'Algérie qui vit de son pétrole possède pourtant d'autres ressources qui peuvent lui procurer des devises. L'exportation de dattes est un créneau qui intéresse de plus en plus d'exportateurs. De 12.000 tonnes en 2008, la quantité a depuis doublé mais demeure faible en comparaison du volume de production. Elle n'atteint même pas le 5%. Sixième producteur, l'Algérie occupe au classement des exportateurs la 28e place, loin derrière la Tunisie ou le Maroc qui n'ont pas des palmeraies aussi vastes. Le montant des exportations de dattes a atteint 20 millions de dollars en 2009, selon M. Haddoud. On aurait pu faire davantage de recettes avec une meilleure organisation logistique de cette activité. « 50.000 tonnes, ce n'est pas extraordinaire. Un seul opérateur peut exporter cette quantité », estime-t-il. Karim Lebsir est gérant de la Sarl Sioua. Cet émigré, originaire de Boudjellil, dans la vallée de la Soummam, a flairé la bonne affaire dans le Sud. Il ne voit pas en la contrebande la seule entrave au développement de la filière. Selon lui, les Tunisiens « ont eu le temps, alors que nous traversions la décennie noire et même avant, de mettre à niveau leurs entreprises qui répondent mieux aux normes des marchés extérieurs ». Les unités de production et de conditionnement de dattes doivent être mises à niveau et obtenir un label de certification, avant que les marchés à l'export ne soient verrouillés. Le défi pour M. Lebsir est là, pas ailleurs. Aller vers la certification des unités de production pour se mettre au niveau des standards internationaux est urgent. Faute de cela, les marchés étrangers seront de plus en plus difficiles d'accès. L'économie du voisin est mieux arrimée aux circuits du commerce mondial sur le plan des nouvelles technologies d'information et de communication, de maîtrise des langues étrangères. « Pour ne prendre que le seul exemple du transport, sans évoquer l'aérien, dans les pays voisins, il y a un bateau en partance tous les jours vers l'Europe », observe M. Lebsir.La vraie batailleUn contrôle strict au niveau des frontières où les saisies sont fréquentes ne saurait être la seule solution. Selon Mabrouk Bitam, fellah, il faut d'abord un marché de gros et des marchés de proximité pour réguler les prix. A le croire, c'est le seul moyen pour réduire le nombre d'intermédiaires. « Si on mettait en place ce système de contrôle, le prix de la datte ne dépasserait pas les 200 DA à Alger », affirme-t-il. Tout le monde se plaint de voir le kilo de datte qui s'écoule ici à 150 DA se vendre plus cher ailleurs. Les pouvoirs publics sont conscients du caractère stratégique de cette filière. Les facilités d'accès à la propriété foncière, au crédit, même si elles sont entravées par des lenteurs, sont réelles. De nombreuses palmeraies ont surgi ces dernières années dans la région de Biskra. La mise en valeur des terres n'a pas servi seulement les cultures maraîchères ; d'autres palmeraies ont par contre vieilli et, suite à des morcellements, d'autres sont laissées à l'abandon. La courbe de la production est en net redressement. La bataille se livre sur le terrain de la maîtrise des techniques de conditionnement, de labellisation du produit algérien pour conquérir les marchés internationaux. Le manque d'encadrement technique des producteurs, l'entretien des palmeraies, la modernisation de l'outil de stockage froid sont aussi revenus comme d'impératives exigences lors de la dernière visite de M. Sellal dans la wilaya de Biskra.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : R H
Source : www.horizons-dz.com