Biskra - A la une

Évocation



Par Mohamed Djeraba
Hocine Sassi, L'enfant de Feliache (Biskra), n'est plus. Il est parti quelques jours après la célébration du 63e anniversaire du déclenchement de la gerre de Libération nationale, sans chahut, sur la pointe des pieds, en silence et dans la quiétude. Il est parti avec ses questionnements et ses interrogations. Il est parti avec un rêve, une Algérie plus libre encore. Hocine était constamment en quête de liberté au sens le plus noble du mot. «A ceux que j'aime, je souhaite la liberté», pour reprendre l'expression d'un penseur.
Parce que la voix des moudjahidine ne porte plus ; il n'est pas dans mes habitudes de dire l'oraison, fut-elle celle d'un très proche, mais la voix des moudjahidine ne porte plus ; j'ai décidé d'être leur porte-voix et non le porte-parole.
La voix des moudjahidine ne porte plus ; pour dire que Hocine était un valeureux moudjahid de la Willaya VI historique. Il fut parmi les jeunes médersiens qui répondront à l'appel du devoir et du sacrifice. En rejoignant les cellules urbaines d'abord pour se retrouver, ensuite djoundi dans les unités combattantes. La voix des moudjahidine ne porte plus : pour dire qu'il fut le compagnon du colonel Chaâbani, pendant et après la guerre de Libération nationale. La voix des moudjahidine ne porte plus, pour dire que Hocine, n'ayant pas eu le temps de savourer l'indépendance, qu'il goutta les affres de la prison de l'Algérie indépendante pour avoir défendu avec ses compagnons les principes de Novembre 1954.
La voix des moudjahidine ne porte plus, pour dire que Hocine était cette voix tranchante, acérée, tonnante et foncièrement patriotique dans la défense des principes novembristes.
La voix des moudjahidine ne porte plus, pour dire que Hocine ne savait pas ce que silence voulait dire au sein de toutes les instances, de tous forums et institutions, de la Constituante de 1963 jusqu'à l'APN de 1977 en passant par l'Organisation nationale des moudjahidine (ONM) et les structures du FLN.
Il était le compagnon fidèle du grand militant el marhoum Abdelhamid Mehri, face à l'adversité et aux puissants du moment. La voix des moudjahidine ne porte plus, pour dire la triple souffrance que portait Hocine au soir de sa vie, la souffrance de sa maladie qu'il supportait stoïquement, la souffrance que son pays traversait des moments difficiles et des années de deuil quotidien.
Notre génération en a souffert, elle en a payé le prix fort. Hocine vivait ce drame avec une foi indétectable. Il ne la prêchait pas, il la vivait.
La souffrance induite par cette déferlante révisionniste. Doit-on s'excuser pour avoir été moudjahid, pour avoir participé à la libération ' disait-il. La voix des moudjahidine ne porte plus, pour dire la profonde meurtrissure de Hocine de voir, lui l'enfant de Biskra, une descendante de l'immonde Bengana, le Klaus Barbie des Zibans, reçue avec les honneurs en Algérie.
La voix des moudjahidine ne porte plus, pour dire tout son désespoir face aux tentatives d'assassinat de la mémoire, face au silence de ses compagnons qui n'ont plus de voix au double sens du terme. La voix des moudjahidine ne porte plus, pour dire que j'ai voulu montrer une individualité, un responsable au sens plein du terme, un militant convaincu. La voix des moudjahidine ne porte plus, pour dire que Hocine ne portait à sa personne qu'un intérêt limité. Hocine n'a jamais perdu de vue le seul intérêt de sa vie, l'Algérie, son pays, ses ancêtres, ses racines, de ses réflexions foncièrement novembriste, l'impatience de faire et de bien faire.
Du reste comme la génération de la guerre, il était rudoyé par les convulsions de la «révolutionite» du début. Hocine ne voulait pas perdre sa voix. Militant et croyant profondément à cette mission de bien faire, il dut sans cesse improviser, se mouvoir, mais sans jamais modifier son cap, quitte à se retrouver en porte-à-faux avec les gouvernants.
Hocine ne voulait à aucun prix remettre eu cause certains choix, ne voulant transiger sur des principes et valeurs qui ont guidé son parcours. La voix des moudjahidine ne porte plus, pour dire que Hocine a peut-être pensé en lui-même et qu'il a dû répéter sans cesse : «Je ne vis plus pour moi-même, je vis pour accomplir les principes novembristes.»
La voix des moudjahidine ne porte plus, pour dire que Hocine vit sans crainte avec son Créateur dans la piété la plus accomplie dans la lumière de la vérité.
La voix des moudjahidine ne porte plus : Hocine aurait répété sans cesse cette pensée philosophique : «A ceux que j'aime, je souhaite la liberté.» Alors, repose en paix, Hocine, la voie le l'histoire la plus pérenne ne peut être confisquée.
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