Loquace et pédagogique comme tout bon enseignant algérien dès le contact établi, il est un puits de connaissances et recèle en son for intérieur un volcan incandescent et bouillant qu'il canalise en écrivant des nouvelles et de poèmes en langue française.
Né en 1954 à Arris, village des Aurès situé à 90 km à l'est de Biskra, Djamel Mokhtari est un auteur méconnu du grand public. Ne vous fiez pas à son corps semblant frêle et à son visage sévère, renfrogné et fermé de montagnard que la rudesse de la vie dans les Aurès a sculpté au burin.
La profondeur de son regard direct emprunt de compassion et de considération pour autrui n'est toutefois aucunement altérée. À n'en pas douter, c'est un écrivain et un poète de talent à la recherche de lecteurs et d'audience. Loquace et pédagogique comme tout bon enseignant algérien dès le contact établi, il est un puits de connaissances et recèle en son for intérieur un volcan incandescent et bouillant qu'il canalise en écrivant des nouvelles et de poèmes en langue française. «L'écriture est un exutoire et un besoin.
C'est le seul espace de liberté qu'il nous reste et j'en profite allégrement et sans vergogne pour dire et matérialiser les malaises et les maux de notre société. Je ne connais personne dans le monde de l'édition ni ne m'adonne aux arts mondains et autres approches pour promouvoir mon travail. J'écris pour moi et pour mes compatriotes qui trouveront, je l'espère, un miroir et une expression de leurs pensées, opinions, colères et interrogations sur la place de l'individu dans la société algérienne et des grands événements secouant le monde et les assises des communautés traditionnelles et patriarcales», confie-t-il. Il est apparemment de ces gens que les hypocrisies sociales révulsent et que la restriction des libertés individuelles et collectives indispose au plus haut point. Il renonce à une position confortable de simple spectateur et met sa pensée et son art au service de l'Algérie profonde et multiple avec les contradictions et les complexités de notre époque. Il est le témoin privilégié de son temps.
Muni du scalpel de l'intellectuel critique, éclairé et engagé, ce citoyen-poète se dresse pour dénoncer et refuser l'intolérable et l'insoutenable. Ces mots jaillissent durs et beaux. La colère se fait chant, la révolte se fait verbe prêtant son souffle à ce refus d'accepter un monde injuste et inhumain, est-il annoté dans la préface. En effet, Djamel Mokhtari, cet aède à la voix inaudible dans ce fatras communicationnel où sont baignées les masses des temps actuels propose à ses lecteurs l'une des formes de dénonciation les plus intelligentes, vibrantes et complètes des maux de notre société et certainement des autres aussi bien laminées par les effets dévastateurs d'une mondialisation «accueillie et adoptée dans l'impréparation et le manque de ressources humaines et techniques», souligne-t-il.
UNE DECEPTION ONTOLOGIQUE
Dans un bel opus poétique intitulé «Paroles d'instituteur» publié par édition Ali Benzid, il laisse libre cours à son imagination, ses rêves et son indignation de voir son pays partir à vau-l'eau dans plusieurs secteurs névralgiques. Cette ?uvre de 60 pages transpirant l'amertume est toutefois croustillante à consommer comme on croque des gâteaux secs.
C'est un condensé des raisons de son irritation diffuse dans laquelle tout Algérien de bon sens se retrouvera, de ses révulsions, ses hantises et ses opinions sur les grands mouvements idéologiques imposés au petit peuple, sur la religion instrumentalisée par certains, sur la déplorable condition féminine, sur le drame des tailleurs de pierre de T'kout, sur le dévoiement des missions de l'école publique et républicaine, sur les illusions évanouies d'une Algérie épanouie, variée, colorée, cosmopolite et riche de sa diversité et de ses composantes humaines et ethniques.
Il s'intéresse aussi à la perte des valeurs ancestrales et l'adoption de nouvelles traditions et rites venues d'ailleurs, au terrorisme qui a failli emporter le pays vers de funestes perspectives, à l'évanescence machiavélique des responsabilités de ceux qui ont fomenté et ourdi des complots et des traquenards pour attenter à l'intégrité de La Patrie et à la notion de liberté qui est pour lui la seule condition favorisant le développement des peuples. «Adieu mes livres, vous étiez ma seule richesse.
Adieu poètes, dramaturges et écrivains. Adieu grammaire et conjugaison. Adieu le point, la virgule et les guillemets. Estrade, tu prendras soin de mon bureau. Adieu mes élèves. Je vous tourne le dos», clame cet instituteur écorché cristallisant sa déception ontologique dans un poignant poème éponyme de ce petit livre méritant d'enrichir les bibliothèques publiques et privées rien que pour la part de poésie du dépit et de vérités flagrantes qu'il contient.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hafedh Moussaoui
Source : www.elwatan.com