Biskra - Palmeraies

Contribution : La datte, des origines à l'appellation



Appelée «nakhil» par les Arabes – du verbe  «nakhala» qui, en français, se traduit par sasser sélectionner et purifier – le fruit est «tamr» ou «degla» (pluriel «dgoul») signifiant sèche. En Afrique du Nord, son introduction date du IIe siècle, au sud-est de l’Algérie, avec la création par les Romains de Gemellae (M’lili) en l’an 126. Toutefois, «les conditions spéciales de la guerre contre les nomades sahariens poussent les empereurs à confier la garde du front de Oued Djedi à des auxiliaires syriens originaires de Palmyre, formés à la tactique des confins désertiques» (Histoire de l’Afrique du Nord p.138 - André Julien, professeur à la Sorbonne). Dans le même ouvrage, il est relatée «une inscription découverte à Zarai (Zraia) datée du IIe siècle, faisant état des échanges sur le marché local de fruits (dattes et figues)» (p153). Citant les travaux hydrauliques, il précise que «Rome creusa des centaines de puits dans les Aurès et fora des puits artésiens dans les oasis». Ce témoignage  de la présence de ce fruit au sud-est algérien avant l’islamisation, directement arrivée de Mésopotamie, berceau de la datte de Palmyre, d’où sont issus les mercenaires arrivés sous Rome à la première moitié du IIe siècle, précise par datation son introduction et son commerce en Algérie. Par contre, la Deglet Nour est cultivée dans la région sud-ouest du M’zab, aux abords du chott Melghir. Elle est confortée par un dicton local m’zabi parlant de Deglet Nour comme étant originaire de Oued Righ (en référence à Oum Thioun et M’Raier), dont la qualité du fruit en année humide rejoindrait celle du zab cherghi. Ce sont les Hafcides dont le royaume s’était stabilisé sur 150 ans (de 1390 à 1520) sous Abou Fares qui ont repris et dominé les principautés arabes de Tripoli, Tozeur, Gafsa et Biskra, qui sont à l’origine du nom Deglet Nour et des différentes catégories. Robert Cornevin (membre de l’Académie des sciences d’outre-mer) auteur de Histoire de l’Afrique, des origines au XVIe siècle, cite (pp334-335)  «le commerce de la datte via Tunis et Carthage avec les Européens», sous leur domination et précise, par une carte illustrant les voies Tunis-Kairouan-Oued Righ-Touat et Tripoli-Ghadames-Touat comment le palmier sélectionné est descendu de Oued Righ vers chott Edjrid. L’étymologie du terme Deglet Nour (doigt de lumière, en arabe)  est erronée, voulant faire un rapprochement avec le grec daktilus  ou le latin digitus voulant dire doigt. Deglet Nour dérive de l’arabe «dgoul», voulant dire issu de noyau ou pied franc ; son singulier vient du verbe «anouara», en liaison directe avec la datte : «enouara ettamrou» veut dire apparition du noyau dans le fruit.
Ainsi donc, Deglet Nour veut dire «datte à noyau apparent» en raison des sucres qui sont translucides à maturité du produit, au stade «martouba» pour ce cultivar sélectionné et multiplié à travers les âges ; les sucres,  encore liquides, laissent apparaître le noyau à travers la pulpe. Les différentes catégories que l’on connaît au régime de dattes sont toutes de connotation arabe et en liaison directe avec le taux d’humidité et l’évolution du sucre qu’elles renferment, maghrébines soient-elles ou moyen-orientales. Rag (amincie), Khallal (acide), Rotab ou Martouba (molle), Tamr (sèche), Balah (immature) et stade à partir duquel les tissus de la datte cèdent leur eau à la formation du sucre liquide. Deglet Nour ne peut-elle plus s’identifier à l’aire d’apparition originelle ni même maghrébine d’appellation comme étant le critère de son appropriation ' C’est devenu le nom générique pour sa production hors Maghreb ; elle est commercialisée par les USA, Israël et la Palestine sous le même vocable. Ne doit-on pas la sortir du lobbying et de la contextualisation excessive de typicité non innovateur, pour aller vers la reconstruction du processus d’industrialisation améliorateur en faisant émerger les ressources par la recherche de nouvelles stratégies commerciales plus larges et plus ciblées à l’export. Les changements imposés par la croissance de la consommation locale et mondiale, l’exigence de la qualité font obligation de se reconsidérer, se reconstituer en innovant pour sortir du «meilleur produit historique» et se repositionner dans l’actuel et la reconquête du marché perdu. Il faut garder le savoir-faire et créer des conditions de maîtrise des technologies existantes en les intégrant dans l’innovation pour le maintien d’une certaine compétitivité vouée au produit et à ses qualités. Alors que les années fin 1980-début 1990 ont vu une certaine logique d’industrialisation se constituer par effet d’entraînement et d’imitation, les unités nouvelles créées à l’époque se devaient de consolider l’OND pour la reconquête de l’export. On se retrouve, en 2011, avec des unités étatiques fermées pour la plupart et celles nouvellement créées peinant à se redresser et activant au ralenti et se concurrençant à l’export avec des produits naturels, se privant d’une plus-value qui a fait de la France le premier pays de réexport des dattes étuvées, ne faisant pas mention de provenance de l’Algérie parfois. Les catégories Deglet Nour,  de même que Tafezouine et H’mira peuvent aisément, après réhydratation, être emballées en 250 g et 500 g a l’instar de leurs consœurs Allig Kouat Allig et Kenta tunisiennes qui sont vendues directement sur les grandes surfaces européennes à des prix rémunérateurs. La Tunisie, avec moins de 100 000 tonnes de production, arrive à traiter, avec ses 33 unités, 46 000 tonnes, soit 50%, dont elle parvient à exporter 18 700 tonnes, soit 40% des quantités traitées. L’Algérie a régressé avec 9500 tonnes exportées. Quelles catégories et comment ' Sur le plan prix, la valeur citée par la FAO est de 2,9 dollars le kilo pour la Tunisie ; elle ne serait que 1,8 dollar le kilo pour l’Algérie, soit une différence de 1,1 dollar et une moins-value de 40%. Comment designer cet écart sinon par des expéditions de dattes algériennes conditionnées en 10 et 12 kg, vendues à bas prix, lesquelles sont traitées puis vendues anonymement ou attribuées à d’autres origines. Encore mieux, même les dattes valorisées par réhydration conditionnées sont expédiées en vrac (10 kg). La technologie existe, les équipements, le savoir-faire aussi ; le produit algérien en provenance de Oued Righ, El Oued et Ouargla s’y prête. La Deglet Nour algérienne est unique ; si elle est minutieusement travaillée, elle présente un brillant naturel, sans bain de glucose utilisé par la concurrence pour lui donner aspect et luisance. La datte Deglet Nour et la phœniciculture ne peuvent faire l’objet de renaissance et de promotion sans fondement d’une politique locale d’innovation qui révélerait l’utilité de cette industrie dattière en tant «qu’outil économique régional» multisectoriel, où agriculture, recherche et industrie coopéreraient pour une meilleure donne. L’industrie basée sur les méthodes scientifiques ne peut que maintenir son évolution et connaître la croissance si elle venait à mettre en synergie le potentiel humain et institutionnel au service de la production de dattes. L’organisation favoriserait la mise en relation directe des potentiels déjà existants sur place, dans toutes les zones de production (centres de formation, universités, instituts de recherche et industries) pour une meilleure animation, un meilleur soutien des actions de recherche ciblées et plus précises.
Biskra, où toutes les conditions sont réunies pour être à la fois agropole et technopole, est un marché historique de la datte qui enregistre une concentration importante de l’activité en provenance de toutes les zones productrices. Toutes les constitutions scientifiques et techniques y sont représentées pour jouer le rôle d’animateur et de promoteur de connaissance et de savoir-faire.



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