Biskra - A la une

Au bonheur des détaillants



Au bonheur des détaillants
Ce marché gagnerait en prestige et prendrait une envergure nationale pour peu que des travaux d'agrandissement et d'aménagement soient réalisés afin d'en améliorer les conditions d'accueil.Vendredi matin. Le soleil n'est pas encore levé que des centaines de véhicules affluent déjà par le périphérique ouest de la ville de Biskra (Trig lourd) vers un terrain vague sommairement aménagé où est implanté le marché hebdomadaire des voitures d'occasion. Moyennant 500 DA la place, ils y stationnent dans l'attente de potentiels acheteurs. Ils sont immatriculées à Biskra, Batna, Constantine, Khenchela, M'Sila, El Oued ou Ouargla. Muni d'une torche, un jeune les dirige chacun vers un emplacement. Très vite, le lieu est bondé de toutes sortes d'engins proposés à la vente. Chaque type de véhicule a son aire. Bicyclettes, motocycles de toutes cylindrées, camionnettes, poids lourds et surtout voitures légères se serrent sur cet espace indéniablement restreint en attendant que le jour se lève et que les premiers clients pointent le nez.Pas une travée n'est laissée libre. Sur une petite crête, des gargotiers, des brocanteurs, des revendeurs de vieilles pièces détachées et des bonimenteurs déploient leurs étals de fortune. Ceux-ci écouleront tout au long de la matinée des appareils ménagers et de cuisine qui, selon eux, sont miraculeux car ayant de multiples fonctions et cédés à des prix défiant toute concurrence. D'autres marchands, des herboristes, proposeront des produits naturels : poudres, onguents et autres crèmes aux vertus «ésotériques» dont ils feront la réclame par le truchement de puissants haut-parleurs. Un froid glacial règne sur les parages. Kachabias et autres vêtements chauds sont de mise. Les vendeurs de café, thé et cigarettes ne chôment pas. On se réchauffe comme on peut. Les moteurs sont allumés et l'air empeste les relents de carburant brûlé et de poussière.Des transactions codifiéesBientôt, une lueur rougeâtre dessinant au loin les contours du massif de l'Ahmar Khadou commence à poindre de l'Est. Le soleil se lève. En quelques minutes, la lumière inonde les lieux. Les mines se détendent. Les transactions peuvent commencer. Toufik S. est un fonctionnaire d'une cinquantaine d'années. Il cherche une voiture depuis des semaines. Après avoir étudié toutes les possibilités pour en acquérir une, il a décidé, avec son cousin, fin connaisseur de mécanique, de venir au marché de Biskra. Il compte bien repartir avec la voiture de ses rêves.Devant lui, s'étend une mer de capots plus rutilants les uns que les autres. Il y en a pour tous les prix et tous les goûts. Ici, les acheteurs déambulent en binôme ou plus. En l'absence d'un argus officiel, les transactions sont codifiées et la valeur des véhicules est déterminée en fonction de plusieurs paramètres; la série, l'état général de la carrosserie et la puissance du moteur. On s'arrête prés d'une Golf. «Combien a-t-on donné '» questionne le cousin. Son propriétaire répond : «45», étant entendu 1 450 000 DA. C'est que pour certaines marques et gammes de voitures, il est superflu d'en énoncer le million. Leur cote est pratiquement la même sur tous les marchés du pays. Toufik jette un clin d'?il à son cousin lui signifiant de continuer son chemin. Il n'a pas la moitié de cette somme.Plus loin, il aperçoit une petite Ford entourée de personnes inspectant la tôle, l'état de la cabine et le ronronnement du moteur. «Combien a-t-on donné '» lance-t-il. «Ce matin, on a donné 78. Elle est maintenant à 82.», rétorque la voix nasillarde d'un jeune homme. «Est-on encore loin '» reprend le cousin. Je la cède à 85. C'est trop, elle a cinq ans d'âge et plusieurs coups dans l'aile. Elle n'a que 95 000 km au compteur. J'ajoute un million. Encore un, elle est à toi. Le cousin regarde Toufik comme pour chercher son assentiment. Faisons un tour, répond celui-ci. Il n'aime pas la précipitation. C'est une belle occasion, susurre son accompagnateur. Elle risque de nous passer sous le nez. Allons voir cette 207 ou cette Sail, répond-il à son cousin.Un terrain désormais inadaptéIl est 10 h du matin. Toufik et son cousin ont sillonné de long en large le marché des voitures sans réussir à dénicher la perle rare. Leurs pieds sont en marmelade, endoloris, enflés par cette marche forcée dont l'issue est encore décevante. Renfrogné, Toufik traverse des moments de désarroi car il n'a pas encore trouvé «l'élue» de son c?ur. Il regarde autour de lui et soudain, un inexpugnable sentiment de lassitude l'envahit. «L'APC doit engranger des millions de dinars avec ce marché. Pourquoi ne lance-t-elle pas des travaux d'aménagement pour le rendre plus confortable et attractif '» lance-t-il pour déverser sa colère infuse sur l'état de cet espace. Il faut bien un exutoire et ce marché ne payant pas de mine, en est tout désigné.En effet, il y a quelques années, ce terrain vague suffisait à contenir les quelques véhicules mis en vente. Aujourd'hui, il ne peut manifestement plus absorber le nombre incroyable de voitures, serrées pare-choc contre pare-choc, qui y sont mises en vente. D'ailleurs, beaucoup de candidats à la vente restent en dehors de son périmètre faute de place. Conséquence du fulgurant accroissement du parc roulant national, il y a de plus en plus d'acheteurs et de vendeurs de voitures, peut-on constater, mais les instances décisionnelles de Biskra ne semblent pas en mesurer l'enjeu social et économique. Exigu, pentu, rocailleux par endroit et sablonneux à d'autres, traversé par des dizaines de câbles électriques de moyenne tension, ce marché gagnerait en prestige et prendrait une envergure nationale pourvu que des travaux d'agrandissement de son périmètre et d'aménagement de sa surface soient réalisés afin d'en améliorer les conditions de sécurité et de confort.Les professionnels tiennent le marchéDépité de n'être pas arrivé à son but, Toufik se revigore chez un marchand de fèves chaudes. Assis sur un tabouret en plastique, il déguste son plat en écoutant son cousin deviser sur l'état «gelé» du marché de cette semaine. Une cigarette plus tard, il décide d'aller s'enquérir de la Ford de 2008 dont le propriétaire avait demandé 85 millions de centimes. «Où en est-elle '» interroge le cousin. Le propriétaire est catégorique, on lui en a donné 83 millions de centimes. Si j'ajoute 5000 DA, tu es partant ' Mabrouk aâlik. Toufik sort de sa poche 2000 DA et les donne au vendeur en guise d'arrhes. La transaction est scellée. Toufik voudrait sortir du marché dès à présent mais sa nouvelle dulcinée est coincée au milieu de dizaines d'autres voitures. Aucune man?uvre n'est possible. Il faudra attendre jusqu'à midi pour pouvoir se dépêtrer de ce conglomérat de véhicules. Toufik téléphone. «Fifi, ça y est, j'ai acheté une Ford. Dis aux enfants que l'on ira faire une promenade cette après-midi», annonce-t-il fièrement à son interlocutrice.En attendant que les premières voitures commencent à sortir du marché, l'acheteur et le vendeur discutent de tout et de rien. Ce dernier est un «professionnel» vivant essentiellement de la revente de voitures. «Chaque jour que Dieu fait, je cherche des voitures dont des particuliers veulent se débarrasser. Je les retape si nécessaire et les revend. Je gagne de 20 à 50 000 DA par véhicule. La moitié des vendeurs écumant ce marché sont des professionnels. Je n'ai pas de raison de te mentir, avec toi, je gagne 22 000 DA Si la loi le permettait, je fonderais une société de vente de voitures d'occasion.», raconte-il. On évoque les nouveautés du Salon de l'automobile d'Alger, les marques les plus recherchées par les usagers de la route et bien d'autres thèmes liés au monde de l'automobile. Il est midi. Petit à petit, le marché se vide. Le soleil est à son zénith et la joie de Toufik aussi.


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)