
Atypique comme seuls savent l'être les artistes, Aïssa Belloum est un authentique fils de la Reine des Ziban né en 1951.Chaque jour, vous le verrez trimballer sa haute silhouette dans les ruelles de Z'gag Ben Ramdhane avec, sous les bras, tout un attirail de peintre ou bien vous le trouverez, surtout le matin, assis à griffonner quelques dessins et textes sur l'art prés des escaliers de la maison de la culture Rédha Houhou de Biskra.On le prend pour un marginal, un esseulé, pour ne pas dire un « asocial », mais tous le respectent. Jamais marié, il occupe une petite maison familiale avec sa vieille mère et reçoit une allocation mensuelle dans le cadre du filet social « encore plus petite », plaisante-t-il, de la direction de la culture.Dans « Apprendre à dessiner », un petit fascicule de sa composition, visant à transmettre et vulgariser les rudiments du dessin, il explique, dés l'esquisse jusqu'à la touche finale, comment réaliser des portraits au crayon et au fusain. Dans « Notes et réflexions sur l'art », un recueil d'une centaine de pages, il couche ses réflexions d'une impressionnante profondeur sur l'art en général, son histoire et son impact sur la constitution des sociétés et des civilisations.Même si aucun éditeur sérieux ne s'est encore rapproché de lui, il ne perd pas espoir de se voir éditer et distribuer dans toutes les écoles. Formé à l'école des beaux arts de Constantine, il vous montrera si vous avez de la chance, une photographie en noir et blanc, prise en 1972, de lui avec ses amis devant le musée Mercier (actuel Musée national Cirta de Constantine). « Dans une autre vie, j'ai été professeur de français et je sais que le salut ne peut venir que de l'école », susurre-t-il.Enseignant, pion dans un lycée, fonctionnaire dans une quelconque administration, Aïssa Belloum n'a pu se faire au carcan imposé par ses métiers. Il est devenu bouquiniste indépendant pour subvenir à ses besoins au niveau de souk Dallala.Dans les années 2000, la décision des pouvoirs publics de débarrasser la voie publique des revendeurs à la sauvette et à l'encan sonnera le glas pour son activité. Depuis, comme un élément décoratif et folklorique de la place de «La liberté » (communément appelée la placette) de Biskra qui est mitoyenne à la maison de la culture, il occupe un petit espace et personne n'ose le déranger.Dernière déception en date lui taraudant l'esprit, la décision des responsables du secteur de la culture de permettre aux artistes algériens de tous acabits de bénéficier d'une assurance sociale et d'une carte chifa, mais cette annonce est, semble-t-il, renvoyée aux calendes grecques. Aïssa Belloum est devenu avec le temps une icône, un personnage emblématique de Biskra que les passagers et touristes ne manquent pas de regarder avec sympathie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hafedh Moussaoui
Source : www.elwatan.com