Le Pemier ministre, Ahmed Ouyahia, était attendu sur plusieurs sujets brûlants. L'actualité, faite notamment de forte grogne sociale, l'y interpellait, lui, plus que tout autre, en sa qualité de chef de l'Exécutif. Des médecins résidents aux enseignants grévistes, l'ensemble des acteurs sociaux attendait son intervention. Mais c'est finalement sous sa casquette de secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND) qu'il s'est exprimé vendredi dernier, à partir de Biskra, où il a présidé la cérémonie d'anniversaire du parti. Ahmed Ouyahia a évoqué tous les thèmes de l'actualité nationale.Le ton et le verbe employés lui sont, certes, familiers, mais, cette fois-ci, il y a mis une surdose de véhémence. Mais la casquette partisane n'a pas vraiment empêché le Premier ministre de prendre la parole. En effet, c'était plus un Premier ministre qu'un chef de parti qui s'est exprimé ce jour-là. Et la question qui se pose est de savoir pourquoi ne l'a-t-il pas fait carrément en tant que tel et bien auparavant, alors que cela faisait trois semaines que la situation l'y invitait ' Mais ce n'était pas la première fois qu'Ahmed Ouyahia agissait de la sorte. Le 20 janvier dernier, il s'y était pris de la même manière. C'est sous la casquette du RND qu'Ahmed Ouyahia était venu défendre sa position de Premier ministre lorsqu'il était soumis à pression par la rivalité envahissante du secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Djamel Ould Abbes, qui a osé refaire sa tripartite et désarçonné par un recadrage tranchant de la part de sa hiérarchie. En effet, le 3 janvier dernier, Djamel Ould Abbes réunissait les mêmes partenaires du gouvernement pour un même partenariat public-privé. C'en était suivi une instruction présidentielle, subordonnant tout accord d'ouverture de capital ou de cession d'actifs des entreprises publiques au privé, à l'accord préalable d'Abdelaziz Bouteflika. Ce qui a rendu caducques les décisions prises par Ahmed Ouyahia dans le cadre du Conseil participatif de l'Etat (CPE).
C'est pour la seconde fois consécutive qu'Ahmed Ouyahia réagit sous sa chapelle partisane à des événements qui intéressent en premier lieu la chefferie du gouvernement. C'est à croire que des forces occultes l'empêchent d'agir en tant que Premier ministre. Parallèlement, c'est un membre du gouvernement, le ministre de l'Intérieur, Noureddine Bedoui, qui est mis au devant de la scène. Il multiplie les sorties publiques et les déclarations à la presse. Face à la contestation sociale et l'opposition, c'est lui qui défend le gouvernement, rassure, donne des garanties et, au besoin, avertit. Un état de fait qui atteste sinon d'un transfert, du moins d'un chevauchement de prérogatives. Et cela rappelle, en quelque sorte, les circonstances qui ont précipité la chute de l'ex-Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune. Sous la pression, lorsque celui-ci s'était éclipsé, en août 2017, c'est Noureddine Bedoui qui assurera, quoique de manière "informelle", l'intérim de l'Exécutif. Ahmed Ouyahia a donc de quoi s'alarmer. Parce que la contestation sociale à laquelle fait face le gouvernement ne peut pas justifier à elle seule la violence dont a fait preuve Ahmed Ouyahia, lors de son meeting, vendredi dernier, à Biskra. Lui qui a eu à gérer des tensions sociales hautement plus inquiétantes... Peut-être qu'en s'y prenant de la sorte, en chargeant violemment le front social et l'opposition, cela lui permet de se maintenir ? à savoir pour combien de temps encore ? au pouvoir.
Mehdi Mehenni
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mehdi Mehenni
Source : www.liberte-algerie.com