Six femmes, pleines de talent et de colère, un seul cri, celui poussé par un profond sentiment d'injustice.Sur scène, trois algériennes : Draghla Djohra, Mouni Boualem et Fatiha Ourad, une syrienne, Amal Amrane, une Egyptienne et une marocaine, une caisse vide et une histoire tragique. Le péché de la réussite, une pièce de la Tunisienne Meriam Bouselmi, jouée en arabe classique, a soufflé sur la première soirée, mardi, de la cinquième édition du festival international de Béjaïa un vent de révolte pour secouer la mentalité de l'homme arabe. L'histoire est celle de Meriem Hamadi, une réalisatrice de théâtre tunisienne, qui vient d'arracher une distinction dans un festival au Qatar.
Le prénom du personnage, sa nationalité, et sa fonction, qui sont ceux du metteur en scène, suggèrent une empreinte autobiographique sur la pièce. Meriem, le personnage, ne monte pas récupérer son prix. Un homme le fait à sa place et lui ravit la vedette. Meriem reste clouée sur sa chaise. Intrigue. «A-t-elle été empêchée de monter '», «Elle veut être une héroïne», «mérite-t-elle son succès '» «c'est un acte politique», spéculent et s'interrogent ses cinq cons'urs libyenne, libanaise, syrienne'dans des costumes qui cachent leur position à genoux, comme des femmes naines. Naines pour donner à l'homme l'image qu'il se ferait d'elles.
Dans cette entrée dans le théâtre de l'absurde, les répliques sont alors un réquisitoire dressé contre les inégalités subies par la femme, femme artiste en particulier. «Combien de réalisations de femmes n'ont pas été volées par l'homme !», s'exclame une des comédiennes. Le jeu est marqué par l'ironie qui accentue l'implacable réalité de la femme arabe. «Comment fabriquer une femme qui ne réussit pas '».
Eh bien, raconte le personnage Asma, avec la recette d'Oum Ali, cette femme qui a commis un crime pour que son fils devienne roi. Ou encore la recette de la «grenouille bouillante»'.
Aux rares notes d'humour qui ponctuent le dialogue et fous rires qui éclatent dans les gorges des comédiennes, se laissant noyer dans leurs folies passagères, succède vite le retour aux pleurs autour du cadavre de Meriem. Après cinq jours de disparition, celle-ci a été retrouvée morte dans une chambre d'hôtel, gisant à côté d'une boîte vide, celle censée contenir son prix, représentée par le seul élément du décor voulu orphelin. Le lui a-t-on volé ou a-t-elle été trompée ' L'histoire laisse derrière elle des questions comme elle préfère laisser fermée la caisse, comme on referme la boîte de Pandore. Pas pour l'ultime question : «Comment fabriquer une femme réussie '» «La femme elle-même peut le faire, comme le papillon».
La métaphore du papillon ' C'est ce qu'a observé un jour un homme en train de peiner de se dégager de sa chenille.
L'homme coupe celle-ci et permet à l'insecte mal ailé de s'en dégager. Mais, le papillon ne peut pas voler, encore à l'état de larve. «Il faut terminer tout le processus de son évolution pour pouvoir voler», conseille Meriem Hamadi avant que les six femmes ne lâchent leur rôle de comédiennes pour raconter, avec émotion, colère et courage, à tour de rôle, leurs expériences de brimades masculines et de menaces terroristes vécues dans leur vie d'artistes.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel Medjdoub
Source : www.elwatan.com