
Installé dans la grande salle du théâtre Abdelmalek Bouguermouh de Béjaïa, le public s'est fait nombreux pour l'affiche de la soirée de lundi dernier : Henri VIII, au nez et à la barbe du destin, première grosse production de la compagnie française In Theatro Veritas. Mais, «Henri VIII» ne viendra pas.Evidemment que le roi autoritaire n'est plus de ce monde depuis le XVIe siècle, mais «Henri VIII» ne viendra pas parce que cinq des huit comédiens devant la jouer se sont rétractés, gagnés par la peur de la destination Algérie après la lâche décapitation d'Hervé Gourdel. Dans l'urgence, le trio d'acteurs qui a honoré malgré tout son engagement, a monté un travail en quatre jours auquel il a donné un titre affolant etrévélateur : Mayday Béjaïa.L'urgence s'accommandant souvent avec la précipitation, et au-delà d'un certain effort dans la scénographie, Mayday Béjaïa a arraché des rires mais aussi des moues d'ennui. La pièce est un ensemble de textes d'auteurs différents ramassés autour d'un jeu de scène où alternent les discours humoristiques, épiques et tragiques. Extrait du poème de Jean Amrouche : «Aux Algériens on a tout pris. La patrie avec le nom. Le langage avec les divines sentences. (?) La grâce de vivre comme enfant de Dieu (?).L'Algérie, le c?ur du monde». Suivent des extraits de textes de Victor Hugo, Baudelaire, Louis-Ferdinand Céline, et d'autres. Entre les textes, les jonctions sont faites par le moyen d'une musique dont les rythmes n'ont pas changé à l'égarement du public. «Mayday, c'est le cri des pilotes au moment de la chute et c'est la sensation que nous avons eue quand nos camarades nous ont annoncé qu'ils ne nous accompagneraient pas à Béjaïa. Nous nous sommes donc retrouvés en chute libre.Nous avons construit en quatre jours ce spectacle et nous avons poussé un cri de détresse mais aussi d'espoir. L'aide qu'on attendait on l'a reçue à Béjaïa. Nous avons voulu emporter avec nous les spectateurs dans cette chute», a commenté le jeune comédien Benjamin Baudvin dans un point de presse où la critique a été essentiellement négative. «L'intérêt de cette forme de montage, c'est que chaque spectateur peut construire son propre fils d'Ariane», répond-il à une question d'El Watan préférant classer ce spectacle «entre le diptyque et le cabaret».Des regrets chez leurs camarades absents ' «Oui, ils ont énormément de regrets», ajoute la metteur en scène Johanna Griesser. «Ils ont des regrets et tant pis pour eux. Pour ne pas avoir peur, il faut aller vers l'inconnu», déclare le non moins jeune Pierre-Antoine Ferrand. «On repartira avec cette énergie qu'on a emmagasinée ici et on a envie de la transmettre aux Français. On a envie de montrer aux gens en France que c'est possible de monter un spectacle dans des pays où il y a des situations compliquées, difficiles», dit Benjamin Baudvin qui préfère appeler ce spectacle «de la performance», plutôt que «de l'improvisation». «On n'a pas eu le choix.On aurait aimé jouer Henri VIII et on redoutait énormément la déception du public. Si on est venu ici, c'est qu'on avait envie de créer un lien artistique avec l'Algérie», explique Johanna Griesser. C'est pour ne pas venir «les mains vides», que le trio français est venu avec Mayday Béjaïa. Tout de même, il s'agit d'un festival international ! Un festival qui, soit dit en passant, gagnerait à apprendre à être exigeant. Autrement, il faudra lancer un «mayday festival en péril !».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : K M
Source : www.elwatan.com