
La polémique avait fait rage, de longs mois durant, ponctuée de mouvements de protestation qui menaçaient de basculer dans les actes de violence, avant que la solution ne soit finalement trouvée, au grand soulagement aussi bien de la population, qui avait fini par avoir gain de cause, que des autorités et responsables de la SDE qui, en répondant positivement à ces doléances, ont réussi à écarter le spectre de perturbations sociopolitiques dans la wilaya de Bejaïa. Mais, l'argent débloqué, environ 2.000 milliards pour réaliser quelque 5.000 km de réseau pour raccorder en gaz les foyers des quatre coins de la wilaya, il restait tout de même à concrétiser le projet sur le terrain. Une grande étape fut franchie, après que les entreprises eurent été désignées et que les premiers coups de pioche donnés. Les contestations des citoyens, les diatribes des élus, les hésitations des entrepreneurs, laissèrent un moment place à un sentiment d'angélisme et chacun s'efforçait de faire bonne figure pour concrétiser ce projet d'intérêt général. Mais tout a une fin.Les excavations rendaient impraticables les routes, au grand dam des automobilistes, la poussière et le bruit exaspèrent le voisinage, les oppositions récalcitrantes refirent surface, les entrepreneurs reprennent leurs mauvaises habitudes de travail, les élus en rajoutent une couche pour sauver leur réputation et leur mandat prochain. Toutes ces récriminations tombent bien évidemment sur la tête de la SDE de Bejaïa. Son directeur, Ahmed Derraï, développe toutes les difficultés liées à cet ambitieux projet (lire l'interview ci-contre) qu'il qualifie de défi en raison de son envergure et de l'importance qu'il revêt pour la région. Mais, dans la gestion quotidienne, il y a aussi ces relations, pas toujours sereines, avec les abonnés en matière de prestations de services et, pour la SDE, pour le recouvrement des créances.« Bejaïa a un gros problème de puissance »« Sur la qualité de service, dit-il, nous avons des outils de mesure pour l'apprécier. Avant, les clients n'étaient pas du tout satisfaits, aujourd'hui ils le sont moyennement. Pour certains endroits, la satisfaction est bonne, pour d'autres, elle est mauvaise. A Bejaïa, par exemple, les clients sont satisfaits, ainsi qu'à Aokas. Mais à Tazmalt, ils ne peuvent pas l'être. La plus mauvaise qualité de service de la wilaya se trouve là-bas. Parce qu'il n'y a pas de poste. On a demandé un poste, on l'a obtenu en 2012, on est en 2015, trois ans après on n'a même pas fait un piquet ! Rien. Mais là, c'est débloqué », assure-t-il. « Oui, mais, ce n'est pas pour autant que tout va devenir rose. L'avenir, le proche avenir, risque même de sombrer dans le noir car Bejaïa a un gros problème de puissance », confie notre interlocuteur. « Il nous faut un poste 220/60 à Djebira. Il est impératif qu'il soit réalisé dans les trois prochaines années. C'est un poste régional ; il va nous permettre de rajouter un poste source à Sidi Boudrahem pour répondre à la demande de la ville de Bejaia, d'alimenter le poste source de Oued Ghir prévu pour la nouvelle ville, et de soulager les postes de Tobbal et Bir Slam qui sont saturés, puisqu'ils sont alimentés par le poste d'El Kseur, lui-même saturé. Beaucoup plus grave, la ligne El Kseur-Bejaia, de 60 KV, est saturée depuis trois ans. Nous avons fait toute une gymnastique pour alimenter la ville de Bejaïa en 2015, parce que la ligne de secours, qui nous vient de Derguina, a subi une opération de réhabilitation sur plus de 30 km, il reste 500 m et à cause d'oppositions, cette opération n'est toujours pas achevée. On a dû mettre en place un poste source mobile de secours à Tagouba. Il est en construction. Normalement, dans un mois, on va installer les équipements de ce poste source mobile (60KV/30 KV). La source 60 KV sera orientée sur Bejaïa pour soulager ligne d'El Kseur, et la 30 KV va rayonner sur le littoral est de la wilaya ».Disposer de l'équipement est une chose, mais trouver où l'installer reste problématique. Car, les assiettes de terrain ne sont pas simples à obtenir, en raison des oppositions répétées, notamment de la part des services agricoles, tenus par une directive de la tutelle qui leur ordonne de serrer la vis en matière de distraction du foncier agricole. Il aura ainsi fallu l'intervention du wali pour obtenir leur quitus pour un terrain dans la commune d'Allaghen, pourtant accordé en 2012. Résultat, il faudra à la population attendre 2018, en raison des délais contractuels de rigueur, pour espérer des jours meilleurs. Investir pour éviter les désagréments, mais encore faut-il disposer des moyens financiers. Déjà, en raison des restrictions budgétaires, une centaine de postes prévus dans le « plan d'urgence » destiné à la wilaya de Béjaïa ont été annulés. A moins que la SDE de Bejaïa puisse le faire en interne. Mais là, il faudrait encore qu'elle puisse recouvrer son argent.« Les collectivités locales sont les plus mauvais clients »Globalement, l'administration est un mauvais payeur. La SDE détient sur elle 60 milliards de centimes. La plus grosse part du gisement de créances est au niveau des APC, soit 40 milliards. L'exaspération a atteint son comble chez le directeur de la SDE qui explique avoir brandi la menace d'une coupure pure et simple de l'électricité.« Le wali nous a demandé de surseoir à cette décision en attendant qu'il trouve une solution avec les APC. Il leur a donné un délai de quinze jours pour régler leurs factures. J'attendrai donc jusqu'au 2 novembre, après je coupe. Maintenant je suis sûr que les P/APC vont payer, parce qu'ils savent qu'ils ont affaire à un wali qui ne plaisante pas. Mais il n'y a pas que les APC. Les cités universitaires, les universités, les hôpitaux, les daïras aussi sont de mauvais payeurs. Il reconnaît toutefois que les entreprises économiques ne posent aucun problème. « Au contraire, ce sont elles qui se plaignent de nous. Leur quasi-totalité est à jour et nous les en remercions ». Les particuliers ne sont pas en reste dans cette farandole des mauvais payeurs. La créance des abonnés ordinaires s'élève à 880 millions de dinars à septembre 2015. Certains cumulent jusqu'à cinquante factures non payées. Certes, il y a beaucoup d'abonnés absents. « Entre 35 et 40.000 clients sont dans ce cas, estime Ahmed Derraï. C'est propre à la Kabylie, ils sont tous à Alger ou à Paris et ne viennent donc qu'épisodiquement. Pour certains, il y a zéro consommation, pour d'autres, il y a consommation mais on n'a pas accès au compteur. La procédure légale dispose qu'après deux absences à la relève, on dépose le branchement. On le fait seulement au cas par cas. On l'a fait pour des milliers d'abonnés et on va continuer à le faire. »Il y a les mauvais payeurs et il y a les fraudeurs. « Avant on essayait de trouver un accord à l'amiable pour amener le fraudeur à payer sans passer par la justice. Maintenant, on exige sa traduction devant le tribunal. Pour les fraudes, on a à peu près un millier de cas identifiés, mais le chiffre est beaucoup plus important. Parce que cela ne fait que six mois que l'on travaille avec la nouvelle disposition de dépôt de plainte ». Les citoyens aussi se plaignent de la SDE de ne pas les raccorder au réseau. La SDE de Bejaïa reçoit quotidiennement ce genre de réclamations de toutes parts. Mais pour le DG de la SDE, il n'y a que deux façons de le faire. Soit l'Etat, l'APC ou la wilaya paie pour le citoyen, soit c'est ce dernier qui le fait. « On ne raccorde pas les gens gratuitement. On le fait moyennant un financement, auquel on participe d'ailleurs à hauteur de 35% pour la basse tension et 10% pour la moyenne tension. Nous avons énormément de citoyens qui ne sont pas raccordés », avoue Ahmed Derraï qui explique que « c'est un phénomène propre à la Kabylie, où les villages sont vivants. Il y a toujours de nouvelles constructions ».Et il s'interroge légitimement : « qui va payer ' C'est le citoyen ' C'est l'Etat ' La question reste posée. » Mais la SDE se plaint aussi de ce citoyen qui n'a pas beaucoup d'égards pour les infrastructures mises en place pour leur confort. « En matière d'agressions d'ouvrages, Bejaïa est championne », soutient-il. Il y a des milliers de dossiers à traiter. Certains dossiers aboutissent, mais la justice est débordée par cette anarchie un peu spéciale à Bejaïa où tout le monde creuse et construit partout, sans se soucier de l'intégrité des réseaux. Avec des conséquences fâcheuses. « De temps à autre, il y en a qui trouvent la mort en touchant la ligne électrique. Le client ne voit pas tout cela. Il ne veut pas savoir, par exemple, que c'est un camion qui a reculé avec sa benne levée et a touché le câble moyenne tension, laissant trois communes dans le noir ».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ouali M
Source : www.horizons-dz.com