
Une cinquantaine de femmes, jeunes et moins jeunes, ont donné libre cours à leur profond émoi, pour écrire leur intimité et dire leur existence.Des ateliers d'écriture les ont réunies, en France et en Algérie, en 2013, à l'initiative de la compagnie théâtrale Les Trois S?urs de Besançon (France) autour d'une question-thématique : «Femmes de cultures différentes, religions différentes, éducations différentes, sommes-nous vraiment si différentes dans notre relation intime à l'homme '»De ces ateliers sont nés des textes qui ont donné naissance à leur tour à un spectacle théâtral, monté par Marilyn Pape, qui se joue en France depuis avril 2015 : «Des mots pour se dire».Le spectacle a été présenté une fois chez nous, lors de son avant-première algérienne. Et comme troisième acte de cette chaîne artistique, les éditions El Ibriz ont rassemblé trente-sept textes de ces femmes inspirées et inspiratrices et a publié un livre, en 2014, sous un titre dialoguant : «Femme, ici ou ailleurs».C'est de ces textes, mais aussi de cette aventure proche de la littérature de l'intime, que Samira Oulebsir, également directrice d'El Ibriz, et Khedidja Ouwawa, ont parlé devant le public du Café littéraire de Béjaïa. Les textes réfléchissent à des questions posées, des tableaux exposés, des sujets proposés à des femmes qui ne s'affichent que par leur prénoms. Fragments de mots intimes. Pour Dalila «se livrer à quelqu'un c'est lui faire cadeau d'une part de sa vie».Et quand c'est par la plume, on se livre le c?ur plus ouvert. A la question «Femmes-hommes : amis, ennemis '», Sylvie répond ainsi : «On passe sa vie avec les autres.Les autres, c'est tout le monde, mais il me semble que ça a toujours été plus facile avec les femmes. Avec les hommes, c'est autre chose. Les hommes, c'est un grand mystère.» Tandis que Karin pense ceci : «J'aime les hommes autant que je les déteste, ils peuvent m'éblouir comme m'exaspérer, me charmer comme me hérisser, parfois à la limite du dégoût.» Les sentiments se couchent avec fracas sur le papier. Le «sang des femmes» ' La question ouvre la voie vers le jardin secret des filles non sans exploser le verrou des tabous. «Les règles, ma mère n'en parlait jamais mais mes s?urs s'en sont chargées.Je me souviens que petite, je m'interrogeais, sans plus, sur les serviettes en tissu utilisées à l'époque (?) Enfin, 6 mois plus tard, j'annonce, toute tremblante, à ma mère que j'ai mes règles? sa réponse : quel malheur !», raconte Alima. Les rapports hommes-femmes sont dits avec la même aisance de propos qui abolissent les frontières. «Je suis née fille. Tu es né garçon. J'ai grandi dans la violence et l'acceptation. On a voulu faire de toi un homme et pour cela on t'a tout donné, trop donné», se confie, de l'autre côté de la Méditerranée, Marie-L.«Comme j'aimerais avoir le souvenir de ces liens, des souvenirs de moi et papa lorsque je n'étais encore qu'une fillette. Mais rien, aucun souvenir comme si rien n'avait existé», écrit Yamina pour dire ses «liens» avec l'homme. Dans les rapports s'expriment aussi des affections. «Le regard de l'autre est tellement important, il rend belle, intéressante, désirable, tout cela était dans tes yeux et même plus. Je voudrais revivre ces moments juste un instant pour voir si je suis encore vivante?», écrit encore Dalila.Peut-on parler sexualité ' «S'il faut parler de sexualité, alors je pense à lui. Je pense à lui très fort», s'exprime Sylvia. «Faire l'amour? Deux corps qui s'unissent? Deux belles expressions pour parler de sexualité.Et pourtant, la sexualité reste un sujet intime, un sujet tabou», pense Caroline. C'est sans tabou que Yamina B. écrit, ceci : «Je veux qu'on s'échange nos corps, nos sentiments, qu'on exprime nos envies?» Femme, ici ou ailleurs, donne écho aux paroles de femmes qui écrivent leur intimité derrière le paravent de leur anonymat pour tenter de contourner l'opiniâtreté sans frontières du tabou.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel Medjdoub
Source : www.elwatan.com