La création des deux nouveaux barreaux
d'avocats de Boumerdès et de Béjaïa a relancé dans le milieu professionnel des
robes noires, le débat sur les ordres régionaux placés sous l'étendard de
barreaux-mères.
L'avis favorable accordé par le département
de Tayeb Belaïz aux avocats de Boumerdès et ceux de Béjaïa pour la création de
leurs propres barreaux risque de donner de l'envie à d'autres corporations
régionales et risque, à terme, de provoquer un large «mouvement
indépendantiste» au sein de ces organisations professionnelles. A la demande
des barreaux de Sétif et de Tizi Ouzou, par le truchement de l'Union nationale
des barreaux, le ministère de la Justice a donné son agrément pour la création
des ordres régionaux d'avocats de Boumerdès et de Béjaïa, lesquels se séparent
désormais des grands barreaux de Tizi Ouzou et de Sétif, respectivement. La
décision a été rendue par le biais de l'arrêté ministériel du 12 juillet 2009,
parue dans le Journal officiel du 4 novembre 2009.
Le
même arrêté précise que les deux barreaux nouveau-nés seront abrités
respectivement par les sièges des Cours de Boumerdès et de Béjaïa. Il revient,
selon le même texte, au président de l'Union nationale des barreaux et les
bâtonniers des ordres de Sétif et Tizi-Ouzou la charge de la structuration et
de l'installation des deux nouveaux ordres.
A
ce propos, le président de l'Union nationale des barreaux, le bâtonnier Menad
Bachir, a indiqué que l'installation effective des deux nouveaux barreaux se
fera après les élections de renouvellement des instances internes de l'ensemble
des barreaux du pays (dont le nombre se porte désormais à 15) coïncidant, à
quelques semaines près, avec l'ouverture de l'année judiciaire 2010-2011.
Selon le bâtonnier du barreau de Sétif, Saaï Ahmed, l'agrément du
ministère de la Justice est venu trois ans après la formulation du dossier,
dont il est lui-même à l'origine. Mais surtout, souligne-t-il, au bout de
plusieurs actions de persuasion et d'insistance.
Le
président de l'Union des barreaux précise que ce sont les deux seules demandes
qui ont été faites au ministère, et elles ont été accordées. Pourquoi les
autres barreaux, qui se plaignent pourtant du même problème, à savoir un
«sureffectif d'avocats inscrits, devenu au fil des ans ingérable», n'ont-ils
pas entrepris la même démarche, prévue par la loi ? Pourquoi des barreaux qui
ont à gérer trois, quatre ou même cinq ordres régionaux, et par conséquent un
territoire de compétence trop étendu, avec toutes les charges administratives
et managériales que cela induit, ne proposent-ils pas qu'ils soient soulagés de
ce fardeau en demandant l'autonomisation d'une partie qui lui a été intégrée
dans l'ancienne cartographie ? Pour le bâtonnier d'Oran, Ouahrani El-Houari,
par cette question, «on met vraiment le doigt sur la plaie». Me Ouahrani
explique la réticence de certains bâtonniers à plaider pour désorbiter des
barreaux-satellites gravitant autour de son ordre par des intérêts
extra-professionnels, voire personnels. Certains bâtonniers qui comptent
plusieurs conseils régionaux sous sa coupe fait tout, ou plutôt ne fait rien
pour que cette configuration favorable soit conservée, du moins durant leurs
mandats, car elle est synonyme de poids d'influence et de rayonnement, de
puissance numérique (l'effectif du Tableau) et géographique (l'étendue
territoriale). Et ce n'est forcément pas toujours seulement une question de
prestige. Pour sa part, le président de l'Union nationale des barreaux explique
qu'il y a des conditions et des critères requis pour la création d'un nouveau
barreau. Il indique dans ce contexte que l'ordre régional à créer doit compter
dans ses rangs un minimum de membres et ne doit pas par sa disjonction causer
une sorte d'hémorragie au barreau d'origine dont il veut se détacher. En un
mot, la règle d'équilibre est fondamentale dans cette démarche, d'après Me
Menad. Or, d'après d'autres avis, la loi ne parle d'aucune condition
quantitative de «minima» de «numérus clausus», ni en Algérie ni ailleurs,
donnant l'exemple d'un barreau à part entière, en France, qui compte 150
avocats seulement. En tout cas, les cas de barreaux qui coiffent plusieurs
ordres régionaux épars, en peut en citer tant. L'on cite, purement à titre
d'exemple, le barreau de Sétif (outre Sétif, les wilayas de Béjaïa, Bordj Bou
Arreridj, M'sila), le barreau de Blida (Blida, Chlef, Tipaza, Aïn Defla et
Khemis Miliana), Mostaganem (Mostaganem, Relizane et Tiaret), etc. D'aucuns
estiment en tout cas qu'avec cette structure d'amalgamation, on est bien loin
de l'équation équilibriste «chaque barreau pour chaque cour», puisqu'il existe
pour les 48 wilayas, seulement 36 cours, contre 15 (13+2) barreaux d'avocats.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Houari Saaïdia
Source : www.lequotidien-oran.com