Béjaia - Azzedine


Biographie Azzedine
Rabah Zerrari, qui fera beaucoup parler de lui par la suite sous le nom d'Azzedine, un bon chef de guerre : du coup d’œil sur le terrain, du courage, de l'autorité, il jouit d'un réel ascendant sur ses hommes et auprès de ses chefs, d'une bonne audience. Il deviendra la bête noire de Bigeard, et son histoire mérite d'être évoquée.
Né le 8 août 1934 à Béjaia en basse Kabylie, d'un père originaire de Kabylie qui le laisse orphelin à trois ans, il est élevé par son frère aîné, Saïd, militant du PPA (Parti du peuple algérien). Sa foi dans la patrie algérienne est fortifiée par les violences du 8 mai 1945 à Bône dont il est témoin. Livreur, puis garçon de café. En 1954, Rabah Zerrari a vingt deux ans et une seule passion, le football. Ouvrier soudeur autogène et à l'arc chez Caterpillar, à Alger, pour un salaire mensuel de 18 000 francs, il ne se trouve pas « malheureux » et ne s'est jamais intéressé à la politique. Comme tout le monde, il a entendu parler des événements du 1er novembre et, sans bien en comprendre la signification profonde, il suit les récits des attentats et accrochages de l'Aurès que font les journaux algérois. Le 25 février 1955, il est contacté par un militant du Clos-Salembier, Abderrahmane Lahla, qui lui demande de participer à la révolution. Rêvant de maquis, de sabotage de routes, Zerrari accepte. Mais comme, dans un premier temps, on ne lui demande que de cotiser pour 5 000 francs par mois, il est un peu déçu et insiste pour passer à l'action. Sans attendre les ordres, il décide de son propre chef d'attaquer au chalumeau le coffre-fort de l'usine Caterpillar où il travaille. Interrompu par des Français armés de fusils de chasse, il prend la fuite mais il est atteint d'une balle à un mollet, il se réfugie au Clos-Salembier, il rejoint en suite le maquis en wilaya IV, il change d'identité et est formé par le colonel Amar Ouamrane.
Dès l'été 1955, Rabah Zerrari change de nom en Si Azzedine est nommé responsable politique du secteur de Zbarbar, près de Palestro, et se fait remarquer par son esprit d'initiative pour faire payer les cotisations du FLN et monter des coups de main. Arrêté le 14 juillet 1956 à l'issue d'un combat désespéré où son unité est encerclée, blessé grièvement, il connaît de rudes conditions de détention à la prison de Tablat d'où il s'évade en octobre en emportant un Mat 49, suivi de 13 détenus1 . Nommé responsable militaire à la tête de 8 000 hommes de la région de Aïn Bessem, il monte avec succès une série de grandes embuscades qui le font reconnaître comme un des maîtres de la guérilla2 . Habillant ses « djounoud », tous volontaires, d'uniformes seyants, établissant avec eux un lien féodal, devenu capitaine, Azzedine hérite, début 1957, de la compagnie zonale dite " Commando ali Khodja " en wilaya IV créée par Ali Khodja. Cette force spéciale, forte de 120 hommes triés sur le volet, bien armés, bien entrainés, aguerris, parfois mesurés avec les forces de l'armée française, sous son commandement le nombre d'hommes de ce commando fut atteint le chiffre de 1 200. Azzedine mène tout d'abord un combat pied à pied contre les commandos noirs du général de Bollardière, d'autant plus dangereux pour l'ALN qu'ils ne torturaient pas et gagnaient des sympathies parmi la population. Économe du sang de ses hommes qui l'admirent et qu'il entraîne comme des marathoniens aptes au combat en montagne, spécialiste des actions rapides et hardis. Menant une guerre de seigneur, refusant les exactions, il libère un prisonnier et respecte ses adversaires, dont les capitaines de spahis Lebel2 , père et fils, tués respectivement les armes à la main en avril et mai 1957. Sa réputation est telle après le combat victorieux d'Oued Melah, qu'une grande opération est déclenchée contre lui ayant à sa tête le colonel Bigeard et le 3e RPC. Le 23 mai 1957, au combat d'encerclement d'Agounnenda qui va jusqu’au corps à corps, il laisse sur le terrain une partie de ses hommes qui se sacrifient pour couvrir le repli. De nouveau blessé début 1958, Azzedine se voit confier par le colonel Si M'Hammed, remarquable chef de guérilla, le commandement militaire de la wilaya IV. Ce qui lui permet de conclure au bénéfice de l'ALN l'affaire de la « Force K » par ralliement avec armes, de centaines de membres de cette tentative de contre-maquis. Très critique envers les « stratèges en chambre » qui négligent, depuis la Tunisie, la logistique des katibas de l'intérieur, méfiant envers les purges du colonel Amirouche, le 17 novembre 1958, à nouveau blessé (13 blessures en tout), il est fait prisonnier et est salué par des officiers du 3e RPIMA2.
Feignant d'accepter les principes de la « paix des braves », reçu en soldat par le général Massu1 , bien qu'ayant donné sa parole, il regagne le maquis. Après une odyssée de deux mois et demi de marche, il est porteur à Tunis d'un appel au secours des wilayas. Membre de la délégation algérienne en Chine en mai 1959, participant actif du CNRA (Conseil national de la révolution algérienne) de 1959 à 1962, adjoint au chef d'État-Major Général de l'ALN en 1960, il recrée, début 1962, la ZAA (Zone autonome d'Alger) afin de tenir en échec l'OAS. Il aura des contacts fréquents avec le préfet d'Alger, Vitalis Cros et Michel Hacq responsables de la « Mission C » pour la lutte conte l'OAS. Le 5 juillet, il déclare Alger ville ouverte, il est à la tete de 12 bataillons avec un arsenal de 18 000 armes. Peiné par les affrontements fratricides qui ensanglantent les premiers mois de l'indépendante durant la Crise de l’été 1962, il décide de son plein gré de quitter définitivement l'armée de libération et la vie politique. À 28 ans il commence une nouvelle vie, se marie et fonde une famille.

Post-indépendance :
Durant la tragédie de la « décennie noire » et sous l'accord de l'ex-president Liamine Zeroual, l'ex-commandant Azzedine s'est engagé volontairement pour recruter des « patriotes », 4 000 volontaires qu'il les a armé un par un, ils ont combattu courageusement les terroristes du Groupe islamique armé (GIA).
Réapparu en 1997 après une longue absence, comme membre du conseil de la Nation, il démissionne peu après pour animer le CCDR. Il publie en 1976, " On nous appelait fellagha ", puis " Et Alger ne brûla pas " en 1980. Coscénariste du film algéro-français : " C'était la guerre ", en avril 2006, il assume la postface de l'ouvrage de Claude Herbie, " Ni héros, ni salauds ", à propos de 55 témoignages des soldats français du contingent.
Lors de la commémoration du 50e anniversaire des accords d'Évian par la société des amis de L'humanité à Paris le 13 mars 2012, le commandant Azzedine a déclaré « la Crise de l’été 1962 a été la source de tous nos maux, l’indépendance a commencé par un coup d’État.» Quant à l’écriture de l’histoire en Algérie sur la guerre d’indépendance , « ils veulent l’écrire avec une gomme et non avec un stylo. » a t-il ajouté.
En mars 2014, quelques temps avant les élections présidentielles algériennes du 17 avril, il affirme appuyer l'éventuel 4ème mandat du président actuel, Abdelaziz Bouteflika alors qu'il s'y opposait catégoriquement lors des élections précédentes. Cette action s’avérait avoir pour but d'obtenir de l'aide du président afin de régler les multiples accusations auxquelles il devait faire face. En effet, il fut l'auteur d'une escroquerie qui consistait à faire croire à plusieurs de ses anciens amis d'utiliser leur argent dans différents investissements, allant de la plantation d'hectare d'orange à l'achat de camions citerne. C'est comme cela qu'il amassa des sommes colossales, sans jamais les rendre à leurs véritables propriétaires, ce qui les poussa à l'attaquer en justice.

Hommage de l'adversaire :
Dans son livre de souvenirs, « Pour une parcelle de gloire », le général Bigeard cite longuement, nommément, ceux qui ont montré de réelles qualités de soldat, vaillance, courage, rapidité de manœuvre : Laghrour Abbès dans les Nementchas, Mohammed le Balafré à Agounnenda et surtout le commandant Azzedine dont il dira3 :
« Nous avons rencontré là un adversaire qui, surpris dans une sévère embuscade, réagit vite et courageusement. Il s'est même révélé capable après, quarante-huit heures d'isolement, de faire payer chèrement sa peau. On comprend qu'un tel groupement, commandé par de tels chefs, n'ait jusqu'ici remporté que des victoires. »
Cela explique sans doute la poignée de mains controversée qu'il échangea en direct à la télévision avec le commandant Azzedine.

Œuvres :
1976 : On nous appelait fellaghas, récit-témoignage, Paris Stock.
1980 : Alger ne brûla pas, récit, Paris, Stock. (réédité à Alger 1997).
1993 : C'était la guerre, coauteur avec Jean-Claude Carrière, Plon
Coscénariste du film algéro-français : C'était la guerre (1993)



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