Bechar - Revue de Presse

Premier festival national du Gnaoui de Bechar



La Jedba au rythme du Goumbri et du Karkabou La première édition du festival national du Gnaoui qui se tient à Bechar du 27 au 31 mai 2007 offre aux chercheurs en ethnomusicologie l’opportunité d’entreprendre des travaux de sauvegarde de cette tradition musicale menacée de disparition, ou plus exactement menacée par l’influence de la culture occidentale, notamment en ce qui concerne l’introduction d’instruments nouveaux qui risqueraient de la défigurer. Le genre Gnaoui a de tout temps rempli, dans notre société traditionnelle, une fonction rituelle qui implique sa conservation et son immuabilité ; s’il perdait un jour sa fonction traditionnelle, il risquerait de s’affaiblir ou de disparaître en tant que tel. Le Gnaoui est un genre qui prend ses sources, pour certains, du Ghana, pour d’autres, de la Guinée. Ce fut, à l’origine, des complaintes chargées de nostalgie et d’amertume chantées par des déportés durant la sinistrement célèbre époque esclavagiste. Donc le Gnaoui était pratiqué, au départ, dans une communauté d’esclaves, Laabid, d’où incompréhension de certains refrains dont le sens originel a été perdu avec les anciens. Ce genre musical est exécuté par certains membres de la communauté qui s’était convertie à l’Islam au Maghreb et avait pris comme saint patron Sidi Blal, autrement dit Sidna Bilal, le compagnon de couleur du prophète (QSSSL). Le Gnaoui est souvent étroitement associé aux événements importants de la vie communautaire, aux activités quotidiennes liées aux rites religieux ou profanes et aux cycles naturels (saisons). L’instrument de base du Gnaoui, ou Laabid puis Diwan comme cela se dit à Bechar, est sans conteste le Goumbri. Le Goumbri est un instrument à corde dont la caisse en forme de parallélépipède rectangle est faite en bois, il est muni d’un manche et couvert de peau de chèvre. Les cordons, au nombre de trois, sont faits avec les boyaux du même animal. Couverte de préférence avec un tissu vert, la caisse du Goumbri est le plus souvent ornée d’amulettes et de ferrures accentuant la sonorité. Vient ensuite le Karkabou, sorte de double castagnettes en fer qui marquent le rythme et rappellent le tintement des chaînes, et enfin le tambour. La danse est en elle- même une expression de liberté corporelle pleine de symbolique. Le danseur montre son agilité et se libère des contraintes quotidiennes. C’est à ce seul moment qu’il dispose librement de son corps et en fait ce qu’il veut. La danse commence par le salut du Mokadem et des gestes à l’endroit du foyer du feu d’où se dégage l’odeur de l’encens à base de Jaoui, une résine d’arbre provenant de la lointaine Afrique, d’où son appellation de Jaoui Soudani. Les gestes s’accentuent crescendo suivant le rythme de la musique et finit le plus souvent par la transe qui, par définition, est l’état modifié de la conscience dans lequel entreraient les médiums quand ils communiquent avec les esprits. Car il ne faut pas perdre de vue que le Gnaoui à toujours été empreint de l’animisme pratiqué dans les pays d’origine des esclaves. Le plus souvent, le rituel se pratiquait près d’un arbre fétiche sur les branches duquel des rubans et des bandelettes de tissu sont noués après la formulation d’un vœu. Vient ensuite la symbolique de la punition infligée à l’esclave. Le danseur s’échauffe d’abord, puis il commence, à l’aide de nerfs de bœuf, à s’autoflageller. Les gestes sont aujourd’hui symboliques mais on assistait dans le passé à des scènes où le dos du danseur était lacéré de toutes parts et les blessures laissaient couler du sang. Cette gestuelle peut s’interpréter de deux façons. Le danseur s’inflige cette correction pour se délivrer du démon qui l’agite, ou montre à son maître dans une sorte de défi qu’il est capable de supporter ce supplice. Vient ensuite la danse des couteaux où le danseur accomplit le geste de se piquer le ventre avec la pointe des instruments en suivant le rythme ambiant. D’autres danseurs marchaient sur des braises ardentes, gestuelle qu’on rencontre dans des danses exécutées par des noirs dans différentes contrées du monde et ayant la même origine. On soutient que dans le passé, certains Mokadems, en transe, se mettaient des braises dans la bouche et les mâchaient. Le plus souvent, des familles présentaient, en pleine cérémonie, un bébé au Mokadem qui lui met sur la tête soit son turban, soit sa chéchia et à partir de ce moment- là, l’enfant est entré sous la protection de Laâbid contre le mauvais œil ou les mauvais esprits. Les parents offrent une obole qui symbolise «la vente» du protégé à Ouled Sid Blal. La danse de Laâbid, plus précisément la transe, appelée chez nous Jedba, fut longtemps liée à l’exorcisme.
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