Bechar - Revue de Presse

Le célibat, ce mal qui ronge et qui dérange



Dans un récent symposium de spécialistes en sociologie, les actes de celui-ci ont abouti à une hypothèse pour le moins inattendue et qui rattacherait les dérives sociales à une situation d'apparence normale, ne relevant que de la seule volonté de l'individu dans sa vie privée : le célibat. Le nombre impressionnant de jeunes célibataires de 18 à 40 ans qui avoisinerait les 8.000.000, ne peut être qu'une préoccupation de dimension nationale. En sciences de l'épidémiologie, les cas isolés sont étiquetés de sporadiques; quand les nombres évoluent anormalement en référence à la même période antérieurement observée, on parle de pic épidémique. Peut-on alors, et sans s'attirer les foudres des épidémiologistes, parler d'épidémie de célibat ?

La définition que donne l'O.M.S de l'état de santé est grossièrement la suivante : La santé n'est pas seulement l'absence de maladie, mais un état de bien-être physique, mental et social. Si le mariage induit le bien-être social et l'équilibre mental, on peut alors le considérer comme un état de santé contrairement au célibat qui serait, ainsi, un état de non-santé ?! Posons la question alors aux concernés et ouvrons grand nos pavillons. Que voudrait dire mariage pour les jeunes d'aujourd'hui ? L'image, qui se profile dans l'esprit, c'est d'abord le cortège nuptial. La voiture n'étant plus la Mercedes rétro, mais la « Touareg » ou le « Pathfunder » pour les nantis ou carrément le Hammer pour la first classe. La classe économique se contentera de la voiture de série du cousin « bien placé ». Tout le monde sait aussi que la limousine à six portes, louée chèrement, n'est que pour la frime.

A l'intérieur du pays, le cheval barbe et le baçour, caprices urbains, donnent l'éphémère illusion d'un attachement surfait aux valeurs ancestrales, quand toute chose est encline au simiesque. L'attraction festive l'emportera sur l'intérêt général, on peut obstruer sans vergogne une voie qui mène vers un service d'utilité publique; on impose le spectacle en dépit d'un cortège funéraire qui passe ou au seuil même d'un domicile mortuaire. Que dire encore de cette cacophonie d'avertisseurs sonores à des heures indues, où le commun des individus aspire à l'assoupissement. Faire étalage de son opulence économique, et sans tenir compte des sentiments de personnes issues de milieux défavorisés, ne peut relever que du dédain.

Jetée sans retenue aucune à la face des sans-emplois et des sans-logis, cette outrecuidance ne fera qu'aiguiser les couteaux déjà tirés. Les raisons peuvent être multiples, mais la plus simple et la plus démontrable est celle qui consiste à reconnaître que les chances de départ étaient identiques, autant pour les uns que pour les autres. Quant à la fille, le souci est tout autre; pour elle, c'est la toilette et la coiffure. Si pour les unes, et elles sont rares, ce sera Paris ou Rome, pour les autres, la rue de la Lyre ou « Dubai » de Bab Ezzouar ou d'El-Eulma constitueront leur Mecque à elles, et ce n'est pas donné à tout le monde. Si la chambre nuptiale est acquise, il n'est pas évident que la chambre maritale le soit. Les joutes entre la mère de l'heureuse élue et celle du garçon auront pour théâtre, le Palace ou la salle où se passera la fête. La qualité des gâteaux et leur présentation, le défilé des robes et le persiflage de part et d'autre sont autant d'objets d'échanges d'amabilité, que de pomme de discorde durable. Tout cela, mijoté avec un zeste de sourires hypocrites et de rires jaunes. Le « Sadaq » est inflationniste; il peut prendre la courbe ascendante du prix du baril de pétrole, soit de 6 millions au plancher à 50 millions sans les intrants, bijoux, robes et autres atours. En présence de l'Imam, motus et bouche cousue. On peut même aller à la fausse déclaration sur le montant de la dot.

L'appartement ou la voiture seront offerts par « tonton » ou « tata », c'est selon. L'autre, ce peut être une baraque accolée au bidonville familial, si l'environnement le permet encore. Mais cet état d'apparent dénuement n'en dispense pas moins, du cortège rutilant pour en mettre plein les yeux au voisinage. On fait semblant de se plaindre de ces exigences, mais tout le monde s'en accommode. Le comi-tragique mène tout le monde par le bout du nez ! Personne n'osera penser marier sa fille ou son garçon sans cortège nuptial. C'est impensable et surréaliste à la fois au cas où...Honni qui bien y pense !

Les paradoxes sont légion, tels que ces cas de vieilles filles, possédant appartement et roulant carrosse mais qui ne trouvent pas preneurs. Elles font peut-être du « chichi » et elles restent en rade, ou ce garçon « macho » qui ne peut pas supporter que sa future femme fréquente les hommes dans son boulot. En fermant les yeux, l'un et l'autre, la femme médecin se retrouve mariée avec son aide-soignant. Ils se trouveront des points communs, entre autre le milieu professionnel qui peut, d'ailleurs, les opposer au lendemain de la lune de miel. Il est aussi exigé de la fille d'être de bonne souche, supérieurement diplômée, argentée et agréable au regard pour ne pas dire belle. Il ne suffit au garçon que d'être présentable et d'avoir un boulot si possible; ces deux conditions réunies sont suffisantes pour prétendre convoler en justes noces. Mais dans ce cas, tout est bien dans le meilleur des mondes. La désunion fait retomber le couple « hybride » dans le célibat de départ, avec le dépit et la suspicion en sus. Le surpeuplement féminin est évident; beaucoup de pères de famille sont en quête de prétendants pour leurs filles qui se retrouvent, parfois, à plusieurs dans la maisonnée. Le boom démographique des années soixante dix, est en train de se vérifier dans l'amère réalité quotidienne. Petits, on ne les « ressentait » pas, grands les enfants, c'est carrément la galère. Sur une fratrie de 6 membres, 5 seront nés entre 1970 et 1979, ceci pour l'illustration. S'il existe, pour ces cohortes de jeunes, des problèmes d'éducation, de formation, de loisirs, pourquoi pas de célibat et c'est tout dire ! Depuis sa tendre enfance, l'individu modélise l'union conjugale. Tous petits, les enfants jouent à « la maman » et « au papa », que dire donc quand ils sont à l'âge de raison ou de déraison ? Il peut exister des motifs de célibat, la prime jeunesse, les études, la migration, mais dès que ces écueils sont levés, aucune autre raison ne peut faire ajourner cet acte social et culturel. Le vieux célibataire volontaire devient un « cas ».

Il est déjà heureux, dans la vallée du M'Zab, d'assister encore au rite du mariage collectif; la ville de Béchar vient récemment de s'y lancer, à qui le tour ? Cette action communautaire de grande portée sociale ne peut que rasséréner ces milliers de jeunes en quête de l'âme soeur. S'il est établi que le célibat est générateur de maux sociétaux, il ne tient qu'à la communauté nationale, et à elle seule, de lutter contre ce « fléau » qui peut, à la longue, aboutir à la dissolution de la trame sociale et de là, à la déshérence de l'âme nationale. Le corps social est en train d'être mité par petits bouts; prenons garde à ce qu'il ne se délite dans un magma individualiste et monocellulaire. Dans une récente livraison télévisuelle de « Liqa », le grandissime Doured Laham trouvait une formule magique pour identifier arithmétiquement le couple. Il disait en substance ceci : « La femme seule équivaut à zéro, l'homme seul aussi, mais 0 0=1 ». Sublime équation !


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