Bechar - A la une

Femmes vs mixité



Récemment à Béchar, trois femmes, une architecte, une ingénieure en télécommunications et une enseignante de langue française ont fait l'actualité de la ville en investissant un créneau économique et... social dont on dit qu'il était jusque-là la chasse gardée des hommes. Il n'y a rien à dire, la géographie et la sociologie de Béchar, comme l'état des lieux général dans le pays, ne pouvaient pas mieux donner. Mais quand on entend que trois femmes ont décidé d'entreprendre, avec audace et esprit d'innovation, on est légitimement et logiquement en droit d'attendre une fulgurance, un coup de pied dans la fourmilière et une raison d'espérer pour tous les femmes et les hommes de la ville qui lorgnent une autre idée de la ville et de la... vie. On l'attend plus une fois qu'on aura pris connaissance du profil des trois femmes qui, si elles ne peuvent pas encore changer le monde, peuvent le bousculer un tant soit peu. Pour les moins sensibles, c'est une immense déception. Pour les autres, c'est le choc : nos trois femmes lancent des salons de thé... pour femmes ! On peut comprendre qu'elles n'ont connu que ce genre d'entreprises « téméraires ». Après tout, il « l'initiative » est déjà une réussite. Celles et ceux qui y ont applaudi peuvent très bien se recruter parmi ceux qui pouvaient revendiquer beaucoup mieux comme outils d'émancipation de leur espace vital. Cela peut même procéder de la bonne intention de ces femmes qui peuvent considérer que « c'est déjà beaucoup », qu'elles « font ce qu'elles peuvent » et qu'à l'impossible, nul n'est tenu ! Pour autant, l'ouverture d'un « salon de thé pour femmes », au plan symbolique comme dans le palpable, est d'abord la consécration du fait accompli régressif dont le bannissement de la mixité hommes-femmes est la mère des batailles. On ne peut pas « résister » à la régression par des actions qui confortent à la fois ses fondements philosophiques et ses manifestations physiques. Quelles qu'en soient les motivations et les conditions objectives dans lesquelles on « entreprend » dans ces termes et sous cette forme, c'est le camp du sous-développement dans tous les sens qu'on renforce. Sous-développement dans tous les sens parce qu'on a cru entendre que les motivations de nos trois dames de Béchar évoquent un autre objectif, celui de briser le monopole économique des hommes en ayant main basse sur l'activité. Mais ils l'auront toujours, le monopole sur les cafés « masculin pluriel », Mesdames, le seul qui les intéresse, pour sa rentabilité matérielle, comme pour ses impacts idéologiques. C'est des salons de thé mixtes qu'il fallait ouvrir, si vous voulez les bousculer. Vous aurez même fait de meilleures affaires !S. L.
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