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Une Candide au pays des cèdres



Une Candide au pays des cèdres
Par Zohra Mahi
L e hasard fait-il toujours bien les choses ' J'en ai toujours douté en bonne volontariste qui estime que ce sont les gens qui ont peu de prise sur leur destin qui se consolent avec ce genre d'aphorisme. Alors, croyez-le ou pas, j'en suis devenue une adepte et une adepte convaincue.
De quoi s'agit-il ' D'une rencontre improbable entre une représentante de l'Ouest (moi) et une escouade de Chaouis (le surnommé «Didine» et ses compères), tous triés sur le volet, porteurs de richesses insoupçonnées pour l'autocentrée sur sa région que j'étais, persuadée que passée la frontière des monts de Miliana, il n'y avait point de salut ni de civilisation. Après cette rencontre, conserver ses œillères confine à la cécité ou à la mauvaise foi et je me targue de ne souffrir ni de l'une ni de l'autre. Tout a commencé avec un texte fort bien conçu et construit par Mostefa Hamouda sur sa ville, Batna . «Batna, identité en mouvement ou en extinction '» dont il détaillait les hauts lieux et ceux qui les ont hantés. J'étais intervenue au sujet de l'un de ces fantômes du passé et proposé une relecture de ce qui était dit à son propos. Je ne m'attarderai pas sur ce point car ce n'est pas le but du présent billet. C'est en tout cas ainsi que se fit l'amorce de ce qui sera, je l'espère, une solide amitié. Mais l'ami Mostefa Hamouda fit mieux que répondre à ma réaction. Il me convia à la fête qu'il avait organisée, pour célébrer la nomination à la tête de l'université de Batna de son ami le professeur Tahar Benabid, avec la complicité et l'appoint décisif de ses amis, M. et Mme Khalfallah. Pouvais-je refuser de répondre à cette marque insigne de considération adressée dans la droite ligne de l'hospitalité chaouie ' Certainement pas, et je me suis dépêchée d'y répondre, toutes affaires cessantes et je ne l'ai pas regretté. Nous sommes à la résidence Khalfallah à Zéralda. Imaginez le décor : un intérieur cossu, confortable, avec une fonctionnalité à toute épreuve et des hôtes présents mais non envahissants : Madame d'abord, Arlette, affable, souriante, affairée mais à l'écoute de ses invités, efficace sans fébrilité ni impairs. La parfaite maîtresse de maison qui reçoit avec l'élégance et la facilité de ceux qui dominent la situation sans paraître fournir un effort trop visible. Monsieur, Hamid, discret, aussi souriant et affable que son épouse, avec un flegme tout Britannique, veillant au confort de chacun et à ce que tous se restaurent, intervenant dans le bon déroulement des arrivées puis des départs. Bref, un couple sympathique ayant l'expérience évidente et maîtrisée des réceptions et point rebuté par le nombre des convives qui se révéla important. Dans le splendide isolement de ma région de l'Ouest, je ne pouvais pas concevoir qu'à l'autre bout du pays, dans une région réputée pour la rudesse de son climat et de ses habitants, j'allais rencontrer cette multitude d'esprits tous plus brillants les uns que les autres dont les plaisanteries, les calembours et les jeux de mots allaient éclairer une atmosphère déjà détendue et pleine de charme. C'est évidemment l'organisateur compétent, disponible et dévoué, j'ai nommé mon sympathique cicerone dans ce monde que je découvrais, Mostefa Hamouda, qui ouvrit le volet culturel de cette réunion. Son «cha'r el melhoun» dans la plus pure tradition des troubadours qui sillonnent le pays, nous mit en appétit par ailleurs occupés par la dégustation des hors-d'œuvre et autres canapés plus consistants confectionnés pour nous sustenter. Durant cette lecture, l'assistance, qui avait les clés du message que voulait faire passer Mostefa, réagissait au quart de tour par toutes sortes de réflexions, de commentaires, de précisions, d'onomatopées en tout genre… Un joyeux charivari de connivence et de fraternité retrouvée entre gens qui s'étaient manifestement perdus de vue. Dans cette assistance de qualité, les femmes ajoutaient leur touche claire et illuminaient cette majorité masculine de costumes sombres par leurs sourires, désamorçant par-là même les inévitables dépassements verbaux de gens habitués à la franchise des échanges. Leurs tenues recherchées, sans ostentation ni faute de goût sont la preuve, s'il en était besoin, que l'Algérie, diverse et raffinée, cultive avec la même équité l'élégance de ses femmes sur toute l'étendue de son territoire. Mais le meilleur restait à venir… Dans la pénombre de la lumière presque tamisée se tenait un personnage à la mine modeste, aux gestes mesurés et au regard incertain. Je n'y ai prêté qu'une attention limitée, car, perdu dans la masse des invités, ses propos plutôt chuchotés n'attiraient pas le regard des foules, du moins pas encore… Je ne sais comment ni à quel moment a débuté le show de «Didine», mais ce que je peux dire, c'est qu'à partir de cet instant, il ne m'a plus été possible de reprendre mon souffle tant je riais. Tout y est passé…, les souvenirs d'enfance et une certaine méthode de «briser la glace» (les personnes présentes se rappelleront ce dont je veux parler), les dénonciations véhémentes mais toujours hilarantes du monde politique professionnel et surtout intégriste qui a été l'objet de pratiquement toutes ses banderilles, l'évocation émue et émouvante de Djamel Amrani, poète et résistant. Ce fut un festival, un feu d'artifice, un exercice humoristique, souvent iconoclaste mais de haute tenue. Je retrouvais dans les mimiques, les gestes et l'aisance de «Didine» la patte de mon client et ami Dieudonné, l'humoriste français bien connu. (cher Dieudo, sachez que si vous êtes un jour en panne d'inspiration, il y a parmi les Batnéens quelques joyeux drilles qui vous en apprendront de belles !) A la fin de cette représentation, car c'en était une, qui n'avait rien à envier à celle de véritables professionnels, mes zygomatiques étaient arrivés à un tel degré de sollicitations qu'il n'était plus possible de continuer à supporter pareil traitement. J'ai demandé grâce à «Didine» en le questionnant sur le nom de son métier : chirurgien me diton…, lui ne m'a pas entendue, pris dans son discours. Evidemment, je m'étais risquée sans filet, car lorsqu'il apprit que j'étais d'une région bien précise, j'ai eu droit aux clichés de l'accent bédouin contrefait, aux grognements de sanglier etc., mais tout cela dans la bonne humeur et la finesse. Finalement, il n'y a pas incompatibilité à ce qu'un talent d'humoriste et celui de chirurgien soient cultivés par une même personne. Cela a pour avantage de soigner en même temps l'âme et le corps et Monsieur le professeur Mustapha Kamel Maoui, chirurgien de son état, «Didine» pour les intimes, réunit ces deux talents avec grâce, délicatesse et compétence pour le plus grand bonheur et bénéfice de ses patients. Que retenir de cette soirée ' Le souvenir d'une halte reposante dans la course harassante de la vie et le furieux désir d'endosser un habit d'ambassadrice pour aller porter une parole d'union, de fraternité et de joie à toutes les autres régions.
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