Consultations
politiques à mener par Bensalah, une commission
chargée de réviser la constitution, telle est en substance la logistique des
reformes. Ceci est l'organe, il reste la fonction, le fond, la teneur et les
acteurs.
Les réformes
annoncées tardent à venir. Confiées, dans leur volet d'échange d'avis et de
tractations politiques à un partisan, président du sénat, l'on ne s'attend pas
à grand-chose. Artisan lui aussi du régime qui est appelé à connaitre
des reformes, la tache n'est pas tout aussi aisée de vouloir bien couper la
branche ou le perchoir, sur lequel l'on n'est que bien assis. Il ne sert, par
ailleurs à rien de changer le périphérique d'un ordinateur ou d'une
institution, ou le fil de la souris ou ses membres extérieurs, si l'on ne
tripote pas dans la cavité du disque dur et des différentes «puces » qui
semblent l'animer. Le logiciel. L'unité «centrale».
Que va-t-il changer ? Convaincu préalablement
de l'état des choses qui se perpétue depuis longtemps, l'homme, quoique secondé
par deux autres personnages issus du même régime ; n'ira pas dans la profondeur
que recommande une telle urgence. L'on verra certainement se voir et se revoir
rabâchés les slogans squelettiques d'un nationalisme qui a perdu tout ses
repères idéologiques. L'indivisibilité territoriale, l'unité nationale et autre
trilogie du genre. Certains principes liés à l'homme de par le monde ou à la
nature humaine, comme ceux inscrits dans la déclaration des droits de l'homme
sont intronisés sous un label à définir davantage et martelé comme «constantes
nationales» Quel pays voudrait voir son intégrité territoriale se dissiper et
se volatiliser au gré d'une humeur politique ? Quel est ce peuple qui aurait
sans coup férir le plaisir d'admettre la supplantation par une autre langue, sa
langue maternelle ? Quelle est la créature humaine qui s'empêche d'avoir la
nostalgie du sol natal ou de se languir sur les origines lointaines de son être
? Ainsi «les constantes» n'ont nullement besoin d'idéologie ou de charte
référendaire. Elles sont et demeurent intimement rattachées à l'ego et greffées
à jamais dans les parois de chaque âme. Innées, elles s'auto-insèrent
et s'épanouissent à mesure que grandissent l'amour de soi et la passion de la
patrie.
L'interpellation
sera de taille quand vous avez cette intime conviction que c'est le
gouvernement hué et conspué, étant la cause apparente à cette quête de
changement qui va piloter la batterie de mesures énoncées pour l'élan des
reformes à mener. C'est inouï, si c'est Benbouzid qui
va encore penser et réfléchir pour pondre une reforme scolaire. Un Ould Abbes omnipotent,
rébarbatif, cachant mal ses maladresses politiques et médicales. Ceci n'est que
pour l'exemple le plus terrifiant qui d'ailleurs reste applicable à tous les
membres du gouvernement. Si l'on dit qu'il n'y a pas de mauvais soldats, il n'y
a que de mauvais généraux, l'adage en politique devient une anagramme. En face
d'un bon premier ministre, il ne peut y a voir que de
bons ministres. A l'image aussi de l'équipe nationale. Nous avons de très bons
joueurs, pas d'équipe nationale.
L'échec scolaire,
la misère populaire, les grèves générales, les marches, les sit-in, les
scandales, autoroutier, métropolitain, pétrolier, l'inégalité sociale,
l'injustice et autres malheurs ne suffisent-ils pas à faire rompre l'inertie
habituelle et enfanter la décision hautement décisive de tout changer ?
Pourquoi ne procède-t-on pas calmement à un changement radical du gouvernement
? C'est à un nouveau personnel politique qu'échoit la mission du changement et
non à ceux contre qui elle est censée s'opérer. Le gain ne se positive que
grâce à une application de certains théorèmes. Comptables et arithmétiques.
Comme dans la science des affaires, la politique est une opération d'addition,
de soustraction et surtout de division. Sans vouloir compartimenter la
conscience des gens, toute méthode tendant à l'obtention de résultats probants
demeure physiquement voire chimiquement astreinte aux aléas de la théorie de la
table rase. Ceci concernera en premier chef, pour le Chef, le souci de se
débarrasser d'abord des guenilles, loques et reliques humaines qui fragmentent
ses étages pour qu'ensuite, s'attarder à la pesée du changement. Le mouvement,
même des personnels est une dynamique tellement classique qu'elle cause des
nausées modernistes. Un remaniement ministériel est utile dans la démarche
d'ensemble.
Un peu loin dans
l'histoire récente, il y a quelques années, à l'entame de son premier mandat, Bouteflika, avait-il bien fait, quand d'un seul coup ; il
avait balayé plus de 20 wali tout en ramassant ; hélas les os poliomyélites
d'autres momies et compresses préfectorales? Pourtant cette histoire, voilà une
décennie a retenu qu'il s'est leurré parfois lourdement sur le cas de certains.
Mohamed Cherif Djebbari,
wali à Batna alors, n'a fait en fait que les frais de son adversité avec Benflis. Cette trompe de wali se raréfie, lorsque l'on
installe, ou l'on maintient des walis d'humeur ou amoureux des lots marginaux.
A ce niveau de la gestion des collectivités locales, les charognards goinfres
et en permanence affamés existent non loin du cercle des gros mangeurs
terriens. Terre battue, en jachère, rouge ou noire, l'appétit n'aurait d'égal
que le goût enivrant procuré par la sensation doucereuse qui assaille
allégrement tout propriétaire foncier. Des collaborateurs généraux dans le
temps devenus walis entre temps ont eu tout leur temps de se procurer des
morceaux balnéaires urbainement bônois
monnayés à de tiers. Ils continuent, osent-ils à parler de reformes quand la
reforme leur est pénalement prescrite. Heureusement, par contre qu'il existe
des walis, peu soit-il, qui font de leur fonction un challenge vers la
production du bonheur social pour leurs administrés. Les uns faisant l'apologie
de Sarkozy, les autres méditent le discours de Georges Washington.
Le président
avait choisi à moitié la manière du radicalisme sécateur, soit éplucher en effeuillant
jusqu'au fond l'écorce et le fruit, il aurait eu le mérite, en le faisant, de
rendre, par l'effet de la régénération ; le sourire à ceux qui l'on jamais eu.
A une échelle moins réduite, la théorie de la table rase doit exercer son
génie. Elle s'étendra avec la foudre tranquille d'une révolution d'enfants.
Elle ébranlera, sans avertir ; telle une douce coudée de sabre silencieux et
analgésique. L'éternité du poste n'est qu'une antinomie professionnelle. Un
ministre, comme un directeur passe et repasse, le temps que dure le dépôt d'une
paraphe. C'est l'entre-temps des deux paraphes qui est trop long.
Quel que soit le
titulaire imposé, positionné ou installé dans la faveur de ce zénith de
pouvoir, les ferveurs et les affres du métier feront que cette «promotion»
finira par devenir, à la longue, une procédure douce et habituelle de mise en
otage volontaire. Au fur et à mesure de la progression de son plan de carrière,
le fonctionnaire «promouvable» ira, sans gêne et avec
beaucoup d'efforts, vers les actions devant lui permettre de se constituer
«prisonnier» dans la geôle du système. Sa vision est dans l'immédiat coulée
dans moule que lui font les précepteurs, les cabinards
et les chargés de hisser les uns et consommer les autres. Ils sont à l'ombre
des tempêtes mais soufflent à toutes les trompettes ! Pour quand cet éveil de
l'homme pour que le sursaut rédempteur et juste vienne ; gaillard, brave et
courageux raser les pions, les lampions et les loupions ?
Si l'acte de
renvoyer le gouvernement est une exigence actuelle, le fait de dépoussiérer les
wilayas n'est qu'une une mesure d'accompagnement nécessaire. Les rescapés
politiques, la masse exécutive, les personnages confus et disloqué, le retour
des âmes suffoquées, la réincarnation des cadavres doivent, au moins, par
ultime esprit de chevalerie républicaine se diriger droitement vers les saunas,
la thalasso ou les lieux saints. Laisser tranquille le pays, le laisser faire
sa mue, comme ailleurs en Tunisie ou en Egypte serait un acte d'honneur quoique
résiduel.
Ainsi tout
dépendra de la détermination à entreprendre dans le cheminement qui ne peut
être que rapide de cette mutation tant attendue. L'ouverture vers la société
civile pure et non officielle voire auxiliaire du système et son renforcement doit
s'avérer un outil managérial mieux appréhendé à l'effet de garantir la
promotion citoyenne. Les constructions étatiques seront ainsi revitalisées par
une essence neuve et neutre afin d'être installées assurément au service des
objectifs d'impulsion et stimulation démocratique. L'algérien ne doit plus
vivre sous un Etat sécuritaire, ni se sentir hors de chez lui.
La peur ne doit
plus encore changer de camp, mais disparaitre tout
simplement. L'approfondissement des actes démocratiques est le meilleur rempart
contre les dérives de toute sorte. Cette façon de se partager l'avis, d'assurer
un équilibre tiendra lieu de bouclier contre le dérapage de tout pouvoir ou
excès dans son usage. Le rapport de droit s'instaurera à la place du rapport de
force.
Si Bensallah est chargé de recueillir les opinions des
formations politiques dans un contexte de consultation, l'on ne saura rien des
«personnalités nationales» avec lesquelles il aura à s'entretenir. S'il s'agit
des mêmes que celles de 1994, à savoir celles agrippées à une légitimité
historique en voie de discrédit individuel, l'on ne pense pas que la monture
sera bien ménagée pour partir aussi loin. Mais si parmi ces «personnalités
nationales», il pouvait s'y faufiler des jeunes, des artistes, des journalistes,
la partie serait crédible sur les bords.
Face à ces
représentants du régime en fait, il est compté sur les partis notamment ceux
dits d'opposition de bien vouloir s'user à la besogne. Eviter de se constituer
déjà en partis de façade ou être mis en scène de parodie, ces vieux partis
doivent à peine d'interrompre tout le processus garantir le maximum
d'ouverture, de liberté et de droits.
Le pire reste
néanmoins à craindre. C'est par justement cette prestation oppositionnelle
pitoyable, fragmentée et rendue non-crédible, que le
régime compte encore perdurer. Tous les partis risquent la déliquescence
injectée intentionnellement par le système. Une dose d'inertie et un pactole de
somnolence suffiront. Une opposition viable, productive se devrait d'être, loin
des alliances de conjonctures ou des coalitions temporaires et précaires. L'on,
aurait vu des chefs de partis traités comme des hauts fonctionnaires. Des
partis traités comme des institutions étatiques. Cela doit s'arrêter. Le régime
n'est pas immortel. Ténacité et persévérance, tout en mettant à profit ce qui
se triture conflictuellement au sommet auront en
toute évidence un droit de cité dans ces consultations.
Peut-être y
verrons-nous rejaillir tant dans la sphère du pouvoir que celle de l'opposition
; la compétence à la brocante, la jeunesse aux momies et le sourire à la
morosité. Pour ce qui est de la loi fondamentale, ses limitations de mandat, le
régime politique à adopter, les pouvoirs, l'on sait par avance les intentions
la dessus de Bensallah, de Ziari,
de Belkhadem, de Saadi, de Louisa,
de Soltani et autres consort. Ce que l'on ne sait
pas, ce sont les avis de ceux que l'on ne connait pas
encore. Des visages neufs, de nouvelles lectures, des idées jeunes et avancées,
des notions modernistes et universelles. Une démocratie non spécifique. Mais
qui va mener tout ca ?
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : El Yazid Dib
Source : www.lequotidien-oran.com