Batna - Revue de Presse

Qui se souvient des Ouled Moussa des Aurès ?



En ce mois de février où l'été indien semble s'être installé, seul le froid glacial qui fouette les visages et les corps emmitouflés, rappelle à Batna que nous sommes en hiver. La mégapole des Aurès, grouillante et poussiéreuse, s'étale à perte de vue, les chantiers de construction envahissent tous les espaces libres; que l'on vienne de Biskra ou de Constantine, la ville est livrée aux vrombissements des camions qui vomissent leurs gaz d'échappement, au grincement métallique des grues et au flot circulant de véhicules de tous genres. La nationale 31 qui mène à Khenchela et Tébessa nous fait découvrir Tazoult, ancien tristement célèbre Lambèse. La cité est un véritable musée à ciel ouvert, elle offre le visage d'un tranquille ancien village colonial, construit autour du pénitencier le plus célèbre après Cayenne. Un prosaïque W-C. public au détour d'une ruelle fait de cette commune, chef-lieu de daïra, une exception sur le plan de l'hygiène publique. Un local anodin, lustré et bien tenu offre au public lave-mains et serviettes. Bravo pour l'initiateur ! En quittant Tazoult par le sud-est, un portique romain, relativement éloigné de l'agglomération, rappelle que l'ancienne cité était plus étendue que l'actuelle. Une grande partie du tissu urbain de l'antique Lambaesis est encore enfouie sous le sol. En abordant la côte, la platitude de la capitale des Aurès protégée par les monts de Belezma est laissée derrière. Le Belezma est un parc national d'essences végétales protégées, dont le cèdre, et les gens de Merouana, au coeur du massif forestier, aiment à comparer leur cédraie enneigée, à celle du Liban. La dense végétation cède, au fur et à mesure de l'ascension, la place au maquis épars et aux vieux chênes rabougris, la présence d'alfa pour le moins surprenante à cette altitude préfigure déjà de l'approche de la zone présaharienne. La sécheresse des vallons encaissés, en cette période pourtant réputée pluvieuse, ajoute à la morne désolation des lieux. Les quelques minuscules plaques de neige verglacée sur les hauteurs scintillent au soleil. On traverse Markouna, Foum Toub, à partir duquel on peut voir l'étendue du barrage de Koudiat El-Madaouar situé près de Timgad, renseigne déjà sur l'altitude. Cet ouvrage hydraulique fait partie du complexe des Béni Haroun, il alimente actuellement Batna, Aïn Touta et Barika. M'Dina est cette minuscule bourgade chef-lieu de la commune d'Ichmoul. Une stèle presque anodine trône au coeur du village, si ce n'est le personnage de Si Mostefa qu'elle représente. Des jeunes désoeuvrés comme ceux de leur âge, un ou deux cafés exhalant la fumée de tabac. A une encablure de là, Ouled Moussa, on descend dans cette large vallée par son versant nord pelé et rocailleux, son versant opposé est boisé. Au milieu des quelques maisonnettes en pierre nue, qui se confondent presque avec la roche, une sorte de bâtiment administratif jouxte l'esplanade de l'ancienne stèle. Celle-ci apparemment en bronze, est conçue sous la forme d'une fusée à trois ailerons sur sa rampe de lancement. L'idée généreuse des concepteurs suggère probablement la symbolique du déclenchement de la révolution de Novembre 1954. Du côté droit et à quelque deux cents mètres, la nouvelle stèle est érigée au-dessus d'un forum auquel on accède par un large escalier fait de pierre. L'esplanade ceinte d'une muraille est centrée par un immense obélisque carré en forme de 1, il est clair qu'il s'agit du jour rappelant au colonisateur sa fête de tous les saints (Toussaint). Mon compagnon aborde le vieux gardien en langue chaouie, celui-ci, très affable, se faisait un plaisir en nous présentant les lieux. Il nous présente l'immense fresque portant les noms des six chefs historiques de la région, dont Si Mostefa Benboulaïd. Les noms de tous les martyrs des Ouled Moussa et d'ailleurs, sont gravés et consignés par année, de 1954 à mars 1962. Le froid glacial et la voix du gardien sont les seules choses perçues sur le moment, l'imaginaire gambade sur cette contrée moins désolée et inhospitalière qu'il y a plus d'un demi-siècle. Ce pouvait-il qu'un lieu-dit, perdu dans l'immensité du massif saharien, ait servi de berceau à l'une des plus grandes révolutions du XXème siècle ? L'orateur montre du doigt un vieille masure au-delà de l'oued sur le piémont opposé : « C'est là qu'on entreposait les premières armes de la future lutte ». Ce sanctuaire historique devrait être érigé en haut lieu de pèlerinage pour que les générations d'après-Novembre s'en souviennent. Quelles ont été les motivations de ces hommes mythiques qui, à un moment de leur vie, ont abandonné tous les attraits, mêmes matériels, pour certains d'entre eux ? Si Chihani, lettré dans les deux langues, pouvait se fondre dans la masse et couler des jours heureux. Il était le premier initiateur du commissariat politique qui devait encadrer la population au cours de son long combat contre l'occupant. Que dire de ces Abbès Laghrour, Adjel Adjoul, ou encore de Mostefa Boucetta, des hommes trempés de dignité, ils ont juré de laver par leur sang l'honneur de leur nation. Existe-il encore ce genre d'hommes ? Le silence assourdissant des lieux fait battre les tempes. A-t-on le droit de faire parjure au serment de ces humbles seigneurs qui, en dépit de la surpuissance de l'ennemi, ont juré sa perte au prix de leur propre perte. Si Mostefa n'est-il pas mort à l'orée du déclenchement de la lutte armée ? Notre vieux gardien, né en 1937, année de la création du PPA, quoique fier de sa révolution, nous dit en guise d'adieu ceci : « Dites là-bas, que le colonialisme n'est pas tout à fait parti et que l'indépendance n'est pas tout à fait là ! ». Nous quittons le lieu, un long silence pesant s'installe entre mon compagnon et moi. Nous devions penser la même chose, en ce qui me concerne aurais-je pris le sentier du maquis au moment venu ? Et si j'étais en âge de le faire, aurais-je pu ? On ne saurait le dire et ce n'est pas évident ! L'agglomération d'Arris est vite traversée, il n'y a pas de grands changements au regard des besoins de cette population, dont toute la nation devrait lui être redevable pour avoir enfanté des hommes de l'envergure de Si Mostefa. L'état de ses routes mérite un peu plus de volonté d'investissement. Le tunnel de Tighanimine qui enjambe la route de Biskra à quelques kilomètres d'Arris, est probablement le seul ouvrage qui a préexisté avant le déclenchement des hostilités d'alors. Sa charge historique est saisissante pour l'initié. Le périple s'achève au pied de la stèle commémorative de l'attaque de l'autocar Halimi venant de Biskra où le caïd de M'chounèch et le couple d'instituteurs Guy Morrinot devait périr. Cette première manifestation du groupe de «fellaghas» a été diversement commentée et appréciée par les uns et les autres. Pour revenir à la stèle elle-même, l'épitaphe portant un verset du Coran semble être incongrue du fait qu'aucun martyr ne soit tombé ce jour-là, en ce concerne la symbolique qu'elle devait renvoyer, le concepteur a certainement failli. Juste sur la paroi rocheuse à droite de l'édifice, un esprit étroit a couvert d'une couche de peinture verte, une inscription qu'on dit d'origine romaine. Le retour se fit par le col de Aïn Tinn qui culmine à 1.805 mètres. La station de concassage qui s'y trouve ne porte-t-elle pas un tort incommensurable à cet air alpin ? On raconte qu'une figure de la région, devenue un important promoteur immobilier d'envergure nationale, a assuré sa toute première fonction à la maison cantonnière de Aïn Tinn; le défunt aimait le dire haut et fort, dit-on. Une luxueuse résidence d'un quartier chic d'Alger porte son nom.
je veux voir la photos de toute les martyres qui sont des chaoui
brahim brahimi - étudient - arris, Algérie

24/08/2010 - 6145

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