Après le discours du Président, des jeunes parlent
Lors de la dernière conférence Gouvernement/Walis, le chef de l’Etat a tiré ses conclusions sur les jeunes et leurs problèmes, reconnaissant implicitement le drame qu’ils connaissent, notamment ceux que l’on appelle les harraga et les kamikazes.
Au départ, ils étaient des hittistes mais, et le Président le reconnaît, devant des politiques nationales qui n’ont pas toujours été à la hauteur des attentes, certains d’entre eux sont devenus des harraga ou, pire, des kamikazes, un phénomène qui interpelle vivement la société. Plus de 2.000 harraga recensés et des kamikazes apparus lors des attentats de Batna, Dellys et Lakhdaria, c’est, comme le dit si bien le chef de l’Etat, «un véritable échec». La mal-vie, le piston, la tchipa, la hogra et tout le reste sont venus s’ajouter à ce sentiment indicible qu’ont nos jeunes qui ont la sensation de gravir péniblement un chemin qui n’en finit pas.
On a demandé à plusieurs jeunes de Tizi-Ouzou ce qu’ils pensent du discours du Président; les réponses sont sidérantes et édifiantes. Ainsi, Mohand Saïd, ingénieur en métallurgie, nous dira: «Je n’ai pas eu le loisir d’écouter ce discours, mais annonce-t-il la possibilité aux jeunes de pouvoir quitter le pays sans être un harrag?» On lui signale une possibilité de changement mais, tout de suite, il nous arrête: «Vous savez, le Président peut bien prendre les meilleures décisions, mais l’administration semble la plus forte. Mon désir le plus fort, trouver un coin où travailler veut encore dire quelque chose.» Et de signaler que des amis à lui, qui sont partis en Europe, sont revenus au pays, au bout d’une galère qui a duré presque une année, les papiers en poche. «Si jamais, poursuit-il, j’ai les moyens de partir, je crois que j’accepterai n’importe quoi au lieu de rester dans mon pays qui, en somme, n’aime pas ses enfants.» Son camarade Boualem intervient, affirmant : «Je n’ai pas les diplômes de Mohand Saïd, mais je peux vous dire que, pour trouver le moindre emploi, il faut avoir des connaissances et donner une tchipa. Je me suis rabattu sur la vente des cigarettes et, pour le moment, tant que la police me laisse tranquille, j’arrive à gagner ma vie et à économiser pour essayer de partir ailleurs.» Farouk, quant à lui, est un jeune qui a essayé de monter une entreprise, mais il se déclare déçu et renonce à se battre ici. Pour lui aussi «émigrer? Pourquoi pas, même en Chine s’il le faut!» Son histoire est des plus triste: «En 2005, j’ai essayé de déposer un dossier auprès de l’ANSEJ pour monter une petite tuilerie et fabriquer des tuiles rondes. Mais c’est pire que de tenter la traversée de la Méditerranée, rien que pour réunir les papiers demandés. J’ai bien commencé mais j’ai fini par baisser les bras. Ce n’est pas demain la veille que le pays va faciliter les choses aux jeunes.» Farouk affirme être aux aguets : «Dès qu’une possibilité se présente, ce sera la harga.» Saâdia est une jeune fille décidée qui souhaiterait réaliser une entreprise de couture. Mais, voilà, elle est seule, sans aide et sans soutien, précise-t-elle. «Je ne suis ni fille de chahid ni fille d’ancien moudjahid ; mon père est mort en travaillant. Cela nous donne juste le droit à une maigre pension, ma mère et moi. J’ai fréquenté quelque peu l’école qui a trouvé le moyen de m’exclure. Depuis, j’essaie de monter une entreprise de couture. Mais, pour une jeune fille, c’est encore plus pénible que pour un garçon...» Mohand Saïd, Boualem, Farouk, Saâdia et bien d’autres sont là, à attendre quelques embellies qui, apparemment, tardent à venir. Ils sont cependant décidés à aller ailleurs, coûte que coûte. «Afrique du Sud, Espagne, Italie, Canada ou France, là où tout entrepreneur dynamique pourra monter quelque chose sans avoir à accepter la promotion canapé ou donner la tchipa.»
Le dernier discours du Président a, certes, secoué le cocotier et ramené un certain espoir chez les jeunes. Cependant, tous demandent à voir car, concluent-ils, «On a déjà entendu tant de beaux discours.»
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com