Hassan a abandonné le monde des microprocesseurs pour celui des moutons. Les difficultés de la vie et l'appel de la montagne de ses aïeux
ont été les plus forts.
Quand on voit Hassan nourrir ses poules et ses brebis, on prend conscience que la figure typique du berger des Aurès a probablement définitivement changé. Les premières lueurs de l'aube commencent à peine à dissiper les nappes de brouillard qui remontent vers Aqebli Nath Saâdoune, ce flanc de montagne où nous y avons passé la nuit dans la bergerie de Hassan. Nous sommes à la frontière des wilayas de Batna et Khenchela, à un jet de pomme des Ath Imloul, dans le territoire des Beni Bouslimane, l'une des plus grandes tribus des Aurès. A voir ce frêle jeune homme de 34 ans s'occuper de ses bêtes, complètement immergé dans ce monde qui nous renvoie une image du passé, on a de la peine à croire qu'il ait un jour fréquenté les bancs de l'université pour décrocher un DEA en électronique.
Transhumance
Les difficultés de la vie ont fini par avoir raison du désir de décrocher un diplôme d'études supérieures. L'appel de la montagne de ses aïeux a été plus fort. Il a alors abandonné le monde des micro processeurs pour celui des moutons. Et il est revenu sur ce flanc de montagne, abrité des vents du Sud, pour se lancer dans la culture de la pomme et l'élevage des moutons. Chaque année, à l'arrivée de l'été, Hassan achète une vingtaine de moutons à engraisser pour l'Aïd. Il achète également quelques poules pour avoir des 'ufs frais et rejoint la vieille demeure familiale de pierres et de terre sèche. Il fait frais dans ce coin de montagne et l'eau est abondante. Certains de ses amis pratiquent encore la transhumance avec leurs troupeaux.
En hiver, ils nomadisent dans le désert de Biskra, l'été venu, ils remontent vers le massif des Aurès, où les températures sont plus clémentes et l'herbe plus grasse. «Avant c'était dur de vivre à l'ancienne. Maintenant avec les moyens modernes, c'est plus supportable. Tu vois, nous avons l'électricité, la parabole, le téléphone, des pistes pour la voiture ou la moto' cela a changé la vie des bergers», dit-il, tout en triant ses pommes dans un cageot. Hassan possède un verger de 500 pommiers nouvellement plantés. Les arbres ont commencé à produire ces deux dernières années. Jusqu'à 50 quintaux de fruits. Il tente à présent d'acquérir quelques ruches pour se lancer dans l'apiculture.
De l'université à la taille de pierre ...
Pour faire d'une pierre deux coups : les abeilles produisent du miel et améliorent la pollinisation des arbres, ce qui a pour effet d'augmenter la production. Les poules de Hassan dorment en plein champ et pondent sous les buissons. C'est à peine si une clôture, à moitié tombée, délimite leur territoire.La nuit, aucun prédateur n'ose s'en approcher, car Jack, de la race de l'Aydi de l'Atlas, véritable terreur des chacals au tableau de chasse éloquent, monte une bonne garde.
Avec lui, tous les chacals de la région savent qu'il est préférable d'aller traîner son museau ailleurs, s'ils tiennent à garder leur peau sur les os. La ville, Batna, en l'occurrence, n'a rien offert à Hassan. Ni diplôme, ni travail, ni nouvelle vocation. C'est pourtant là qu'il a connu le dur métier de tailleur de pierres pour lequel tant de jeunes Auréssiens ont sacrifié leur vie et leur santé. Retour aux sources pour Hassan. Ces sources qui irriguent autant ses vergers que sa culture ancestrale. Aujourd'hui, notre berger prouve qu'il est possible d'allier tradition et modernité, métiers traditionnels et prospérité économique.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Alilat
Source : www.elwatan.com