L'Expression: Vous êtes l'héroïne du nouveau film de Anis Djaâd, La vie d'après. Comment avez-vous appréhendé ce scénario et votre rôle surtout, d'autant qu'il aborde un sujet bien tabou en Algérie, à savoir le harcèlement des femmes'Lydia Larini: J' ai reçu le scénario un an avant le tournage. Je l'ai lu et relu. Il y avait des scènes qui m'ont choquée, je ne vous le cache pas. Dès que j'ai lu «hammam...» et comme nous vivons dans une société conservatrice, où on ne peut pas tout montrer, j'ai tiqué! Quand j'ai parlé à Anis Djaâd, il m'a rassuré et expliqué les choses. Il m'a dit que: quand je montre un hammam, cela ne veut pas dire que je vais dénuder les gens. J'ai respecté le réalisateur pour cela. Pendant le tournage, j'ai trouvé le réalisateur lui-même un peu conservateur. Le film en soi est propre, il ne comprend pas de langage ordurier ou violent, les scènes montrées parlent du harcèlement, non pas du viol. Quand j'ai reçu le scénario, je l'ai accepté d'emblée, parce que, déjà, j'aime quand ça parle de la femme. Parce que je suis une femme et ne peut sentir une femme, qu'une femme. J'ai accepté le rôle tout de suite. Quand un rôle est important et démontre une bonne recherche et nécessite une bonne interprétation, c'est moi qui lui court après et non pas le contraire. Je dis merci à Anis Djaâd de m'avoir donné la chance de tourner dans ce film et interpréter ce rôle que je ne regretterai jamais. Chez nous, on ne parle pas beaucoup de la femme divorcée. Je constate que même la femme veuve, célibataire, qui vit seule et même la femme qui vit dehors ne sont pas épargnées. On ne va pas se mentir à soi-même. C'est une réalité que nous vivons. On ne va pas cacher le soleil avec un tamis. Anis a écrit un scénario très beau et très fort. Il l'a filmé de façon propre, tout le monde peut le voir, en famille ou tout seul, sauf celui qui se sent visé. C'est comme ça que je vois les choses...
Certains vous reprochent l'aspect un peu trop négatif du film, ou peut-être sa fin pessimiste, d'autant que le film aborde le parcours jugé d'embûches d'une mère et son fils, qui mènent une vie sans répit...
Dans la vie on apprend quoi' De tout, ce qui est négatif, non' Quand on voit ces choses, on apprend et on se dit ah! Tiens, je ne vais pas faire comme ça. Le film soulève des questionnements de façon indirecte. Il questionne justement des maux de la société. Quand on voit la scène du vendeur de poulet, par exemple, on ne la regarde pas juste pour la regarder, mais pour comprendre ce que vit cette femme, en analysant sa situation précaire. Quand la femme vient le voir la première fois avec le pain, le vendeur de poulet comprend qu'elle n'a personne, qu'elle est seule. La seconde fois, quand elle est revenue il a voulu l'agresser, à ce moment là, elle était choquée, elle l'a poussé et elle est partie. Elle est partie et a marché. Quand quelqu'un part pour marcher car il est énervé, il part marcher pour respirer. Chez nous, quand il arrive à une femme ce genre de choses, on est habitué à la voir courir se terrer chez elle, fermer la porte derrière elle et se mettre à pleurer. Ici non, Hadjar est partie pour marcher et se retrouve au hammam. Elle n'est pas partie se purifier, mais elle a senti que son âme était devenue sale. Elle a voulu se purifier spirituellement. Est-ce que les gens qui commettent ce genre d'acte se purifient après' L'intérêt de cette scène est de montrer comment une personne doit se purifier spirituellement, dans son âme et surtout dans sa tête....quand je regarde le film, ce n'est pas juste pour le regarder, mais il faut l'analyser pour comprendre sa morale. Aussi, quand elle est partie au hammam voir son fils, à l'aube, elle avait surtout peur pour lui, peur du viol. Vous voyez jusqu'où est parti Anis et ce que racontent ces séquences' Chacun sa façon de regarder le film. Tout le monde ne possède pas la même vision critique et les observations. Le spectateur regarde à sa façon, chacun son angle de vision. Néanmoins, il faut savoir bien regarder. Le jour de l'avant-première du film, ils ont été nombreux ceux qui ont pleuré. Personnellement, j'ai moi-même pleuré. J'avais oublié que c'était moi qui jouait dans le film. Je ne me voyais pas en tant que Lydia, mais plutôt en tant que Hadjar qui représente chaque femme. Dans n'importe quel rôle, jamais je ne vois Lydia la comédienne, mais le personnage.
Vous ne faites donc pas votre autocritique pendant la projection'
Je respecte énormément la réalisation de Anis Djaâd et sons scénario qui était à la hauteur. Quand je regarde le film, je ne me vois pas, je vois Hadjar.Je suis responsable de mon interprétation et le réalisateur de la réalisation. Et on se respecte mutuellement. Bien sûr que le comédien n'est jamais satisfait de ce qu'il propose. C'est faux. Mais je ne me fais pas mon autocritique. Je suis le parcours du personnage...
Dans le feuilleton Yemma, vous êtes aussi une femme éplorée qui a pour responsabilité de s'occuper d'un enfant. Un rôle de composition féminine tout aussi important, là encore...
Effectivement, c'était un rôle de composition très fort. Ce n'était pas mon fils. Je l'ai sorti de prison et l'ai confié à une famille aisée pour s'en occuper. Dans le feuilleton, on pense qu'elle a vendu le bébé, alors que c'est faux. On lui a donné de l'argent à la fin parce que c'est juste une femme pauvre. En général, je n'aime pas les rôles plats et même s'ils sont simples, j'aime insuffler de l'âme à mes personnages. C'était une très belle expérience d'avoir joué dans Yemma.
Allons-nous vous voir, alors, à la télé ce mois de Ramadhan'
Non, on m'avait proposé un rôle pour la télévision, mais au final cela n'aura pas lieu. Mais sait-on jamais...
Vous jouez aussi au théâtre. Quel domaine préférez-vous justement' Le théâtre, le cinéma, ou la télévision'
Le théâtre ce n'est pas comme le cinéma. Il fatigue beaucoup, mais il participe à la formation des comédiens, c'est un terrain solide. Ce sont des entraînements de plus d'un mois.Vous devez vous appliquer à apprendre tout un texte. Ce n'est pas facile. Je parle avec ma modeste expérience. On dit en même temps que le cinéma c'est facile, eh bien, le cinéma ce n'est pas facile non plus et la télé encore moins. Quand je veux jouer un rôle, je veux arriver à l'incarner ne serait- ce qu'à 80%, je ne dirai pas à cent pour cent. Il faut être sincère, car il y a des gens qui vous regardent. Soit vous êtes dedans ou vous ne l'êtes pas. Au cinéma, souvent je tombe malade intérieurement. Au fond de moi je ne dis rien. Tout ce que l'on ressent à l'intérieur finit par transparaître sur vo- tre visage. Celui qui dit que le cinéma est facile se trompe. Ça épuise parfois et ce, pour transmettre ne serait-ce ce qu'il y a au fond de votre regard sans même parler. Quand vous jouez avec vos tripes, cela se voit sur les traits de votre visage. Si vous voulez jouer un rôle et vous ne travaillez pas votre aspect intérieur, comment voulez-vous que cela se reflète alors sur votre visage' Le théâtre, ça ne triche pas. C'est plus difficile. C'est en direct que les choses se passent. Ça ne pardonne pas. Le public est là. Il vous juge. C'est une pression. Le théâtre ça se joue à l'instant T. si vous vous trompez, il n' y a pas de marche arrière. Il vous faut poursuivre le jeu. Le cinéma vous pouvez l'arrêter, refaire plusieurs fois les mêmes séquences. Personnellement, je préfère le théâtre, vient après, le cinéma et puis la télévision...
Vous travaillez aussi avec les enfants...
J'adore les enfants! Je joue actuellement dans un spectacle qui s'appelle Le chat bleu du metteur en scène Ali Djebara du théâtre régional de Batna. Il a fait un tabac! Je joue le rôle d'une lapine. Je m'amuse énormément. Et les enfants aussi. L'enfant ne ment pas. Soit il vous'accepte, soit il ne vous accepte pas.
Des projets en perspective'
Normalement, inchallah, bientôt un duo au théâtre avec Abdelbassed Tihamamine de Khenchela, mis en scène par Ali Djebara, avec les soins de ma coopérative «Larini des arts dramatiques de Batna». J'essaye de travailler avec en tant que femme. Je me mets personnellement en défi. J'ai déjà monté des spectacles où j'ai moi-même joué et mis en scène, j'ai monté aussi un monodrame, j'ai aussi deux spectacles pour enfants. Et là, en dernier lieu je vais aborder le sujet des femmes marginales qui sont dans la rue.. Sur scène, il y aura une femme et un homme.
Vous avez commencé sur scène par le chant...
Effectivement, j'étais chanteuse avant d'être comédienne. Pendant cinq ans, j'ai chanté avec un groupe qui s'appelle Africa. J'ai préféré suivre le chemin du théâtre, mais quand je joue dans un film ou dans une pièce de théâtre, j'en profite pour chanter. Je fais de la danse aussi. J'ai commencé ma carrière en 2001. C'était un spectacle pour enfant.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : O HIND
Source : www.lexpressiondz.com