
Présente lors du colloque international sur "L'aménagement lexical et la terminologie traductionnelle : cas des langues de moindre diffusion", qui s'est déroulé à Batna du 6 au 8 octobre, maître Lynda Sadlaoud, active au sein de l'association 1er-Novembre-54. Elle était présente à ces rencontres pour la conférence sur "Les moyens pour la sauvegarde du patrimoine immatériel ?langue de moindre diffusion' tamazight avec ses différentes variantes".Liberté : Vous êtes originaire d'El-Kantara et native de Batna. En plus de la magistrature et de votre travail d'avocate, vous activez dans le domaine culturel et scientifique...Lynda Sadlaoud-Djebouri : Effectivement, je suis originaire de Batna, fille des Aurès si vous voulez. Après avoir terminé mes études à l'université de Batna, je suis partie à Alger. Ancien magistrat, actuellement avocate, mariée et mère de 3 enfants. Pour mes activités, j'ai toujours voulu protéger le patrimoine (le nôtre) et ce n'est pas nouveau. Je suis un peu sur les traces de mon père, il activait dans les années 90 au sein de l'association nationale Aurès El-Kahina, dont les objectifs étaient la protection et la promotion du patrimoine culturel et identitaire amazigh. D'une certaine manière, je ne fais que reprendre le flambeau.Pouvez-vous nous éclairer sur la commission pour la protection de l'identité et du patrimoine 'Cette commission dont je suis la principale fondatrice active au sein d'une association nationale, en l'occurrence 1er-Novembre-54. C'est une commission nationale pour la préservation de l'identité et du patrimoine. Pour le moment, j'héberge la commission dans mon cabinet et nous sommes en train d'activer pour ouvrir des bureaux régionaux à travers le pays.En quoi consistent les activités de cette commission que vous présidez 'Comme je vous le disais, il y a urgence pour la prise en charge du patrimoine national matériel et immatériel, et ce n'est pas une affaire réservée aux seules institutions de l'Etat. Mais nous devons nous impliquer en tant que citoyens algériens, c'est un devoir, si nous voulons qu'un jour nos enfants sachent d'où ils viennent. Cela va leur permettre de savoir où aller. En fait, c'est un témoignage que nous nous passons de génération en génération. Ce n'est un secret pour personne de dire que notre pays a souffert des affres du colonialisme durant plus d'un siècle, et le colonialisme ne signifie pas uniquement occupation. Il y a plus grave : l'acculturation et la sous-estimation de soi. Il est temps de retrouver nos repères. Je considère qu'une grande partie de notre problème en tant qu'Algériens provient de la perte des repères identitaires. À chaque fois nous voulons ressembler à d'autres que nous-mêmes : des fois Afghans, rappelez-vous les années 90, et ça continue. Avant c'étaient les Egyptiens, de nos jours Turcs, Saoudiens... Il est temps de revenir à soi, nous avons une histoire millénaire et une identité plurimillénaire, pourquoi chercher loin ce que nous avons au creux de la main, la nôtre 'Pouvez-vous nous parler de votre présence au colloque international consacré aux langues de moindre diffusion 'J'ai répondu favorablement à l'invitation, et je tiens d'ailleurs à remercier les initiateurs. La langue fait partie du patrimoine immatériel, certes un moyen de communication, mais aussi et surtout un legs immatériel inestimable. Il s'agit dans ce cas précis de l'usage de tamazight dans les Aurès.La variante tachawit, là aussi il ne faut ménager aucun effort pour sauvegarder cette richesse qui a traversé les siècles. Vous vous rendez compte, des langues comme le latin et le grec ne sont plus des langues d'usage, or tamazight est parlé dans différentes régions berbérophones du pays.Cette langue maternelle a échappé à l'acculturation et la déculturation et se parle encore en 2015. Ce n'est pas un miracle, mais une fierté que les Algériens pratiquent encore la langue des ancêtres. Je suis là pour voir et contribuer selon les moyens de notre structure.Quels sont vos projets 'J'ai plusieurs projets. Il y a des activités culturelles que les jeunes à travers les Aurès ont su sauvegarder et mettre au goût du jour, à l'exemple de la fête du printemps Thifsuine à Manâa, ou encore Yennayer (le nouvel an amazigh) célébré à travers le grand Aurès. Nous comptons prendre part à ces fêtes et contribuer avec les organisateurs, mais aussi maintenir ces traditions et faire renaître d'autres qui risquent de disparaître. Nous en avons besoin, car c'est un ciment de cohésion sociale et un facteur rassembleur qui nous rappelle l'époque de la touiza, où les gens s'entraidaient pour réaliser un travail d'intérêt collectif.Un dernier mot...Il est temps de prendre conscience de notre identité et de l'assumer pour ne pas la subir.R. H.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hamatou Rachid
Source : www.liberte-algerie.com