L'Algérie compterait 3 à 4 millions de repris de justice, selon certaines estimations non officielles. C'est une frange de la société qui se considère la plus bannie de la société et exclue du développement national en raison notamment du poids des blocages qui semblent empêcher une vraie réinsertion dans la vie active.
C'est l'un d'eux, en l'occurrence Yacine Douadi, de Batna, qui affirme avec force et conviction militer, dans les rangs de l'association pour la défense et la réintégration dans la société des ex-détenus, pour l'instauration d'une nouvelle approche sur le devenir de cette catégorie de la population. Que de portes fermées et de souffrances jusqu'à se prendre pour les plus vils pestiférés de la planète. Une situation inacceptable dans tous les cas de figure qui justifierait selon certains hommes de droit et ligues de droit de l'homme des actions de lutte et de revendications collectives pacifiques afin d'imposer des changements positifs et salutaires. Dans le milieu, l'on estime qu'un seul objectif doit désormais compter : casser le cercle vicieux et fermé qui maintient les repris de justice en situation d'infériorité par rapport aux autres catégories de la société. Pour Yacine Douadi, «il est extrêmement difficile voire impossible aux repris de justice algériens de renouer concrètement avec une vie normale après avoir purgé la sanction judiciaire, payant ainsi leur dette à la société.» La politique judiciaire actuelle du pays est pointée du doigt tant que la réforme n'aura pas touché le «fond» et tant que la personne élargie ne bénéficie pas de facilitations pour la reprise d'une vie digne dirigée vers la construction de l'avenir. De nombreuses contraintes «post-incarcération» constituent des boulets annihilant toute possibilité d'émancipation en imposant le «surplace» ou fixation négative jusqu'à la fin de l'éternité. Pourtant, nous dira Yacine Douadi, cette catégorie de de gens mérite d'être récupérée et même protégée par l'Etat, en cette conjoncture cruciale que traverse le pays, et ce, au même titre que les patriotes ayant permis avec l'armée et les services de sécurité à la République de demeurer debout. Des gestes officiels de Sellal et de son gouvernement, d'écoute, d'apaisement et de solidarité afin de déjouer tout complot intérieur ou extérieur visant à s'appuyer sur les couches vulnérables de la société pour des buts de déstabilisation. Pour preuves, le Batnéen Yacine Douadi rappelle, à ce propos, que les printemps arabes ont eu pour origine des officines installées à Belgrade (Croatie), que ces printemps arabes ont faussé les calculs des barons de la drogue, et que des services de renseignement étrangers s'activent dans le secret à susciter et encadrer indirectement des «cellules» à actionner à distance par le biais de messages codés que diffuseraient des chaînes TV de la propagande et la diversion le moment venu. Il est, par conséquent, encore temps, nous dit Douadi, pour que le gouvernement fasse le geste attendu de lui depuis fort longtemps. Des mesures d'allégement des souffrances des «repris de justice», lesquels ne réussissent pas à surmonter les écueils pour accéder réellement à une réinsertion sociale, économique et culturelle. Ils restent les otages d'un redoutable cercle vicieux, dû à un système archaïque, où reprendre une vie normale est quasiment impossible. Et Douadi de s'étonner d'une démarche stérile. «C'est quoi donc une réforme de la justice qui est centrée plus sur les projets d'infrastructures en béton et en équipements ' donc une sphère de marchés publics ' au lieu de cibler les citoyens comme principal centre d'intérêt de toute réforme de la justice. Prééminence du statique sur le dynamique dès lors que selon les dires du jeune Yacine Douadi, la réforme de la justice n'a pas touché, dans la réalité, le fond de la problématique judiciaire tant que la personne humaine ne bénéficie pas de mesures de facilitation à même de permettre aux repris de justice de retrouver le plus vite possible une vie normale dans ses dimensions épanouissantes et revalorisantes. Ceci après avoir payé pour les torts faits à la société. Le système des sanctions post-carcérales ou complémentaires est jugé trop sévère voire trop répressif et ankylosant, provoquant des découragements, d'où le constat du nombre élevé de récidives. Du coup, l'on nous énumère les obstacles qui anéantissent tout espoir de retour des repris de justice à la normale. Yacine Douadi évoque le goulag des fameuses amendes judiciaires que les repris de justice, dans leur état de chômage et de déprime morale, ne peuvent payer. Sans paiement de ces amendes, il n'y a point de réhabilitation judiciaire, donc point de retour à une vie normale. Ce lourd handicap est ressenti comme une terrible et destructrice humiliation. Quant à la constitution de passeports, les repris de justice restent ballottés. Sans résultat concret à l'horizon. A défaut de pouvoir vivre décemment chez soi, certains repris de justice voudraient bien tenter la harga, partir à l'étranger pour refaire sa vie en changeant de milieu et vivre dans d'autres sociétés peut être moins contraignantes. Et sans risque, pense-t-on, d'avoir du plomb dans les ailes. Ils se plaignent à l'unanimité des difficultés à se faire délivrer des registres du commerce comme planche de salut social et moyen de gagner sa vie. Le nouveau projet juridique que le gouvernement va examiner et que le parlement devra débattre dans sa mouture finale est conçu politiquement pour dégager des voies de sauvetage et de récupération effective de cette catégorie de la population qui pense avoir été frappée de malédiction irréversible.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ali Benbelgacem
Source : www.lnr-dz.com