Batna - A la une

«Le 19 mars 1962 était un jour de joie pour tous les Algériens» Nabila Benboulaïd, fille de Mustapha Benboulaïd :



La fille d'un des acteurs majeurs de la Révolution algérienne, à savoir le glorieux martyr Mustapha Benboulaïd, commandant de la zone I (Aurès) et l'un des chefs de la Révolution, a bien voulu nous raconter comment elle a vécu le jour du cessez-le-feu, le 19 mars 1962.
«A cette époque-là, j'étais petite. Je n'avais que 9 ans et je ne comprenais pas ce qui se passait autour de moi le 19 mars 1962. Je voyais des gens courir, chanter, danser, sans trop savoir pourquoi et je les suivais», nous dit-elle. Mme Benboulaïd était sortie pour manifester, le jour de la proclamation de l'Indépendance, avec des membres de sa famille, dont sa tante et sa cousine infirmière. «C'était à Batna que la liesse avait débuté avec des petits groupes de manifestants auxquels s'ajoutaient d'autres. Au fur et à mesure, cela a formé une foule énorme», ajoute la fille du martyr.
C'est à ce moment-là que tous les drapeaux confectionnés durant la guerre et qui étaient interdits d'usage avaient ressurgi et brandis par des millions d'Algériens. La petite fille Nabila se rappelle les slogans scandés durant cette manifestation. Les Algériens clamaient, selon elle, «Tahia Benboulaïd», «Tahia chouahada». Elle confie aussi que, durant ce jour de fête, des Européens installés en Algérie n'admettaient pas l'indépendance. «Des Européens nous avaient pourchassés et aspergés de bombes lacrymogènes. Ils nous étouffaient avec ce produit. On avait les yeux rouges et on toussait.
Ils s'en prenaient à nous parce qu'ils ne reconnaissaient pas l'indépendance de l'Algérie», relate-t-elle. Toute émue, notre interlocutrice se souvient que sa mère et sa tante pleuraient ce jour-là, et c'est des années plus tard qu'elle a compris que ces moments-là avaient fait ressurgir des blessures enfouies et relatives à la mort de Mustapha Benboulaïd.
«On n'a jamais fait le deuil de mon père. A l'époque, on ne devait pas dire que Benboulaïd était mort. Cela pouvait mettre un terme à la Révolution si d'autres Algériens avaient su que le meneur du mouvement de l'indépendance avait été tué», confie-t-elle.
La guerre de Libération est un souvenir douloureux pour Nabila qui se souvient que sa famille était recherchée par les militaires français. Ces derniers, ne pouvant mettre la main sur Benboulaïd, avaient décidé de traquer sa famille pour l'obliger à se manifester.
«On a frappé à toutes les portes des familles d'Aris, à Batna, mais dès qu'on disait qu'on était de la famille de Benboulaïd, ils refusaient de nous accueillir. C'était des moments très difficiles, mais bien loin maintenant», dit-elle. Pour ce qui est de la sauvegarde de la mémoire, elle nous a dit : «Le temps presse et il faut que les pouvoirs publics agissent.» Elle a souligné à ce propos que peu de moudjahidine sont encore vivants et ne seront pas toujours là pour revenir sur la Révolution algérienne.
«Je trouve qu'il est un peu tard pour commencer à écrire l'histoire. Il fallait le faire durant les années 1970. Il faut conserver le peu d'écrits qui ont été faits dans ce sens et faire un travail de restauration et de préservation du patrimoine historique révolutionnaire.» Avec un air de fierté, Nabila Benboulaïd a dit enfin que «le plus important maintenant, c'est que la France soit partie et ne fera plus de victimes».
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)