«La Maison jaune ma donné envie de revenir»
«Beaucoup de festivals sintéressent à ce film. Cest une grande surprise!», nous a confié le réalisateur au regard candide...
Amor Hakkar est né en 1958, dans les Aurès, en Algérie. A lâge de six mois, ses parents quittent leur montagne pour sinstaller en France, à Besançon. Après des études scientifiques, il découvre sa passion pour le cinéma et lécriture. Il réalise un court métrage puis un long métrage Sale temps pour un voyou. En 2002, après un retour douloureux en Algérie, où il enterre son père, il découvre les Aurès, quil sillonnera plusieurs fois.De retour en France, il écrit le scénario de la Maison jaune. Fin 2006, il réalise dans cette région des Aurès, le film la Maison jaune, en langue berbère. Un film qui depuis sa sortie, lan dernier, dans le cadre de «Alger, capitale de la culture arabe», na de cesse dêtre présenté dans le monde entier et de glaner de nombreux prix. Un véritable phénomène, ce film qui raconte avec simplicité, avec une certaine naïveté, lhistoire dune famille qui a perdu son fils, est tourné en langue chaouie. Une nouveauté, déclinée sous une dimension humaine qui lui a insufflé ce ton «universel». La Maison Jaune évoque lhistoire dun homme, qui va sur son tricycle, chercher le corps de son fils. Il ma fallu à moi aussi, depuis la France et jusquà mon douar des Aurès, conduire le corps de mon père. Durant ces quelques jours, jai été confronté aux lourdeurs administratives, aux douleurs dhommes et de femmes dont jignorais tout. Jai été porté par des regards de compassion, et soutenu par des mains tendues et anonymes. Jai aimé ces hommes et ces femmes qui, en définitive, me ressemblaient. Javais presque oublié que jétais un enfant des Aurès. De toutes ces rencontres, des promenades à travers cette région hostile et belle à la fois, est née mon envie très profonde et intime dy réaliser un film, confie le réalisateur sur son site Web. Aujourdhui, Amor Hakkar prépare un long métrage Quelques jours de répit, quil envisage de réaliser dans sa région, la Franche Comté, en langue française, nous apprend-on. Dans cet entretien passionnant, réalisé dans le cadre des 6es rencontres cinématographiques de Béjaïa, où il a été invité, Amor Hakkar revient sur la destinée de la Maison jaune tout en évoquant avec nous sa folle envie de réaliser encore un film, ici, chez lui, en Algérie...LExpression: Vous venez de présenter votre film à loccasion de la 6e édition des Rencontres cinématographiques de Béjaïa. Un contexte idoine dans la mesure où votre film est tourné en langue chaouie. Pourquoi ce terreau linguistique'Amor Hakkar: Je suis chaoui, donc originaire des Aurès. Il savère que je parle aussi le berbère tout simplement, parce quà la maison on le parle. je peux vous dire queffectivement, je suis né en Algérie mais je lai quittée, à lâge de 6 mois. Mes parents avaient immigré pour des raisons surtout de travail, en France. Mon père a ramené toute sa famille qui était des montagnards. Jai toujours entendu parler le berbère à la maison. La Maison jaune cest mon second long métrage. Jai commencé ma carrière, il y a assez longtemps, en 1992, où javais réalisé un film complètement français à lépoque, qui sappelait Sale temps pour un voyou, lhistoire dune confrontation entre un voyou et un prêtre dans une église. Et puis, malheureusement pour moi, les choses ne se sont pas très bien passées. Je me suis un peu noyé dans le cinéma. Les choses que je faisais ne marchaient plus. Jai traversé une très longue période de doute, dinterrogation sans pour autant jamais renoncer. Alors que je nétais jamais revenu en Algérie, mon papa est mort, paix à son âme, et il a préfèré être enterré en Algérie. Je suis revenu pour le raccompagner ici. Etrangement, lAlgérie est venu, à mon secours. Moi qui croyais être un enfant presque de France, je me suis souvenu que jétais aussi un enfant dAlgérie et des Aurès. Mon retour en Algérie fut un choc énorme qui ma permis de redécouvrir mon pays et cette région des Aurès. Là, jai eu envie de tourner ce long métrage, dans cette région et avec ses gens. Même si cest tourné en berbère, pour moi ce qui était essentiel, était la dimension universelle. Cest montrer comment une famille kabyle ou autre, frappée par un deuil doit réapprendre à se construire et continuer à vivre.Le film a eu lengouement du public algérien, mais aussi international. Vous attendiez-vous à un tel succès?Non. Pas du tout. Je dirais quon a fait ce film avec beaucoup de rigueur. Avec beaucoup de générosité et de coeur. ça reste quand même un film avec un petit budget. Le succès qui a eu lieu par la suite nous a beaucoup étonnés. Depuis sa sortie officielle, il y a neuf mois, on reçoit par moyenne, trois invitations, par semaine, pour des festivals à travers le monde.Au festival du film amazigh où vous aviez projeté votre film, le mois de janvier dernier, à Sétif, vous aviez cité pas mal de noms de pays dans lesquels vous alliez présenter votre film...Oui, nous avons cité beaucoup de pays, notamment les Etats-Unis où nous avions gagné le prix du meilleur film, le prix du meilleur film africain, il y a une quinzaine de jours, à Milan, nous étions aussi à Tarifa en Espagne. Le film continue à tourner dans les écrans français. Je sais que le film va à Grozni, en Tchéchénie, ensuite nous irons en Afrique du Sud, en Inde...Il y a beaucoup de festivals qui sintéressent à ce film. Cest une grande surprise!Comment lexpliquez-vous?Je crois que les gens restent curieux du cinéma algérien. Et quand on leur propose un film algérien avec une dimension universelle, dans laquelle ils peuvent sy identifier, cela les intéresse. Mais moi-même je suis surpris.Cest évident que ce regard sur lAlgérie, en tout cas via la Maison jaune est inhabituel. Dans tous les débats que jai animés, jai eu des questions énormes! On ma demandé si ce que je montre existe vraiment. Jai eu même des remarques terribles, du genre: «Je croyais que lAlgérie était à feu et à sang!». Les gens gardent beaucoup de clichés par rapport à lAlgérie. Pour moi, il était important de montrer des images de lAlgérie que les médias internationaux véhiculent rarement. Cétait important de montrer des gens qui vivent et quindépendamment de ce qui sest passé, ils ont des préoccupations et que ça restait des êtres humains avec la souffrance dun père qui a perdu son fils et comment cet homme a envie tout simplement de rendre le sourire à sa femme...Pourquoi ce choix dincarner vous-même le personnage principal dans votre film?Jai fait beaucoup de casting, surtout à Batna et à Paris. Il savère que jai eu du mal à trouver un comédien qui sache parler le chaoui. En même temps, je savais exactement ce que je voulais. Je me suis préparé et finalement, jai décidé de jouer le rôle. Bien sûr, jen avais envie mais en réalité, cétait une difficulté en moins. Comme jétais le réalisateur du film, javais le comédien qui était là...mais je ne me considère pas au fond comme un comédien, plutôt comme un réalisateur, un scénariste. Cétait une rencontre avec ce personnage que je connaissais et que jaimais bien.On peut assimiler le succès phénoménal de votre film à celui des Chtis de Dany Boon..Oui. Bien sûr, mais nous, ce nest pas des millions de spectateurs. Cest vrai quon a eu de bonnes critiques en France, dans tous les magazines, que ce soit les cahiers du cinéma, où on était en une de couverture, toute entière, une page entière aussi dans le journal Humanité, une demi-page dans le journal le Monde etc.Cest vrai que cette presse en France nous a beaucoup touchés, y compris en Algérie, dans la presse, les festivals et les prix quon a reçus. Je crois quon a dû remporter entre 11 et 12 prix pour linstant. Tout ça reste pour nous, encore une fois, une énorme surprise.Ça ne monte pas à la tête?Non. Parce quon sait combien cest fragile. On sait tous quand un film ne marche pas, mais cest difficile de savoir à lavance quon va faire un bon film...Sinon, tout le monde ferait de bons films.Jimagine que cela vous donne lenvie de poursuivre laventure cinématographique. Pensez-vous faire un film dans le même registre ou quelque chose de complètement différent?Certes, cela ma donné très envie de revenir en Algérie, de faire un nouveau film ici. Il y a des choses que jaime beaucoup. Cest clair, jaime sublimer ce quil y a de plus beau chez les gens les plus sains. Donc, jaime les histoires qui concernent des gens sains. Cela mintéresse. Voilà mon orientation.Vous avez des projets en ce sens?On est en train de travailler, effectivement, sur un projet que jaimerais tourner en Algérie, dans les mois à venir. Ce nest pas encore très avancé.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Propos recueillis par O. HIND
Source : www.lexpressiondz.com