Brahim Chetouh, un jeune non-voyant de 30 ans, entretient, répare et assure la vérification mécanique des voitures depuis plus de dix ans dans son petit garage de mécanicien, situé dans le quartier populaire Douar Eddis, dans la ville de Batna.Ce jeune non-voyant, grâce à une ouïe fine, repère la moindre vibration d'un moteur. Il compte aussi sur son sens du toucher pour reconnaître les outils et les pièces de chaque partie du moteur sur lequel il intervient.
Né malvoyant, Brahim, père d'une fillette de six mois, affirme avoir perdu totalement la vue en 2006, et que jusqu'à cette période, il pouvait vaguement voir avec son ?il droit.
Assisté parfois par Mohamed, son ami apprenti mécanicien, Brahim préfère, dit-il, intervenir seul sur une voiture, car cela lui permet de mieux se souvenir des pièces démontées et de les replacer infailliblement au bon endroit.
La relation de Brahim avec la mécanique automobile a débuté dès son enfance dans l'atelier de son père Ahmed qui était également mécanicien avant de se convertir en vendeur de pièces de rechange.
«C'est dans l'atelier de mon père que j'ai fait la découverte des clés, tournevis, écrous et moteurs de voiture», souligne Brahim.
«J'entretiens les suspensions des véhicules, leurs chaînes de distribution, les divers mécanismes et toutes sortes de réparations mécaniques», relève fièrement ce jeune mécanicien qui affirme «s'améliorer constamment» grâce à ses amis mécaniciens auprès desquels il a appris, ajoute-t-il, à intervenir même sur les grosses cylindrées à l'instar des Range Rover, Golf 7 et Tiguan.
«Par rapport aux autres mécaniciens, j'ai l'avantage de voir par le toucher les parties cachées du moteur qu'ils ne peuvent voir avec leurs yeux», dit-il, lui, qui appartient à la catégorie de gens qui «voient» grâce à leur audition, comme témoignent certains de ses clients.
Très débrouillard malgré son handicap, Brahim assure, outre ses activités au garage, l'accompagnement et la vérification en vue de l'achat d'une voiture d'occasion à ceux qui le souhaitent.
«Alors que la plupart des autres mécaniciens doivent inspecter entièrement la voiture pour repérer d'éventuels problèmes cachés, ce jeune non-voyant se contente de monter à côté du conducteur, de sentir le comportement de la voiture et d'entendre ses moindres bruits grâce à sa ouïe fine», soutient Abdeslam Aouadj, l'un de ses fidèles clients.
«J'ai déboursé plus de 7 000 DA chez un garagiste pour une fuite d'huile de moteur sans qu'il parvienne à la stopper mais en me rendant chez Brahim, il a vite compris qu'il fallait seulement changer le joint spi et la fuite d'huile a aussitôt cessé», raconte Abdeslam qui ajoute qu'outre ses compétences de mécanicien, Brahim est «un homme très correct et digne de confiance».
Troisième d'une fratrie de sept enfants dont deux atteints d'un handicap visuel, Brahim a fréquenté l'école des jeunes aveugles de la cité Kechida du chef-lieu de wilaya, avant de suspendre précocement son instruction en 2008 (3e année moyenne) pour se lancer dans la mécanique.
Malvoyante également, sa s?ur cadette Rayane, âgée de 18 ans, se prépare à passer l'année prochaine son baccalauréat, confie-t-il.
APS
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : APS
Source : www.lesoirdalgerie.com