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« Au CAB et au MSPB, on dépense beaucoup pour peu de résultats »



« Au CAB et au MSPB, on dépense beaucoup pour peu de résultats »
Malik Magra est diplômé de l'ISTS d'Alger. Il a entraîné plusieurs clubs de football de division I et II. Il est conseiller et cadre de la DJS de Batna et instructeur auprès de la FAF. Dans cet entretien, il analyse les raisons de l'instabilité des deux clubs batnéens.
-Quelle lecture faites-vous des résultats des deux plus anciens clubs de Batna '
Les deux clubs vont faire leurs assemblées générales, où ils présenteront leurs bilans, moraux et financiers. Présenter un bilan c'est normal, l'analyser c'est mieux. Or, on ne fait jamais de bilan chez nous. On a des chiffres mais ils ne sont jamais interprétés par des spécialistes. Non seulement le financier, mais aussi le sportif doit prendre des indices de ce genre de bilan, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas évoquées dans ce genre de bilans. Pour rester dans les résultats sportifs, les deux clubs ont joué jusqu'au dernier moment sur un certain instinct de survie. C'est-à-dire le maintien.
-Le MSPB a tenté de jouer l'accession, ensuite quand j'ai quitté le club, c'était la chute libre. Je ne veux pas flatter mon ego, mais c'est comme ça que ça s'est passé. Et là, c'est à cause de l'absence de stratégie.
Je mets au défi ces clubs, s'ils ont vraiment couché ça sur du papier. Parce que l'accession est un objectif. Pour l'atteindre, quels sont les moyens mis ' Les deux clubs donc travaillent au gré du hasard et voici les résultats.
-Quelle serait la meilleure stratégie à suivre, selon vous '
Il faut qu'il y ait d'abord une stratégie au sens rigoureux du terme. Une stratégie scientifique à travers laquelle ont fait un constat de la situation, des moyens à mettre en 'uvre, financiers, humains, matériels mais aussi l'environnement adéquat; ce dernier est d'ailleurs très mal géré chez nous. De cette stratégie découle une planification rigoureuse pour éviter l'effet du hasard dans le travail du club.
-Qu'est-ce qui empêche qu'à Batna il y ait une politique du sport en général et du football en particulier '
Il faut déjà qu'il y ait des gens qui pensent en termes de politique du sport. Les deux clubs disposent de compétences mais on ne fait pas appel à eux. Je peux citer Mohamed Samaï, ancien président du CAB, professeur à l'université, économètre, statisticien et avec qui j'ai beaucoup travaillé sur le football en général, le professionnalisme et le football amateur. Du côté mouloudéen, je peux citer aussi un certain NacenMahdjoub, économiste, et Abdelaziz Abdelmalek, directeur de la CASOREC, qui est un énarque. Hélas, on travaille à l'emporte-pièce et très empiriquement. Donc voici les résultats du travail empirique qui ne permettent pas aux anciens clubs d'accéder à un niveau supérieur.
Il faut rappeler que les deux clubs sont sans gloire, ils n'ont pas vraiment de titres. Et maintenant avec l'avènement du professionnalisme, c'est des clubs qui dépensent en milliards. Si on rapporte ça mathématiquement sur un graphe, on va trouver que la courbe financière est ascendante et la courbe technique descendante. C'est-à-dire on dépense beaucoup pour peu de résultats.
-Mise à part la stratégie, qu'est-ce qui fait, selon vous, que le CAB et le MSPB ratent un peu le virage du professionnalisme '
Les nouveaux intervenants qui ne sont pas du domaine sont l'un des facteurs qui a causé cette catastrophe. Le problème du professionnalisme se pose au niveau national. La fédération pense qu'avec un cahier des charges, elle peut lancer le professionnalisme. Or, Il y a des mécanismes qu'il faut maîtriser. La gestion par exemple exige de vrais spécialistes, et nous sommes tous des amateurs ici, même si on a fait des études et des performances. Joueurs, entraîneurs et gestionnaires, tous devaient passer par une formation avant l'entrée dans le professionnalisme. Nos gestionnaires de clubs, de ligues et de fédération ont besoin d'un tant soit peu de formation, pour comprendre les mécanismes les plus élémentaires du football.
-Pensez-vous que les responsables man'uvrent pour que des personnes moins compétentes gèrent les clubs '
A l'heure actuelle, l'investisseur, surtout algérien, cherche la rentabilité immédiate. Or les clubs algériens sont engloutis par les dettes, et cet argent est mathématiquement presque irrécupérable. Du moins en partie. Il y a des investisseurs qui gèrent eux-mêmes et qui ont des connaissances sérieuses en gestion mais il y a d'autres qui ramènent de l'argent et n'ont aucune idée sur la gestion sportive en termes de rentabilité.
-Il y a aussi un problème d'école à Batna
Effectivement, la formation de joueurs a ces règles. C'est pour ça que pour parler d'école de formation, faudrait-t-il qu'elle existe dans l'espace avec des structures. Il faut un contenu pédagogique, des encadreurs hautement diplômés, avec tout un programme, un suivi, un contrôle pédagogique et des expertises pour savoir quel genre de joueurs nous voulons avoir. C'est ce qui manque en Algérie et surtout à Batna. Ici, il y a des entraîneurs, d'anciens joueurs, mais ça reste insuffisant.


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