
Malade et hospitalisé à plusieurs reprises, son état de santé s'était détérioré, ces derniers temps.Le 24 févier dernier, une cérémonie avait été organisée en son honneur par l'association «Mechaal Echahid», en hommage à ses contributions au cinéma et à la lutte durant la guerre de libération. Né en 1942 à Aïn Berda (Annaba), Amar Laskri, a fréquenté le lycée Saint-Augustin puis il a participé à la grève des étudiants, le 19 mai 1956, avant de rejoindre la révolution à l'âge de 15 ans, suivant l'exemple de son oncle Amara Laskri dit «colonel Bouglaz», en référence à une eau de source célèbre dans la région.Amar Laskri était un ami, depuis qu'il livra son premier film Patrouille à l'Est qui fut l'objet de critiques injustes au niveau de la cinémathèque d'Alger et que je défendis avec force, croyant en la sincérité et en l'authenticité de son auteur. Pour les gens qui ne le connaissaient pas, Amar pouvait paraître inconsistant, volage, imprévisible. En réalité, il n'était rien de tout cela, bien au contraire. Son amitié était vraie, intangible, inaltérable.De même que sa générosité, cachée par une apparente froideur. Pour les gens de notre région qui l'ont approché, Amar avait l'amitié simple et limpide. Le plus proche d'entre les proches n'était-il pas «Blaïteche», égorgeur de son métier, à l'abattoir de Aïn Berda, et grâce auquel nous avions des après-midi champê-tres, autour d'un succulent méchoui, à l'ombre des eucalyptus qui encadrent les alentours de Aïn Berda et vont par la route jusqu'à El Hadjar, en passant par El Karma' «Blaïteche», surnom acquis à Lambèse, était un élément majeur de la bande car il était en charge de toute l'organisation et il suffisait, pour l'amadouer, que Amar le congratule avec son rire tonitruant, surtout quand il se vexait de recevoir sa bouteille bien fraîche, comme tout un chacun, lui qui l'aimait, en plein mois d'août, «chaude, bien chaude»!Je me souviendrai toujours de la soirée à Port-Royal, à Paris, au cours de laquelle je lui fis grief de ne pas contacter sa fille, née d'un mariage mixte circonstanciel à Belgrade, lorsqu'il y faisait ses études de cinématographie, entre 1964 et 1966. J'appris, peu après, qu'il s'était précipité en Yougoslavie, (c'était dans les années 1980) et, l'été venu, sa fille qui venait de passer son bac découvrait avec émerveillement Annaba la Coquette et toute sa smala à Ain Berda. Et cet épisode de son hospitalisation à Necker, pour cause de crise hémorroïdaire aigüe. Lui demandant, avant de quitter la chambre, ce qui lui faisait envie pour la visite du lendemain, il me répondit «kilou felfel haaar!».Comme aussi, nombreuses sont les réminiscences de ses moult conquêtes, partout où il passait, libre comme le vent, sans port ni attaches, son sourire malicieux aiguisé comme une arme fatale que tempérait à peine son regard azuréen, un jour ici et un autre là-bas, jetant à foison l'argent qui lui brûlait les poches, jamais comptant et toujours heureux. Ainsi était Amar Laskri, dont les rares colères pouvaient être aussi terribles que fugaces mais dont les élans de coeur et d'esprit portaient toujours la marque des hommes de bonne volonté.Sans doute, quelques-unes de ses conquêtes m'en voudront de ne pas les évoquer, ici, sinon pour les conjurer d'avoir pour lui une pensée amène, et de ne pas oublier cette phrase brandie tel un bouclier, au moment où les impulsions l'emportaient sur toute raison: «Ya Rab, el gualb lahma!». «Calma, hombre»! Des sommets de la cordillère des Andes aux rivages doucereux de Carthage, en passant par les champs de riz amer vietnamiens qu'il chérissait tant, un refrain s'élève, avec mélancolie peut-être, mais sans aucune tristesse, le doux et puissant refrain qui ressemble à s'y méprendre au «Chant des partisans». Adieu, Amar. Je te dirai, à l'instar d'Yves Montand rendant l'âme, l'ami «tu as bien vécu».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Chaabane BENSACI
Source : www.lexpressiondz.com