Annaba - A la une

Scepticisme des uns, optimisme des autres



Scepticisme des uns, optimisme des autres
«Libérer les initiatives ne doit, dorénavant, plus être un vain mot. D'autant que c'est dans un minimum d'actions que peuvent se trouver le maximum des ressources potentielles. Mais à une autre condition : que les feuilles de route ne soient pas définies par la soumission aux contraintes, mais par la mobilisation des atouts».C'est en ces termes que se sont exprimés des élus locaux de deux des plus importantes communes de la wilaya de Annaba, Berrahal et Annaba chef-lieu, de par leur vocation agricole, industrielle et touristique.Même si des réserves pertinentes ont été formulées, il se dégageait de leurs propos un sentiment de satisfaction globale à l'égard de la nouvelle démarche préconisée par les pouvoirs publics, et à l'issue de la dernière rencontre gouvernement-walis, les appréhensions sont là. Pour Chérif Souadnia, président de la commission Economie à l'Assemblée populaire communale de Berrahal, «nous avons besoin d'une nouvelle vision, pas seulement des réactions au déroulement des événements, mais d'un système économique qui puisse garantir à notre pays une croissance soutenue et une prospérité pérenne».Son collègue de la commission Environnement, quant à lui, voit dans les collectivités locales un réservoir de productivité qu'il faudra désormais revaloriser. «Le développement local sur lequel mise la haute administration signifie un changement radical dans la manière de l'approcher. Ce changement fera prendre aux collectivités locales un chemin différent de celui qui était le leur ces vingt dernières années. Alger doit renoncer aux anciennes idéologies, car ayant tant pesé et bloqué le décollage de l'économie locale pendant cette période. Ou bien nous continuons à subir les prolongements des effets de la crise, ou bien nous constituons l'un des piliers de la relance économique tel qu' exigé des P/APC conviés à la dernière rencontre gouvernement-walis», soutient Mohamed Nacer Benali, P/APC de Berrahal.Volonté de changement '«Les pouvoirs publics se sont certes engagés à libérer les initiatives locales, à lâcher du lest en matière de procédures centralisées (étude, autorisation, financement et avis conforme), surtout dans tout ce qui se rapporte à l'investissement dans les domaines de l'industrie, du tourisme et de l'agriculture», rétorquera M. Benali. En termes économiques plus immédiats, cet élu a parlé d'un budget primitif (BP) 2017 s'élevant à 42,71 milliards de centimes, dont une bonne partie est absorbée par la masse salariale (21milliads cts). Le reste étant réservé à des projets, censés donner un coup de pouce aux revenus de sa commune. «Nous avons tracé un ambitieux plan pour accroître et diversifier nos ressources, un marché à bestiaux (4 milliards cts pour son aménagement), 78 locaux commerciaux, un abattoir (300 millions cts), un nouveau marché couvert (4 milliards cts), une dizaine de kiosques et une salle de conférences de 800 places (4 milliards cts)». Le même responsable a, dans la foulée, soulevé le poids des contraintes bureaucratiques «étouffantes» auxquelles se heurte son APC.«Un des exemples les plus frappants : nous devions refaire un chemin communal qui passe par la RN44. La wilaya nous a accordé les financements nécessaires. A notre grande surprise, le contrôleur financier de Berrahal a émis un niet catégorique. A ses yeux, il s'agit d'un chemin de wilaya, donc du ressort de la wilaya. Nous étions obligés de restituer l'argent et la procédure a été effectuée par les services de la wilaya. Il nous a fallu attendre une année pour que ce tronçon soit refait. J'estime que le contrôleur financier joue plutôt un rôle qui rame à contresens de ce que nous demandent les pouvoirs publics. De telles attitudes constituent, au contraire, un facteur de blocage pour le développement local».Le vice-président chargé de l'environnement, Athmane Bouaricha, a insisté sur d'autres blocages : «Le guichet unique est présidé par le P/APC. Or, en réalité, il ne décide de rien. Il suffit qu'une réserve, de très peu d'importance, soit émise et le dossier de l'investissement s'en trouve bloqué. Au final, c'est à l'APC qu'est imputée la responsabilité. Nous souhaitons que le maire soit doté de plus de prérogatives, surtout lorsqu'il s'agit de projets d'investissements ou de foncier industriel.» Concernant la démarche en matière de fiscalité locale, qui consiste en l'implication des collectivités locales dans le recouvrement des taxes et impôts, les élus de Berrahal étaient très peu enthousiastes, du moins en ce qui concerne leur commune : «Nos ressources fiscales oscillent entre 30 et 33 milliards de cts. Pour les entreprises en activité dans la ZI, la plupart d'entre elles ont leur siège social ailleurs, à Annaba notamment. A l'exception de la TAIC, les taxes et impôts dont ils s'acquittent (TVA, TAP, IRG, notre commune n'en profite pas. A peine 2,5 % de leur chiffre d'affaires est ce qui nous revient», a précisé M Souadnia, président de la commission Economie.RempartEt aux yeux du P/APC de Annaba, Farid Mérabet : «La voie jusque-là empruntée par l'administration centrale ne semble répondre à aucune logique. Mais je suis optimiste, car les choses ont tendance à changer. La preuve : à la réunion gouvernement-walis d'août 2015, étaient présents à peine 4 élus. Par contre, à celle de novembre 2016 ont été conviés plus d'une centaine d'élus, 48 P/APC P/APW.» Il est aujourd'hui établi qu'en l'absence d'une stratégie de développement local, clairement définie, ajoute-il, «les dizaines de milliards engloutis dans des infrastructures de base n'ont pas réussi à tirer l'économie nationale et locale vers les niveaux escomptés.Se sentant sérieusement interpellés, les pouvoirs publics ont fini par admettre qu'en adoptant la politique de centralisation de toute décision, ils avaient fait fausse route». L'heure doit être à la mobilisation générale et au don de soi pour inverser la situation. Pour ce faire, annonce t-il, «nous nous attelons à affiner notre business-plan 2017. Car dorénavant, nous allons travailler et agir en véritable entreprise qui cherche à rentabiliser ses activités, diversifier ses ressources, améliorer ses performances ainsi qu'à augmenter son chiffre d'affaires. Le budget primitif de 2017 est de 191 milliards cts. Nous avons tracé un plan d'action qui va nous assurer une hausse notable des revenus. Il est notamment question de revoir à la hausse le loyer des biens communaux, de revaloriser le patrimoine forestier et culturel, de nous impliquer davantage dans tout ce qui a trait à l'investissement, de replacer le tourisme au c?ur de la dynamique de développement». Et c'est le dossier du foncier qui revient encore. «Jusqu'en 2003, toute décision se rapportant à la distraction des terres agricoles relevait des prérogatives du wali.En 2003, le décret y afférent avait été abrogé. Depuis cette date, c'est l'administration centrale qui s'en occupe avec toutes les contraintes bureaucratiques y découlant. C'est pourquoi nous appelons les pouvoirs publics à décentraliser le dossier de la distraction de ces terres pour le confier, à nouveau aux walis. Cette question doit être inscrite comme priorité majeure pour la promotion de l'investissement local».Quid des taxes portuaire, de l'environnement et de l'assainissement 'En matière de fiscalité locale, les recettes de la commune de Annaba s'élèvent à plus de 20 milliards cts. L'APC a perdu 2,5% du chiffre d'affaires en TAIC, induit par le transfert du siège social de Fertial à Alger. «Nous avons perdu un gros pourvoyeur de ressources, la coentreprise algéro-espagnole Fertial, qui a décidé du transfert de son siège à Alger pour des raisons inexpliquées et qui nous dépassent». Et de s'interroger, au passage, sur le sort de la taxe portuaire, la taxe sur l'environnement et de la taxe d'assainissement, qui, regrette-t-il, n'ont jamais profité à sa commune : «Ces trois taxes existent, mais nous ne savons toujours pas quelle est leur destination.» Une telle interrogation paraît justifiée au regard de l'opacité dont se distingue la gestion de ce type de fiscalité, alors que les pouvoirs publics recommandent aux collectivités locales une implication plus accrue dans le recouvrement des taxes et impôts. Et c'est à demi-mot que le P/APC et ses collègues financiers préconisent l'instauration d'une taxe sur l'éclairage public et l'entretien des routes. En la matière, les deux chapitres absorbent des sommes «faramineuses».En témoignent, énumèrent-ils «les 25 000 points lumineux que compte la commune, qui nécessitent un budget annuel de l'ordre de 12 milliards cts. S'agissant de l'entretien des routes, 20 milliards cts (2014), 5 milliards (2015) et 8 milliards (2016) y ont été dépensés. En somme, pour atteindre une réelle autonomie financière et se défaire de la dépendance aux aides du Fonds commun des collectivités locales (FCCL), surtout en ces temps de vaches maigres, nous sommes tenus de nous auto-financer. Mais sans liberté d'action véritable, il nous sera impossible d'atteindre ce que l'on attend de nous».
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