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«Les clichés autour des enfants abandonnés sont injustes»



«Les clichés autour des enfants abandonnés sont injustes»
Au moment de l'accouchement, la mère célibataire signe une décision où elle consent à l'abandon de son bébé à titre provisoire. Alors qu'en réalité cet abandon devient souvent définitif.Dans ce cas, l'enfant qui n'est pas récupéré par sa maman ne peut être placé par nos services dans des familles d'accueil. C'est pourquoi nous lançons un appel aux plus hautes autorités judiciaires pour revoir ces deux procédures dans l'intérêt exclusif de l'enfant abandonné», a-t-on unanimement insisté. Et il n'y a pas que les enfants nés sous x qui en pâtissent : des contraintes idendiques s'imposent lorsqu'il s'agit d'enfants faisant l'objet de placement judiciaire «provisoire». Censé durer quelques jours ou quelques mois, le séjour dans les orphelinats des enfants retirés de leur milieu familial sur décision judiciaire dépasse souvent la dizaine d'années, soit jusqu'à l'âge adulte, voire au-delà.La situation de l'enfant s'en retrouve ainsi pendante : outre son abandon par sa famille, il ne peut être, au plan administratif et légal, placé dans des familles d'accueil dans le cadre de la kafala. A quelle catégorie d'enfants peut justement s'appliquer le placement judiciaire ditprovisoire ' «quand l'enfant est en danger.Elle s'applique également lorsque le milieu familial n'est pas en mesure de garantir sa santé, sa sécurité ou sa moralité, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, psychologique, affectif, intellectuel et social sont gravement menacées. A ce moment, le juge des mineurs peut décider du retrait de l'enfant de ce milieu familial. Par cette mesure de placement, le juge cherche la protection de l'enfant», explique Me Yamouna Merabti, avocate au barreau de Annaba.Et les cas les plus répandus en la matière ' «Le juge des mineurs place des enfants abandonnés ? pour des raisons qui leur sont propres ? par leurs parents divorcés. Il y a les enfants dont les parents sont décédés et abandonnés par leurs familles et les enfants abandonnés à la naissance par leur génitrice célibataire», précise Me Merabti, également présidente de l'Association des droits de l'enfant (Aden). D'où le nombre sans cesse croissant d'enfants dont l'avenir reste indéterminé, séjournant dans les foyers pour la petite enfance.C'est le cas, par exemple, de l'Etablissement pour enfants assistés (EEA) de Ben M'hidi dans la wilaya d'El Tarf, une véritable oasis de chaleur familiale où vivent une quarantaine d'enfants dont la moitié y a été placée sur décision judiciaire. «Notre structure est censée accueillir des pupilles de l'Etat (décret exécutif 12-04), c'est-à-dire les enfants nés sous x. Mais nous accueillons souvent des enfants dont le placement a été décidé par le juge des mineurs», souligne Issam Hamani, le directeur général de l'établissement, qui ajoute : «La situation d'un certain nombre de mes enfants pensionnaires m'affecte particulièrement : ces enfants nous ont été confiés par leurs parents pour quelque temps en raison de contraintes socio-familiales majeures, se défendent-ils, mais ils ne les récupèrent pas.Le comble, ils viennent leur rendre visite durant les fêtes religieuses ou les week-ends et repartent en les laissant en pleurs. C'est dramatique !» Pour ce responsable, la révision de la loi en matière de placements judiciaires est vivement souhaitée pour le bien-être et l'équilibre psychologique de l'enfant. «Nous avons fédéré nos efforts pour l'épanouissement des enfants de l'établissement, mais nous ne pourrons jamais remplacer les parents», dira-t-il encore.Toutefois, ajoute-t-il, assurer un environnement favorable où les pupilles de l'Etat peuvent vivre dans la sérénité, reste une préoccupation permanente. L'EEA de Ben M'hidi accueille des garçons de 6 ans issus de la pouponnière El Moukaouama de Annaba, lequel est doté d'une capacité d'accueil de 50 nouveau-nés, avec en moyenne trois à quatre enfants abandonnés par semaine. L'abandon dit «provisoire» par les mères célibataires doit également être réétudié par la loi, car l'impact psychologique sur l'enfant est terrible, met en garde la présidente de l'association Aden : «Il y a quelques années, j'ai eu à m'occuper du cas d'un bébé né à la suite d'un accouchement sous x et placé dans notre pouponnière.Cet enfant n'avait pas connu d'autre famille que celle qu'il avait à l'hôpital. Quelques jours après sa naissance, sa mère biologique est revenue sur sa décision d'abandon, puis finalement, un mois plus tard, elle a encore changé d'avis et renoncé à nouveau. Ensuite, une famille a confirmé vouloir l'adopter. Finalement, cette famille elle aussi a renoncé à l'enfant.Le bébé, lui, ne pouvait plus regarder quelqu'un, y compris moi à qui il était habitué. Cet enfant exprimait, à sa manière, qu'il ne faisait plus confiance à personne et il avait raison d'être fâché avec nous, les adultes, qui nous sommes montrés indignes de confiance», se souvient encore A. M., une ancienne nourrice de l'établissement pour bébés abandonnés.Quand Les parents ne les récupèrent pasEt le nombre de placements de bébés abandonnés qui ne cesse de croître, à quoi serait-il dû ' Des sources de la Direction des affaires sociales (DAS) l'expliquent par la vocation régionale qu'a tendance à prendre la pouponnière de Annaba. «Les mères célibataires ne sont pas toutes originaires de Annaba. Elles viennent de toutes les wilayas du pays, même de l'extrême-ouest et du Sud. Elles choisissent Annaba pour son statut de grande ville où elles y enfantent dans l'anonymat et où elles sont sûres d'accoucher dans de bonnes conditions».L'orientation continue de garçons nés sous x ou retirés de leur milieu familial sur décision judiciaire vers l'EEA d'El Tarf est également une réalité que ce dernier arrive à gérer, mais non sans difficultés : «En plus de Annaba et El Tarf, nous accueillons des enfants de Souk Ahras, Guelma et de Tébessa, là où il n'existe pas d'établissement pour les garçons mineurs.Ce qui ne nous empêche pas pour autant de nous en occuper jusqu'à l'âge adulte. Sur nos 37 pensionnaires, 7 ont dépassé 18 ans et ils sont toujours chez nous, car n'ayant pas où aller.Des démarches entreprises auprès des APC d'Echatt et Ben M'hidi sont en passe d'aboutir. Ils devraient bénéficier de logements dans les tout prochains jours», se réjouit M. Hamani qui, dans la foulée, a tenu à souligner que des «éducateurs, psychologues et assistantes sociales travaillent avec un dévouement absolu pour aider ces enfants à se construire dignement, loin de tout souci interne ou externe susceptible d'affecter leur personnalité. Les clichés et les stéréotypes négatifs construits à leur égard sont totalement erronés et injustes. Nos enfants sont bien éduqués, tous sont scolarisés et obtiennent d'excellents résultats à l'école, s'ils n'y sont pas les premiers.Plusieurs sont aujourd'hui à l'université ou occupent des postes de responsabilité et ont fondé des familles.» Et M. Hamani d'ajouter avec fierté : «La violence, la toxicomanie sous toutes ses formes, ou autres maux sociaux tels que la délinquance sont des phénomènes totalement étrangers à nos enfants.Pour preuve, les familles qui ont adopté plus d'un parmi eux, dont l'âge va de 7 à 12 ans, en sont plus que satisfaits. Aussi, outre les nombreuses distinctions académiques, les premiers prix de compétitions de dessin, de sport remportées, nos enfants se sont adjugés tout récemment le prix du meilleur projet familial éducatif au terme d'un autre concours national, tous deux organisés par l'Association espagnole Paix et coopération en collaboration avec l'Unicef».C'est en quelque sorte un message rassurant à destination des familles intéressées par l'adoption d'enfants assistés. Le parrainage, l'autre moyen d'offrir une chaleur familiale pour l'enfant, même si c'est pour un temps limité, est ce sur quoi met l'accent M Hamani. «Nous encourageons la démarche du parrainage pour le bien-être des enfants abandonnés.Nous sommes en train de sensibiliser les familles pour qu'elles accueillent des pupilles de l'Etat ou les enfants placés par le juge pour de courts séjours, des week-ends, le Ramadhan, fêtes religieuses, mariages pour les préparer psychiquement aux milieux familiaux. Car nombre d'études ont fait ressortir et établi que l'enfant subit une sorte de traumatisme lorsqu'il est placé dans une famille d'accueil.Ce traumatisme est dû au changement subit d'environnement. Il a évolué pendant ses premières années dans un centre avec un mode de vie, pour se retrouver dans un milieu tout autre et auquel il n'est pas habitué.C'est pourquoi nous lançons un appel aux âmes charitables afin qu'elles pensent à ces enfants et de nous aider à leur offrir du bonheur. N'ayant pas eu la chance de goûter au bonheur de vivre auprès de leurs parents biologiques, nous devons essayer de leur procurer l'environnement adéquat pour vivre une enfance normale et équilibrée.»


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