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la colère, l'ironie et la résistance 5e édition de «cinéma sous les étoiles» à Annaba



la colère, l'ironie et la résistance 5e édition de «cinéma sous les étoiles» à Annaba
Mardi, le public de «Cinéma sous les étoiles» a découvert trois films tunisiens, véritables marqueurs d'époque.Annaba
De notre envoyé spécial
Soirée tunisienne, mardi à Annaba, où se tient jusqu'à aujourd'hui la cinquième édition de «Cinéma sous les étoiles», organisée par l'Institut français d'Algérie (IFA). Le public, venu à la cour de l'ex-lycée Pierre et Marie Curie, a assisté à un documentaire et à deux courts métrages. Trois films qui portent une charge d'interrogations sur la Tunisie en pleine mutation, en pleine désintoxication, après soixante ans de dictature. Il y a d'abord Tiraillement (El hira) premier court métrage de la productrice Najwa Slama Limam (la cinéaste tunisienne a pendant longtemps collaboré avec Canal Horizons). Deux s'urs, Zeineb et Lilia, la première cloîtrée à la maison «buvant» à grosses doses des prêches télévisés, et l'autre, «émancipée», croquant la vie à belles dents, se croisent dans une maison où le père est absent et la mère occupée par son travail à l'extérieur.
Deux filles livrées donc aux questionnements de la vie, aux contradictions du moment et aux désirs incertains. L'une porte le hidjab et l'autre est non voilée. Entre les deux, il y a Skander, «l'homme sans personnalité», ami de l'une d'elles. Lui aussi se pose des questions, lorsqu'il voit la fille voilée rejoindre la mosquée pour la prière de l'aube. C'est le dilemme ! Sournoisement, les deux s'urs vont se moquer de cet homme qui ne sait plus quoi faire, mais qui semble happé par le conservatisme et le «socialement correct».
L'idée du court métrage Tiraillement est intéressante, mais pas assez pour en faire un chef-d'œuvre. La jeune cinéaste s'est imposé des carrés blancs et des carrés noirs dans la structuration de son scénario. Suggérer que le conservatisme social est lié à la religion est quelque peu discutable, même si la philosophie du film n'est pas forcément celle-là. On perçoit clairement, dans le film un penchant féministe qui peut être un choix de Najwa Slama, mais qui peut déteindre sur le récit. On se dit que l'on est encore devant un film qui explore l'univers insondable des rapports hommes/femmes. Cela ajoute forcément de l'eau à la sauce...
Mauvaise humeur en ville
Dans Pourquoi moi ' (Allach ana ') de Amine Chiboub, la mauvaise humeur se propage en ville comme une trainée de fumée. Il suffit qu'un chef d'entreprise soit malmené par son épouse au téléphone pour que le feu prenne dans la paille. Assis derrière son bureau de patron, l'homme est en colère. Son épouse, qui lui prépare un dîner, ne veut pas qu'il aille chez un ami voir la finale de la Coupe d'Europe de football à la télévision. Comment se venger alors ' Reprocher au subalterne la préparation des dossiers dans des serviettes roses ! «Je ne veux plus de rose ici !», lui crie-t-il.
Le sous-directeur se retourne contre sa secrétaire.La secrétaire s'attaque ensuite au vaguemestre, lequel bouscule un passager... Et ainsi de suite. Toute la ville est contaminée par la mauvaise humeur... Sur le plan dramatique, Pourquoi moi ' est mieux structuré que Tiraillement. Amine Chiboub, 31 ans, a su mener son film avec finesse. Il a préféré l'ironie au discours «prêt-à-porter» convenu. L'hypocrisie sociale, le stress urbain, l'égoïsme, le refus de l'amour et l'abus de pouvoir sont traités avec rapidité et efficacité en treize minutes. Pas la peine de s'étaler dans les plans, ni de charger les dialogues ou les situations. Un regard, deux mots suffisent pour tout raconter. Il est évident qu' Amine Chiboub maîtrise l'art du court métrage, lui qui en a déjà réalisé deux, Contretemps et Obsession.
Le scénario de Pourquoi moi ' se démarque par une certaine originalité et par une force narrative. C'est un film contemporain qui peut se passer à Tunis, Alger ou au Caire. Les grandes mutations sociopolitiques sont en train de tracer des sillons profonds dans la psychologie collective de la région arabe. Quelle direction prendre ' Voilà la grande question. Pourquoi moi ' est servi par des comédiens qui comptent dans le paysage cinématographique tunisien actuel, à l'image de Mourad Karrout, Jamel Sassi, Riadh Hamdi et Abir Bennani.
Boxe avec elle
Salem Trabelsi, ancien sportif et journaliste, et Latifa Robbana Doghri ont fait «voyager» leur caméra dans les rings pour suivre la vie presque tranquille de jeunes boxeuses. Dans Boxe avec elle (Bnat el boxe), film primé récemment au Festival du film arabe de Rotterdam, aux Pays-Bas, des championnes d'Afrique et de Tunisie parlent de leur attachement à ce sport de combat, au regard de la société, à la vie en famille, au rapport avec les hommes... A c'ur ouvert et avec sincérité, Rim Jouini, Marwa Rahali et les autres ont tout dit ou presque sur leur passion sportive, leurs rêves, leurs craintes, leurs amours, leur engagement. Ce documentaire mérite d'être vu.
Les deux cinéastes, avec un subtil montage et une narration évolutive, ont su faire comprendre, sans forcer le trait, une chose simple : les préjugés ne résistent pas à la détermination. La victoire, qui se paie en sueur et en patience, est assurée à chaque fois que l'on sait où l'on va, à chaque fois que le moment du k.-o est bien choisi. Les boxeuses sont finalement des résistantes à leur manière. Les films ont été projetés en présence du consul de Tunisie à Annaba et de Salem Trabelsi. La cinquième édition de «Cinéma sous les étoiles » s'achève aujourd'hui avec la projection de Star 80 de Frédéric Forestier à 16h et Skyfall de Sam Mendes, à 21 h.
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