
Décédé hier à l'âge de 73 ans, Amar Laskri vient nous rappeler, après les précédents départs de Réné Vautier, Fatiha Berber et Sid Ali Kouiret, que ce sont les générations pionnières du cinéma algérien qui se retirent, laissant le souvenir d'une entreprise sans doute unique au monde qui avait mis la caméra au service de la libération nationale, mais n'a pu poursuivre le même élan avec l'indépendance.Nous signalions ici que Sid Ali Kouiret, pourtant l'un des plus grands comédiens algériens, n'avait joué que dans dix films. Avec près de cinquante ans de carrière, Amar Laskri n'a pu réaliser que six ?uvres, depuis son fameux Patrouille à l'Est en 1968. Né en 1942, à Aïn Berda, près de Annaba, année où l'Algérie et l'ensemble du Maghreb étaient traversés par les Alliés, il avait grandi dans l'atmosphère mortifère de l'après 8 Mai 1945 qui avait signé dans le sang l'inéluctabilité de la lutte armée.Il a 15 ans en 1956 quand l'appel aux étudiants du 19 mai à se mettre en grève le fait quitter son banc du lycée Saint-Augustin et rejoindre l'ALN. Le sacrifice patriotique de ses études laissera en lui, à l'indépendance, le désir de les reprendre. En 1962, il obtient une bourse pour Belgrade, alors capitale de la Yougoslavie, pour étudier à l'Académie des Arts où il apprend le théâtre et le cinéma. Cette soif d'études, inassouvie à son retour en 1966, le porte vers l'Institut d'études politiques d'Alger.Il réalise alors quelques courts métrages avant Patrouille à l'Est qui le fait entrer dans la fiction historique et reste la plus connue de ses réalisations par ses nombreuses diffusions télévisées. Ses autres films, dont Fleur de Lotus (1998), originale coproduction algéro-vietnamienne, sont passés inaperçus du public en dépit de prix glanés à Carthage et Ouagadougou. Il a été dans les années 90' directeur du Centre algérien pour l'art et l'industrie cinématographiques (CAAIC), fonction sans relief car le centre était alors financièrement asphyxié et la conjoncture loin d'être favorable.Il s'est, en revanche, longtemps investi comme président de l'Association «Lumières» qui regroupe surtout des «anciens» du cinéma. Toute sa vie il est resté habité par la guerre de Libération nationale et son ?uvre en est largement imprégnée, focalisée souvent sur l'héroïsme guerrier qu'il s'est attaché à glorifier. Mais la pauvreté du cinéma national l'a sans doute empêché d'aller au bout de ses projets. Il laisse notamment en plan son rêve ardent d'un film sur Frantz Fanon.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ameziane Farhani
Source : www.elwatan.com