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Annaba, l'urgence ne peut justifier la médiocrité



Annaba, l'urgence ne peut justifier la médiocrité
Annaba continue sourdement à étendre ses tentacules ravageurs de béton et à moissonner le paysage naturel environnant pour faire pousser des logis dépourvus de toute qualité urbaine.Des marées de blocs cubiques envahissent le territoire et s'entassant là tel à Bouzaâroura (El Bouni), et le long de la RN44, faisant fi de toute logique urbanistique. C'est le cas de la nouvelle ville de Draâ Errich de Annaba. «Il faut dire qu'il n'y a pas de maîtrise d'ouvrage urbain, pas même un réel travail de fond sur l'agglomération pour prendre en charge sérieusement son extension urbaine», martèle Boulbir Laâla, chercheur universitaire et urbaniste. La fabrication qualitative des espaces publics fait largement défaut.Ces lieux appelés à faire manifester et défiler la vie civique et sociale et à rehausser l'image de la ville ne sont pas la priorité des édiles qui se contentent de saupoudrer un paysage terni par la médiocrité et le marasme social. Hormis les jardins et les places publiques légués par l'administration coloniale, auxquels s'identifient les Bônois, tel le cours de la révolution, «nous n'avons rien produit de semblable pour que l'on puisse s'enorgueillir et léguer comme patrimoine aux générations futures.Aucun travail de réajustement urbain, d'alignement, de mise en perspective, de régénération ou de rénovation urbaine. Rien n'a été entrepris pour arranger et soigner les formes urbaines», souligne le même expert. La politique de l'urgence ne peut se justifier sur cinquante ans, pas même cette pesante normalisation et contrôle social.A Annaba, tout vide urbain, même un giratoire, fait l'objet de prédation foncière et de mise en clôture systématique. Les trottoirs n'en sont pas épargnés. Les tours, ces éléments typologiques forts et judicieusement employés jadis sur les mamelons de Belvédère et Saint-Cloud pour épouser la silhouette collinaire de Annaba n'ont plus cet usage formaliste et paysagiste.Elles sont utilisées comme pour rappeler la densité asiatique, même si Annaba grouille de friches inexploitées. Cette silhouette nordique a été vite trahie après l'indépendance, puisque la colline de Béni M'haffeur qui aurait dû recevoir des tours à son tour a fini par être morcelée en de vastes emprises foncières de 400 m² pour la clientèle, condamnant à jamais ce site précaire.Pis, l'urbanisme des années 2000 va jusqu'à banaliser l'usage urbain des tours importées de Chine et commence à dispatcher le programme AADL au gré des opportunités foncières, sans chercher à les inscrire dans une vision urbaine intégrée. «Cette pratique à laquelle s'est accoutumé l'urbanisme sectoriel rappelle l'expérience douloureuse des trames assainies financées par la Banque mondiale (1990) ayant bafoué des centaines d'hectares pour hanter aujourd'hui les quartiers de Sidi Salem, Bouzaâroura, Bouhdid et Sidi Harb, véritables SAS contemporaines.En effet, les tours sont localisées à Oued Edheb pour bien étouffer un quartier populaire déjà dense, mais aussi à Didouche Mourad, là où on aurait pu juste riper le stade pour faire bon usage de la verticalité et donner de l'allure au Boulevard de l'Afrique, ou encore à l'entrée de Sidi Ammar, cette ZHUN qui côtoie dans l'indifférence une université sans qu'une animation ne se soit développée pour créer une ville universitaire», se plaint l'urbaniste. Les décideurs des années 1980 avaient besoin d'études urbaines (ZHUN) pour implanter 500 à 1000 logements. Aujourd'hui, un simple permis de construire suffit pour lancer la construction des milliers de logements, toujours dans l'urgence.


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