Algérie

Un autre créneau pour les oisifs

Le vol des compteurs d’eau ANSEJ, AMEN, CNAC, emploi de jeunes, ANJEM, filet social, pré-emploi, vacataire, saisonnier, contractuel sont, d’après les gouvernants, autant de systèmes de lutte contre le chômage, ce fléau qui nous colle à la peau et qu’aucune thérapie n’a réussi à ce jour, à endiguer. En effet, si les statistiques, périodiquement rendues publiques par les différents organes, font état d’éclaircie et de baisse du taux du chômage, la réalité, est tout autre. Ainsi, au moment même où différents départements ministériels assurent que le taux du chômage a baissé de façon notoire, l’on constate, la mort dans l’âme, que des dizaines de jeunes algériens, à la fleur de l’âge, se jettent à la mer, dans le fol espoir de rallier l’autre rive de la Méditerranée ou terminer leurs jours au fond des eaux. Dégoûtés par les misérables conditions de vie qui sont les leurs ainsi que par les promesses d’équité, d’égalité des chances et d’ouverture et de lendemains meilleurs, jamais tenues, de plus en plus d’Algériens n’accordent aucun crédit à ces statistiques. Ainsi, après le pain rassis, après différents petits métiers, tous aussi ingrats les uns que les autres, voilà que des légions de jeunes s’inventent un autre créneau, celui des déchets ferreux et non ferreux. A pied ou sur des charrettes à traction animale, des dizaines d’adolescents sillonnent nos quartiers, à la recherche d’un bout de fer, d’aluminium, de cuivre, de plomb, de zinc ou, tout simplement de plastique. Une fois l’objet obtenu en contrepartie de quelques pièces de monnaie, une monnaie de signe, il faut en convenir, ou gracieusement, les jeunes, que l’on voudrait voir travailler sur les champs ou dans les usines, repartent à la chasse des précieux produits. De temps à autre, c’est la dèche. Pour ne pas rentrer bredouille, c’est la clôture d’une aire de jeux, d’un stade de proximité, d’espaces verts, du chantier voisin ou de telle cité qui est enlevée par des mains expertes avant d’être chargée et disparaître. Pour des dizaines de bras, il ne peut être question de jour «sans», comme cela est courant chez les athlètes de l’élite. Pour ces garnements, un jour « sans « signifie la faim et souvent aussi la fin. La misère leur ayant appris à ne jamais abdiquer, les jeunes se rabattent alors sur les compteurs d’eau et les couvercles des caniveaux. Alors que l’un fait le guet, son comparse, muni des outils que cela nécessite, ouvre la niche et, après avoir tordu les conduites pour les rendre étanches, sectionne les tuyaux, souvent en plomb et emporte le compteur. Particulièrement prisés par nos voisins de l’Ouest, les compteurs d’eau traversent nos frontières pour être fondus et recyclés. Il n’y a pas longtemps, l’un de ces « spécialistes «, qui s’était exercé aux Amandiers, a été écroué, présenté au tribunal et jugé. Combien d’autres courent encore ? Nul ne le sait, pas même nos statisticiens. Alors, qui faudra-t-il croire, les statistiques triomphalistes des officiels ou l’ampleur que prennent, la «harga», le commerce du pain rassis, du plastique et des déchets ferreux et non-ferreux? A Oran donc et, très certainement, dans d’autres villes d’Algérie, le chômage continue à faire des ravages. Une chose est sûre, à chaque fois que les jeunes algériens sont mis dans des conditions favorables à leur épanouissement, ils réalisent des merveilles. Auront-ils enfin cette chance qui continue à les fuir? Nemili M.
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