Algérie

Trou noir

En 2005, la démocratie n?a fait aucun pas convaincant dans le monde arabe. Les régimes autoritaires se portent bien. Les royaumes, les Républiques militarisées et les systèmes présidentiels fermés maintiennent des positions privilégiées. Ils se permettent même de narguer les populations et les voix qui appellent à l?ouverture. Ils recréent le vide et le meublent de bruits. La région évolue dans le sens inverse de l?Amérique latine, où le suffrage universel a repris ses droits et où la population choisit librement ses présidents sur la base d?idées et de propositions. Le « trou noir de l?Etat arabe », évoqué dans un rapport, il y a deux ans, par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), est plus que jamais d?actualité. Dans l?ensemble des pays arabes, le pouvoir, le vrai, est concentré entre les mains du roi ou du président. Un petit cercle, qui évolue à l?ombre des palais, partage, d?une certaine manière, les décisions, la richesse et les intrigues. Les appareils sécuritaires sont consolidés pour maintenir le statu quo et entretenir l?archaïsme. Chaque année, les gros budgets sont avalés par les forces armées de la région. Cela n?a aucune retombée ni sur les résultats économiques, ni sur la pratique démocratique, ni même sur la combativité opérationnelle des militaires. Un opposant, qui ose élever un peu trop la voix, comme c?est le cas actuellement d?Ayman Nour, en Egypte, est « orienté » vers la prison. Hosni Moubarak, qui succède à lui-même depuis vingt-trois ans, veut toujours voir la plaine devant lui. Tant qu?il reste en place, l?Egypte ne sera pas un pays démocratique. Il en est de même pour les voisins. Le règne familial, qui étouffe la Libye, le Maroc, l?Arabie Saoudite, la Jordanie et la Syrie, neutralise toute volonté de relève pacifique au pouvoir. En Algérie, comme en Egypte et en Syrie, l?état d?urgence reste en vigueur sans aucune raison valable. Le renouvellement des élites est un débat inexistant dans la région. Les démarches liées aux « réformes », réduites à des actions de salon et de prestige, ont cessé d?avoir un sens. Les régimes en ont trop parlé. Ils n?ont rien fait. Il y a de fortes chances qu?ils ne fassent rien. Les libertés syndicales et la création libre des partis sont interdites ou suspendues dans la plupart des pays. Les écoutes téléphoniques sont une règle. Autant que les filatures et le harcèlement des contestataires. Les télévisions sont entièrement contrôlées par les gouvernements. Elles ne sont que des canaux de propagande et de recyclage du mensonge. L?intrusion d?Al Jazeera dans cet espace glaciaire n?a pas fait fondre la pensée unique et le culte maladif du chef. En 2005, comme il y a vingt-cinq ans, le monde arabe est resté presque à la même place. La seule évolution constatée dans le sens physique est simple : la régression. Aucun espoir que celle-ci soit productive.
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