Algérie

Tim Flannery. Climatologue, auteur de {Les faiseurs de pluie} : Au secours, le climat se détraque…


« Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants. »

Proverbe swahili

Quel est le rapport entre un paysan nigérien sans ressources, un ministre algérien de l’Energie et des Mines et un fermier de San Francisco ? De prime abord, rien ne les rassemble et ils n’ont aucun point commun, sinon que tous les trois stigmatisent la situation engendrée par le drame du dérèglement climatique.

Le Nigérien en plus d’être le plus pauvre des pauvres se voit encore accablé dans sa précarité. « Tout ce que nous observions aujourd’hui, constate-t-il, émane de nos attitudes. Nous avons abandonné les pratiques rituelles. Dans le bon temps, nous ne connaissions pas les perturbations des pluies. » « La pression croissante que les hommes exercent sur la nature risque de nous affamer », prévient-il. « Nous sommes trop faibles pour tenter d’inverser la tendance », regrette-t-il amer. Le ministre algérien, lui, se désole de la chute vertigineuse du prix du pétrole, conséquence, selon lui, d’un hiver très doux qui dispense les foyers des pays froids de chauffage, donc du précieux carburant. Ce réchauffement du climat, qui bouleverse le monde et les habitudes, aura des conséquences fâcheuses sur nos recettes, avertit le ministre qui impute les pertes en trésorerie à cette calamité naturelle. Naturelle ? Pas si sûr. Quant au fermier américain, il subit de plein fouet les changements de l’atmosphère qui affectent sérieusement ses cultures. Si le fermier de San Francisco vit dans la peur, le froid et les inondations, son homologue de la côte est de l’Amérique s’est déjà planté un décor estival. Caprice du temps, mais dans les trois cas, la catastrophe est là, bien là en attendant les surprises désagréables qu’elle pourrait bien nous réserver dans le futur. Les auteurs de ce drame, du moins les plus en vue, indifférents aux effets dévastateurs de leurs actes font la sourde oreille. « Dans dix ans, il sera trop tard », prédit Tim Flannery, directeur du laboratoire de zoologie de Sydney, enseignant à Havard, chercheur de renommée qui a tiré la sonnette d’alarme à travers ses nombreux ouvrages, dont le fameux Les faiseurs de pluie, une référence en la matière dont s’inspirent les écologistes de tous bords.
Ceux qui font la pluie et le beau temps

Ouragans, cyclones, inondations et canicules, le changement climatique est désormais une donnée bien présente, dont il faudra tenir compte. « En cinquante ans, la calotte glacière s’est réduite de 20%. Si nous ne faisons rien, il n’y aura bientôt plus de glace en été, dans l’Arctique et un cataclysme bouleversera le monde. Nos comportements quotidiens sont responsables de 50% des émissions de gaz à effet de serre à l’origine de ce dérèglement climatique. » C’est grosso modo la conclusion à laquelle est arrivé ce scientifique qui ne cesse d’alerter tout le monde face au danger imminent qui nous menace. Un danger que les experts mondiaux du climat, réunis depuis mardi à Paris, vont décortiquer en mettant au point un mémorandum qu’ils comptent envoyer aux dirigeants de la planète pour les alerter sur les risques que fait peser le réchauffement climatique. Ampleur des hausses de températures, modifications des régimes de précipitations, rythme de fonte des glaces, comportement des océans, ce sont tous ces points qui font l’objet de recherches sur lesquelles se penchent plus de 2500 scientifiques, dont Tim Flannery qui fait savoir que le thermomètre mondial a gagné 0,8°C depuis le début du XIXe siècle avec une nette accélération au cours des 30 dernières années. Les scientifiques imputent, avec de plus en plus de certitude, cette situation aux gaz à effet de serre, principalement émis par les énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon). Jamais les engagements des décideurs de la planète n’ont été si nombreux. En France, Nicolas Hulot a placé la question écologique au cœur de la campagne électorale. Aux Etats-Unis, Bush a reconnu, la semaine écoulée, dans son discours sur l’Etat de l’Union, que le réchauffement représentait un sérieux défi. Même prise de conscience lors du forum économique de Davos, qui réunit les puissants de ce monde, alors que le Népad en conclave à Addis-Abeba, pense déjà recourir à une solution de substitution à travers le nucléaire à usage civil et pacifique…
Montréal, Kyoto…

Dans un mouvement brusque, Tim s’emporte en déclarant que, cette fois-ci, c’est sérieux. Ce n’est pas un apprenti sorcier, encore moins un charlatan comme ceux qui nous avaient collé une trouille bleue dans les années 1970 en nous menaçant d’un épuisement rapide des ressources naturelles. Ou encore ceux qui avaient annoncé le fameux bogue de l’an 2000 qui devait, selon leurs prévisions, avoir des effets dévastateurs sur l’ensemble de la planète. Comme ces prédictions se sont avérées fausses ; échaudé par ces supercheries, l’homme n’accorde presque plus de crédit aux scientifiques ou prétendus tels. Pourtant, aujourd’hui, les périls sont bien réels et rien n’est fait pour les éviter. A propos du réchauffement climatique, avance Tim, aucun doute n’est plus permis. « Seule une mauvaise foi flagrante permet de prétendre que la hausse du taux de gaz carbonique atmosphérique n’est pas due à un usage excessif des combustibles fossiles, qu’elle n’entraîne pas une augmentation de la température moyenne de la planète aux conséquences dramatiques, ou que les glaces polaires ne sont pas en train de fondre à un rythme jamais enregistré. » Le thermostat de la terre a été détraqué par l’homme et il est urgent de mettre tout en œuvre pour réduire nos émissions de gaz carbonique. Tim, qui ne passe pas pour un angélique, tire à boulets rouges sur son propre pays, l’Australie qui non seulement produit la plus grande partie de son électricité à partir du charbon, mais en plus en est le premier exportateur mondial. Plus grave, son pays appartient avec les Etats-Unis à la petite liste des pays qui se sont abstenus de ratifier le protocole de Kyoto. « L’Australie s’est même comportée d’une façon particulièrement odieuse en exerçant des pressions sur ses voisins iliens du Pacifique pour les empêcher d’appuyer à l’ONU toutes les mesures sérieuses de lutte contre le réchauffement. Cela pour sauvegarder les intérêts égoïstes des compagnies vendeuses de charbon et de pétrole. Bien évidemment, les patrons de ces sociétés sont parfaitement au courant des désastres qui s’annoncent par leur faute et dont leurs propres enfants subiront les conséquences. » Justement, à propos de ces contrées, les spécialistes dressent un tableau plutôt sombre. « Dans les années à venir, des millions d’habitants des zones littorales et des petites îles sont susceptibles de devenir des réfugiés environnementaux en raison de la montée des océans ou de conditions climatiques extrêmes. » Aujourd’hui, il pleut de moins en moins dans les pays de la sphère sud, alors que dans les contrées arctiques, la fonte des glaces est en train de détruire tout un mode de vie. Le réchauffement climatique est une urgence partout sauf à la Maison-Blanche. Pendant que l’administration Bush finasse, le reste du monde s’inquiète. « Aux Etats-Unis, il y a tout ce qu’il faut pour faire face à ce problème urgent. Ce qui manque, c’est une volonté politique. Et dans notre démocratie, la volonté politique est une ressource renouvelable », ironise Al Gore qui s’est découvert une vocation d’écologiste.
Sauvons la planète

A Kyoto, en 1997, les représentants américains avaient refusé de signer, exigeant que le traité contienne une clause permettant aux pays de s’échanger des « crédits d’émissions », ce qui revenait à commercialiser le droit de polluer. Huit ans plus tard, cet accord est devenu un élément fondamental du droit international. En 2005, les pays signataires ont commencé à mettre en application le traité en vertu duquel les Etats signataires s’engagent à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2012. Mais aux Etats-Unis, Bush a refusé de l’appliquer, estimant qu’il mettrait l’économie américaine en péril. En réalité, Kyoto s’avère avantageux sur le plan économique. L’Allemagne, par exemple, a créé 450 000 emplois, alors même qu’elle a réduit de près de 20% ses émissions de CO2. « Nous nous attendions à ce que les Etats-Unis jouent le jeu, car le traité relève du bon sens économique à long terme. » Le trou de l’ozone, à peine deux ans après qu’il a été découvert au-dessus de l’Antarctique, les gouvernements de plusieurs pays ont signé en 1987 un protocole visant à le résorber, appelé protocole de Montréal. Celui-ci est entré en vigueur en 1989 et vise à réduire les émissions de gaz qui détruisent la couche d’ozone. Ainsi, en l’an 2000, le trou de la couche d’ozone a atteint sa taille record à cause d’un hiver très froid et, en 2002, il fut très petit et même coupé en deux, à cause d’une vague de chaleur sans précédent. Le réchauffement climatique s’accompagne d’un refroidissement de la haute atmosphère en altitude. Il pourrait donc accroître la destruction de la couche d’ozone. Dans un ultime appel, Flannery tente de convaincre : « Nous devons donc nous dépêcher et mettre en œuvre le plus vite possible toutes les alternatives énergétiques sans carbone. C’est pourquoi je pense que l’énergie nucléaire, qui n’émet pas de gaz à effet de serre, doit jouer son rôle. Mais nous avons aussi besoin d’éoliennes, de chauffe-eaux solaires et de panneaux solaires photovoltaïques. Et surtout, il faut le plus vite possible abandonner le charbon et le préserver pour le futur. Les immenses réserves de carbone pourraient à l’inverse s’avérer très précieuses et nous éviter une nouvelle glaciation lorsque dans un avenir aussi imprévisible que très lointain, le climat commencerait à se refroidir. Car si nous poursuivrons sur notre lancée, les conséquences seront terribles. Et les pays les plus durement touchés ne seront pas les plus fautifs. »

PARCOURS

Tim est né le 28 janvier 1956. C’est un biologiste, paléontologiste, climatologue, zoologiste. C’est un avocat vigoureux de l’écologie. Il a écrit de nombreux ouvrages consacrés à ce sujet, notamment le réchauffement de la planète. Professeur à l’université d’Adelaïde en Australie, il est directeur de musée et conseiller sur les questions environnementales au Parlement fédéral australien. En 2005, Flannery a été consacré en tant que humaniste australien de l’année par le Conseil des sociétés australiennes. A ceux qui n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto, il les a vertement critiqués en faisant savoir qu’ils nous ont fait gaspiller au moins une décennie. Time continue ses recherches sans discontinuer constituant une référence de par le monde. Son livre Les faiseurs de pluie constitue une référence et un best-seller.
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