Algérie

Sétif-Première de Mon colonel de Costa Gavras, Un film contre la torture coloniale


A défaut d’une salle de cinéma sachant que les quatre ont baissé rideaux dans les années 1980, la maison de la culture Houari Boumediène abritera aujourd’hui la première de Mon Colonel (voir El Watan du jeudi 20 avril 2006, n°4691) dernière œuvre de Costa Gavras, ne ratant aucune occasion pour déclarer qu’il a une dette envers l’Algérie.

Les fans du 7e art (nombreux du côté de la capitale des Hauts-Plateaux) auront l’insigne honneur d’assister à la projection de ce long métrage retraçant le parcours d’un tortionnaire français, responsable d’atrocités, d’exactions et de tortures perpétrées à l’encontre du peuple algérien lors de la guerre de Libération nationale. Ce film qui a été bien accueilli dernièrement au 1er Festival du cinéma de Rome (voir El Watan du samedi 20 octobre 2006) est adapté d’un roman policier Francis Zamponi, un autre sétifien d’adoption car, ce journaliste, auteur de plusieurs romans policiers, a vécu des années durant à Sétif dans les années 1950. Réalisé par Laurent Herbiet, ce long métrage est l’une des rares productions cinématographiques qui aborde un sujet aussi sensible, la torture pratiquée à huis clos par Aussaresse et ses acolytes de l’armée française. Pour de nombreux Algériens, surtout ceux qui ont souffert le martyre sous le joug du colonialisme, Mon Colonel est une réponse aux concepteurs de la contestée loi du 23 février 2005, ayant tenté de « positiver » la colonisation ayant toujours les mains maculées de sang d’Algériens massacrés à Sétif, Chaâbat Lakhdar (Kherrata) et à Paris même. Ce film, qui sort quelques jours avant la visite à Alger du ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, remet sur le tapis cet autre épineux dossier, des pratiques honteuses commises par les tortionnaires, toujours d’actualité, nécessitant de la partie française plus que de la repentance. Appuyé par un panel de grandes figures, telles que Cécile de France, Charles Aznavour, Guillaume Gallienne et d’autres comédiens, le film relate deux thèses aux antipodes, l’une de l’autre. La première est véhiculée par le colonel Duplan, « un architecte de l’honneur », tué par le père (Charles Aznavour) d’un jeune soldat Rossi, envoyé pour « pacifier l’Algérie ». Devenu un témoin gênant qui s’est vite rendu compte que la « pacification » n’était qu’une punition collective à l’encontre d’un pays qui luttait pour son autodétermination, Rossi qui consignait dans son journal les horreurs et les basses besognes diligentées par le bourreau de Duplan qui a, sans nul doute, éliminé le jeune soldat, dont les notes ont été gardées au secret par Paris qui ne veut toujours pas reconnaître ses crimes commis durant une occupation qui aura duré plus de 132 ans. Coproduit par de nombreuses boîtes et chaînes européennes (RTB, Canal Plus, Arte), ce film ne passera pas inaperçu dans les salles du vieux continent parce qu’il égratigne bien des consciences tourmentées, les victimes attendent quant à elles une réparation qui n’arrive toujours pas. En somme, à l’instar d’Indigènes de Rachid Bouchareb, Mon Colonel relancera sans nul doute le débat sur la guerre d’Algérie faisant, 45 ans après, l’actualité. La France qui a reconnu en mars 2005, par la voix de son ambassadeur à Alger, les massacres du 8 mai 1945, est interpellée plus que jamais à ouvrir le honteux et encombrant dossier de la torture…



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