Sécheresses prolongées, inondations, insécurité alimentaire chronique… Le changement climatique comme facteur de crise est le point commun des dix crises humanitaires mondiales passées sous silence selon l’ONG Care.
«Le défi climatique s’accélère — et l’attention médiatique, elle, ne suit pas.» C’est ce qu’affirme l’ONG Care dans un rapport publié ce 28 janvier. Chaque année, cette association d’aide humanitaire, présente dans 121 pays, analyse les publications de 345.000 médias en ligne pour étudier la couverture médiatique des crises humanitaires les plus graves. Le constat est sans appel: le changement climatique est un multiplicateur commun aux dix crises humanitaires passées sous silence en 2025.
Pour l’ensemble de ces crises, «le changement climatique est un facteur aggravant». «Il y a dix ans, deux crises seulement étaient liées au changement climatique, explique la porte-parole de Care France, Adéa Guillot auprès de Reporterre. En 2025, dix crises sur dix lui sont liées.»
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Pour plusieurs d’entre elles, il en est même le «facteur principal». C’est le cas de la Namibie, de la Zambie et du Malawi, soumis à des cycles infernaux de sécheresses et d’inondations. Au Zimbabwe aussi, où les sécheresses surviennent désormais tous les deux ou trois ans, contre une fois par décennie auparavant. À Madagascar enfin, les événements météorologiques extrêmes ont endommagé des écoles et centres de santé, détruit des terres agricoles et conduit à une pénurie d’eau potable.
Au Honduras, qui apparaît pour la première fois dans le classement, le changement climatique constitue l’une des trois dimensions de la crise, avec les violences sexuelles, et l’insécurité alimentaire.
- Jusqu’à 80 % de la production locale qui disparaît
Les crises climatiques affectent directement la production agricole locale. En Namibie, la récolte de blé était inférieure de 83,7 % à celle de l’année précédente à la même période. «Ce sont des vies humaines qui sont mises en danger, des gens qui ne peuvent plus se nourrir, ni se loger», insiste la porte-parole.
L’insécurité alimentaire et le manque d’eau potable conduit aussi à la déscolarisation. Le rapport pointe que les femmes sont souvent les plus durement touchées par les situations de crise humanitaire invisibilisées.
«On est dans un moment grave où la société civile, les journalistes et les scientifiques sont attaqués»
Pour la porte-parole de l’ONG, l’invisibilité médiatique de ces crises humanitaires vient de la complexité des facteurs explicatifs, de l’absence d’intérêts géopolitiques des grandes puissances… et «parfois aussi de l’implication du facteur changement climatique».
«On est dans un moment grave où la société civile, les journalistes et les climatologues sont attaqués selon un agenda politique conservateur», affirme-t-elle. Le rapport estime que les coupes budgétaires brutales décidées par les États-Unis depuis le retour de Trump au pouvoir et par une dizaine de pays européens, dont la France, ont entraîné une baisse de près de la moitié de l’aide humanitaire mondiale en 2025. Dans le même temps, la couverture médiatique des dix crises les plus invisibles a également chuté de moitié.
- Sans médiatisation, pas de financements
Le rapport identifie un cercle vicieux: plus la médiatisation est faible, plus les financements humanitaires se réduisent, et plus la crise s’enlise. Or, la durée de ces crises conduit elle-même à une réduction de la couverture médiatique. C’est le cas de la République centrafricaine qui apparaît chaque année dans le rapport produit par l’ONG. Depuis plus de douze ans, un conflit de basse intensité exacerbe la crise humanitaire.
La solidarité internationale se mobilise plus rapidement si les événements sont «spectaculaires», nouveaux et de forte intensité. Les «impacts climatiques progressifs», comme les inondations au Burundi ou les sécheresses répétées en Angola, disparaissent des radars médiatiques internationaux. Au total, 43 millions de personnes sont pourtant affectées par les crises oubliées.
«Raconter les solutions sur le terrain permet de mobiliser l’attention médiatique»
Derrière ces chiffres, l’ONG Care présente dans son rapport les solutions locales mises en place par les habitantes et les habitants et les collectifs qu’elle soutient. Au Malawi par exemple, des plans d’évacuation et de protection civile sont élaborés en collaboration avec la population: une abondance de mangues ou une augmentation du nombre de fourmis sont interprétés comme des signes annonciateurs d’inondations.
«Raconter les solutions sur le terrain permet d’incarner le récit de ces crises, et de mobiliser l’attention médiatique sur des gens dont on devrait s’inspirer», conclut la porte-parole de Care France.
Photo: Une habitante traverse une zone résidentielle inondée du village de Gatumba dans l'ouest du Burundi, le 9 mai 2025. Depuis 2018, le lac Tanganyika est au-dessus de son niveau normal et provoque des déplacements de population. - © Luis Tato / AFP
Pour accéder et lire l'article ci-dessus: https://reporterre.net/Zimbabwe-Madagascar-Honduras-Ces-crises-humanitaires-oubliees-et-aggravees-par-le
Par Eva Samaddar
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Posté par : akarENVIRONNEMENT
Ecrit par : Par Eva Samaddar - 28 janvier 2026
Source : https://reporterre.net/