Dans "Il était une forêt", le documentariste Luc Jacquet explore sept siècles d’évolution au cœur des forêts primaires, ces poumons verts pour la planète et pour l’homme.
- Luc Jacquet, vous prédisez la disparition des forêts primaires tropicales d’ici 2020. Concrètement ça implique quoi pour le Belge ou l’Européen?
Localement, il ne va pas se passer grand-chose tout de suite. Mais la ceinture forestière est un régulateur du climat. Prenons un exemple: aujourd’hui l’ivoire coûte tellement cher que plus on protège les éléphants, plus ils sont convoités! Mais le jour où on mettra un coup de fusil au dernier, ce sera fini. Alors on peut très bien dire qu’on se fout des éléphants, des baleines, qu’on vit dans un parking de supermarché géant… sauf que l’éléphant est le maillon d’une chaîne. Quand une espèce disparaît, tout le système s’effondre. Donc ce qui paraît lointain va nous rejoindre, alors qu’on peut se croire à l’abri. Mais il n’y a plus de sanctuaires, on est tous sur le même bateau, et si on ne rame pas tous dans le même sens, ça va super-mal se passer. Et le problème n’est pas pour les arbres, il y aura toujours des arbres: le problème il est pour nous.
- Mais certaines espèces ont déjà disparu par le passé…
Certes, mais le problème actuel c’est la rapidité du phénomène, et l’espèce humaine n’aura pas le temps de s’adapter. Tant qu’on avait des milieux assez vastes, ils pouvaient se renouveler. Mais cet équilibre est mis en cause, et ça va aller très vite. Comme quand on vide un bain, à la fin on a toujours l’impression que ça va plus vite: je pense qu’on est dans cette spirale.
- L’humanité arrive à une charnière?
Oui. L’espèce humaine a démontré sa capacité à habiter à mettre un écosystème à son service. Maintenant il faut entrer dans une phase de gestion, car si on continue à coloniser, on va tout bouffer. Une comparaison éloquente: Si vous ensemencez un milieu de cultures avec des bactéries, elles vont se multiplier jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à manger, puis elles vont toutes crever en même temps. Et nous sommes régis selon les mêmes lois…
- Dans le film certains organismes s’adaptent aux menaces se présentent. L’humain pourrait-il développer une capacité d’adaptation à ces phénomènes?
On vit dans une société prodigieuse, mais d’une fragilité absolue. Notre mode de vie est dépendant de la nature. Une grande ville a environ 4 jours de vivres devant elle. Si vous voulez mettre à genoux l’humanité vous arrêtez les camions: c’est la famine généralisée en 4 jours! Quand les 3/4 de la population étaient agricoles, ce ne serait jamais arrivé. Et je pense qu’on ne se rend pas compte, puisqu’on se sent hyper-forts, et c’est vrai qu’on l’est. Sauf qu’il suffit d’un grain de sable pour que tout ça se casse la gueule.
Photo: «On vit dans une société prodigieuse, mais d’une fragilité absolue», explique Luc Jacquet. Luc Jacquet
Voir l'article dans son intégralité avec vidéo de lancement du film: http://www.lavenir.net/cnt/dmf20131112_00388213
Interview: Elli MASTOROU
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Posté par : akarENVIRONNEMENT
Ecrit par : Interview: Elli MASTOROU publié le mardi 12 novembre 2013
Source : lavenir.net