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Planète (France/Europe) - «Ne faites pas du Cantal un gruyère»: les défenseurs d’une zone humide se mobilisent



Planète (France/Europe) - «Ne faites pas du Cantal un gruyère»: les défenseurs d’une zone humide se mobilisent
La narse de Nouvialle, zone humide exceptionnelle située dans le Cantal, est menacée par un projet de carrière. Les défenseurs de cet espace naturel ont, du 29 au 31 août, organisé une grande fête en sa défense.

Valuéjols (Cantal), reportage

«Ne faites pas du Cantal un gruyère, pas de diatomite dans la truffade!» Les Auvergnats ont de l’humour et aussi une sacrée énergie. Plusieurs milliers d’entre eux se sont retrouvés du 29 au 31 août pour la cinquième fête de la narse de Nouvialle.

La narse, c’est cette zone humide classée sur 400 hectares de plateau d’altitude au pied des monts d’Auvergne, dans l’est du Cantal. C’est là que la multinationale Imerys envisage depuis trente ans la création d’une nouvelle carrière d’extraction de diatomite, une roche sédimentaire rare issue de la décomposition d’algues aux propriétés ultra absorbantes, transformée notamment en terre de diatomée et déjà exploitée dans le secteur.

. La narse, zone humide Natura 2000 à près de 1 000 mètres d’altitude, s’étend sur plus de 200 hectares dont une partie est inondée en hiver. © Regard Brut / Reporterre (Voir photo sur site ci dessous)

La lutte pour défendre cette terre est aussi ancienne que le projet de carrière. Dès 1995, la Fédération de pêche avait lancé une première mobilisation contre la volonté d’exploiter ce gisement de diatomite considéré comme l’un des plus purs d’Europe.

Mais c’est en 2021 que le collectif de sauvegarde de la narse de Nouvialle s’est reconstitué plus activement face à l’imminence du dépôt du projet de carrière… qui n’est toujours pas venu à ce jour. Un sursis pour les militants qui œuvrent depuis quatre ans à rassembler toutes les forces: les élus des trois communes riveraines et de l’intercommunalité, les associations environnementales (Ligue pour la protection des oiseaux, France Nature Environnement, Naturalistes des terres), mais aussi de la chambre d’Agriculture qui refuse la destruction de terres utilisées par des éleveurs locaux, et même la Fédération française de la randonnée pédestre.

. Aymeric, bénévole de la Ligue pour la Protection des Oiseaux, explique la formation de la diatomite, issue de la sédimentation d’algues, les diatomées, lors d’une des balades naturalistes proposées tout au long du weekend. © Regard Brut / Reporterre (Voir photo sur site ci-dessous)

Mais la plupart des soutiens sont simplement des locaux, comme Nathanaëlle, «hyper attachée à ce territoire et ses habitants». Le collectif lui apporte une vraie «montée en compétence, j’ai appris en trois semaines à faire de la sérigraphie et là je tiens le stand», s’enthousiasme-t-elle.

- Folk et mascotte

Plus loin, un groupe de musique folk local égaye la journée, dans ce qui a plus l’air d’un festival autogéré que d’un rassemblement militant. Le collectif Nouvialle s’est même doté d’une mascotte, Nouvie, représentant le courlis cendré, espèce emblématique de cette zone humide.

. À l’atelier de sérigraphie, Nathanaëlle, 27 ans, réalise des teeshirts à l’effigie de la narse et des espèces qui y vivent. Travaillant dans une association de protection de l’environnement, elle est l’une des 130 bénévoles mobilisés lors de l’événement. © Regard Brut / Reporterre (Voir photo sur site ci-dessous)

Tout à la fête, les défenseurs de la zone humide n’en oublient pas les enjeux de fond. La fête de la narse de 2025 a été l’occasion d’inviter des figures nationales de l’écologie, même si pas encore nécessairement connues localement: l’autrice Corinne Morel Darleux, l’anthropologue Philippe Descola et le chercheur et auteur Alessandro Pignocchi.

Des liens commencent également à se nouer aussi avec d’autres luttes contre Imerys, comme celle de Dordogne, à Thiviers, contre une carrière de quartz, et dans l’Allier, contre un projet de mine de lithium, où se déplaçait le 1ᵉʳ septembre le ministre de l’Industrie et de l’Énergie Marc Ferracci.

. Le weekend de mobilisation s’est déroulé en fête et en musique, comme ici avec la Woueyst Coast Fanfare. © Regard Brut / Reporterre (Voir photo sur site ci-dessous)

Interrogé à cette occasion par Reporterre sur la situation de Nouvialle, le cabinet du ministère rappelle qu’à date, «aucun projet n’a été déposé». Mais il assure être attentif «au bon respect du cadre en vigueur et des exigences environnementales élevées» en espérant «qu’un dialogue sera mis en place pour apporter les réponses nécessaires».

«Faire de Nouvialle un symbole des zones humides à défendre»

Mais le collectif Nouvialle n’a «désormais plus envie d’attendre» explique Manon, co-porte-parole. Après une marche délocalisée à Aurillac, la préfecture, en février dernier, il a rassemblé les signatures de dizaines de scientifiques et experts dans une tribune nationale à l’occasion de la journée mondiale des zones humides.

L’enjeu selon Manon, est de «faire de Nouvialle un symbole des zones humides à défendre». Et loin de négocier la taille du trou dans le sol, le collectif veut amener le débat sur les usages de la diatomite. Les gisements existants pourraient, selon eux, couvrir pendant des décennies l’approvisionnement pour la filtration du plasma sanguin (5 % de la production), à condition d’abandonner les autres usages commerciaux de cette terre de diatomée: litière pour chat, tapis de bain ultra absorbants, filtration de la bière…

. Dans la nuit, la cloche retentit à chaque nouvelle adhésion au collectif : la barre des 4 000 adhérents vient d’être franchie, un des objectifs de ce weekend, à la grande joie de la mascotte courlis cendré. © Regard Brut / Reporterre (Voir photo sur site ci-dessous)

La multinationale Imerys, elle, maintient le flou sur ses intentions. En début d’année, elle a racheté son principal concurrent, Chemviron et avec, l’usine de Riom-ès-Montagnes, à quinze kilomètre du site de traitement de diatomite déjà existante à Murat. Imerys va-t-elle conserver deux sites industriels à si peu de distance l’un de l’autre?

«Il n’y a pas d’un côté les petits oiseaux et de l’autre les salariés»

L’avenir de la cinquantaine de salariés de cette entreprise très liée à l’histoire locale est incertain. Un vrai enjeu, pour Anthony, autre porte-parole du collectif Nouvialle: «Il n’y a pas d’un côté les petits oiseaux et de l’autre les salariés. On sait que la poussière de diatomite a aussi des conséquences pour leur santé. On se bat pour la même chose.»

Pour en convaincre les travailleurs d’Imerys, le collectif présentera d’ici peu un projet économique alternatif pour Nouvialle. Une manière de garantir un avenir à celles et ceux, vivants et non vivants qui vivent sur la narse et au-delà.

. Notre reportage en images (A voir sur site ci-dessous)

Photo: L'entrée du site de la mobilisation, en bordure de la narse, dans le Cantal. Drapeaux et slogans fleurissent dans des bottes de foins. - © Regard Brut / Reporterre

Pour voir l'article dans son intégralité avec toutes les illustrations: https://reporterre.net/Ne-faites-pas-du-Cantal-un-gruyere-les-defenseurs-d-une-zone-humide-se-mobilisent

Par Elsa Souchay et Regard Brut (photographies)

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