Dans un contexte d’austérité, un rapport sénatorial recommande la fusion de certains établissements publics, dont les parcs nationaux. Les agents craignent que cela fragilise la sauvegarde de l’environnement.
Dette oblige, le gouvernement en sursis de François Bayrou est à la recherche de 44 milliards d’euros d’économie pour l’année à venir et imposer son régime d’austérité. Parmi les mesures préconisées figure la suppression ou la fusion de 30 % des opérateurs publics de l’État, dont font partie les onze parcs nationaux français.
Un rapport sénatorial publié le 1er juillet suggère ainsi, entre autres, de rassembler ces derniers et de les intégrer à l’Office français de la biodiversité (OFB), pour des raisons de lisibilité administrative. Or les personnels et acteurs des parcs craignent que ce projet ne mette en péril le bon exercice de leur mission. Et que dans ce contexte d’austérité, ce soit au bouquetin et à la salamandre, dont ils assurent la sauvegarde, de payer.
Des Alpes à l’Amazonie, les parcs nationaux couvrent 8 % des territoires de métropole et d’outre-mer, dans lesquels s’épanouissent ou survivent des centaines d’espèces menacées ou en voie de disparition. Le premier d’entre eux, celui de la Vanoise, a été créé en 1963 avec la délicate mission d’orchestrer protection de l’environnement et attractivité économique. Soixante ans plus tard, lui et les autres accueillent plus de 10 millions de visiteurs par an et jouissent chacun d’une forte autonomie.
Celle-ci a été accentuée en 2006 par la loi Giran, qui réaffirme une gouvernance des parcs partagée entre la direction et un conseil d’administration (CA) composé de représentants de l’État et d’acteurs et d’élus locaux. Un conseil scientifique (CS), chargé d’émettre des avis et recommandations, guide par ailleurs les décisions des deux premiers organes.
- Des missions fragilisées
C’est ainsi qu’en concertation tripartite, une interdiction du mouillage des bateaux dans certaines anses du parc de Port-Cros (Provence-Alpes-Côte d’Azur), à cause d’une surfréquentation touristique, a permis de préserver certains talus marins sur lesquels prospère la posidonie, une plante aquatique ultraprotégée. Il en va de même dans les calanques, où le parc et la ville de Marseille ont convenu d’instaurer des quotas dans plusieurs criques.
«Aujourd’hui, de tels arrêtés peuvent être pris assez rapidement et en concertation avec les acteurs locaux. Si la réforme passait, les directions et le comité de gestion local ne pourraient qu’émettre un avis et seul l’OFB serait à même de saisir les autorités préfectorales pour trancher. Cela pourrait prendre des mois, voire des années», soupire Gilles Martin, président d’honneur du conseil scientifique du parc de Port-Cros, signataire d’une tribune publiée le 26 août par un collectif de juristes et de scientifiques dans les colonnes du Monde. Ce texte condamne un projet qui «[mettrait] à bas ce qui a été construit pendant plus de six décennies [...] au nom d’économies et de simplifications administratives fantasmées».
La fusion des parcs proposée par le rapport sénatorial affaiblirait ainsi un fonctionnement dont la qualité n’est, aux yeux de ses principaux gestionnaires, plus à prouver. «Changer le modèle actuel, c’est porter atteinte à l’efficacité de la protection de la nature», soutient Rozenn Hars, présidente du CA de la Vanoise et porte-parole de l’ensemble des CA des autres parcs.
Ses craintes sont partagées par John Thompson, chercheur en écologie et président du conseil scientifique du parc national du Mercantour. Celui-ci redoute un appauvrissement de la connaissance des espèces dont les parcs sont le sanctuaire. «Sans un pilotage local, nous aurions plus de mal à suivre leur évolution et leurs stratégies d’adaptation dans un contexte de changement climatique», appuie-t-il.
«Nous sommes moins nombreux à devoir assumer davantage de missions»
Bénévole l’un comme l’autre, il ne s’agit pas pour eux de s’accrocher à un poste dont les rémunérations seraient somptuaires. Pour le syndicat national de l’environnement (affilié à la Fédération syndicale unitaire, FSU), majoritaire, la priorité n’est d’ailleurs pas de refondre le système actuel, mais plutôt de prêter attention à la qualité de travail de ses agents. «Nous constatons déjà une diminution de 20 % des postes sur douze ans: nous sommes moins nombreux à devoir assumer davantage de missions», affirme ainsi la représentante Sandrine Descaves.
Certains voient même dans ce projet un retour en arrière par rapport aux efforts de décentralisation entrepris au début des années 1980, que la loi Giran vient renforcer spécifiquement du côté des parcs. «Remonter d’un échelon en créant une entité unique reviendrait à rationnaliser les prérogatives de onze établissements aux réalités économiques, sociales et naturelles trop diverses, et détruirait le lien patiemment tissé avec les acteurs des territoires», soutient Lionel Laslaz, enseignant à l’université de Savoie Mont Blanc et spécialiste des espaces naturels.
Au Sénat, d’où vient ce rapport qui fait tant réagir, l’élu de gauche Michaël Weber (groupe Socialiste, Écologiste et Républicain) fustige «une commande purement économique, susceptible de participer à un rejet supplémentaire, voire d’aboutir à un reflux accéléré de la transition écologique». Un risque de retour de bâton, au pire moment.
Photo: Une garde du parc national des Pyrénées devant le lac du pic Arrouy, en 2022. - © Lilian Cazabet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Par Étienne de Metz
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Posté par : akarENVIRONNEMENT
Ecrit par : Par Étienne de Metz - 2 septembre 2025
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