«On peut faire la fête autrement»… Les lâchers de ballons vont-ils être définitivement interdits?
CLOUÉS AU SOL • Depuis vingt ans, l’association Robin des Bois se mobilise pour alerter les préfets, associations et organisateurs sur les risques que font peser les lâchers de ballons sur l’environnement
- L'essentiel
. L’association Robin des Bois se mobilise depuis vingt ans contre les lâchers de ballons, une source de pollution inutile et évitable.
. En France, quatorze départements ont déjà interdit cette pratique, qui a bien diminué avec l’évolution des mentalités.
. «On n’est pas là pour emmerder les gens comme certains le pensent et pour interdire toute fête. Mais on peut le faire autrement et sans polluer», indique Charlotte Nithart, présidente de l’association.
La tradition a longtemps été immuable. A chaque événement caritatif, mariage, kermesse ou fête de village, on avait souvent le droit au fameux lâcher de ballons pour clore dans la joie et la bonne humeur les festivités. Quoi de plus chou en effet que de voir le visage d’un enfant s’émerveiller en voyant son ballon s’élever dans le ciel avant de disparaître? Symbole d’espoir, le lâcher de ballons peut aussi venir saluer la mémoire de personnes disparues. Comme le 5 novembre 2017, quand 150 personnes avaient lâché des ballons blancs pour rendre hommage à la petite Maëlys, qui aurait fêté ce jour-là son neuvième anniversaire. Ou une semaine plus tard pour commémorer les deux ans des attentats du 13-Novembre 2015.
S’il continue aujourd’hui d’y avoir des lâchers pour la bonne cause aux quatre coins de la France, force est de constater qu’ils sont beaucoup moins fréquents. «Un succès», selon l’association Robin des Bois, qui se bat depuis vingt ans contre cette pratique et ses risques pour l’environnement. «Certains ont peut-être du mal à l’entendre, mais ce n’est rien d’autre que de l’abandon de déchets», souligne sa présidente, Charlotte Nithart. Car une fois dans le ciel, le ballon de baudruche va bien retomber un jour ou l’autre sur terre, dans la mer, ou exploser en de multiples fragments de latex. Autant de déchets qui vont venir polluer les milieux naturels et empoisonner la faune.
- Des ballons 100 % biodégradables selon les fabricants
Dans une tribune publiée début février, plusieurs associations de protection du monde marin alertent ainsi sur «les milliers d’animaux tués par ces déchets» chaque année. «Les millions de fragments de ballons sont ingérés par les poissons, cachalots, dauphins, tortues et oiseaux marins, provoquant intoxications, occlusions intestinales ou enchevêtrements dans les liens», peut-on lire.
Du côté des fabricants, on assure que la filière a pris un virage écologique et que les ballons sont désormais fabriqués en latex naturel et donc 100 % biodégradables. «Cette mention n’a déjà aucun caractère normatif ou réglementaire et est souvent mensongère», rétorque Charlotte Nithart, évoquant la présence dans ces ballons de substances cancérigènes. «L’Ademe rappelle par ailleurs que l’appellation biodégradable ne peut en aucun cas être prétexte à l’abandon d’un produit dans la nature», poursuit l’association MerTerre dans sa tribune.
- Les lâchers déjà interdits dans certains départements
Pour mettre fin aux lâchers de ballons, les membres de Robin des Bois ont donc pris leur bâton de pèlerin dès 2004 pour alerter les préfets, les maires, les associations et tous les organisateurs. «On savait que le combat allait être long et difficile car on touche au côté festif, indique Charlotte Nithart. On n’est pas là pour emmerder les gens comme certains le pensent et pour interdire toute fête. Mais on peut le faire autrement et sans polluer.»
A force de persévérance, leur combat a fini par payer. Un premier arrêté a été signé en 2014 par la préfecture d’Ille-et-Vilaine pour «interdire les lâchers de lanternes volantes et de ballons dans les communes classées Natura 2000, dans les communes littorales et les communes particulièrement exposées aux feux de forêts.»
D’autres préfectures ont été plus loin comme celle des Bouches-du-Rhône, qui a interdit en 2017 «de manière permanente les lâchers de ballons à usage récréatif, commémoratif ou de loisir», avant d’être imitée le mois dernier par celles de la Corrèze, de la Creuse et de l’Essonne. «Les lâchers de ballons sont désormais interdits dans quatorze départements, ça progresse doucement», assure la présidente de Robin des Bois, qui espère que la pratique sera un jour interdite sur l’ensemble du territoire.
- «Il faut choisir ses combats»
Il en avait d’ailleurs été question en 2019 au Sénat, avec une proposition en ce sens présentée par dix-huit sénateurs. Mais l’amendement avait finalement été rejeté. Secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, Brune Poirson avait alors déclaré: «J’ai moi-même une petite fille de 4 ans et j’essaie de limiter l’utilisation des ballons de baudruche. Cela étant, si nous voulons sensibiliser les Français à l’importance de l’écologie, il faut choisir ses combats, sans vouloir tout interdire systématiquement. Les lâchers de ballons ont une dimension festive. En étant jusqu’au-boutistes, on risque de diviser nos concitoyens.»
Une réponse «complètement à côté de la plaque», selon Charlotte Nithart. «Cela prouve qu’il reste encore du travail même si les mentalités évoluent et que les gens comprennent mieux l’enjeu des déchets dans la nature.»
- Des alternatives comme les arches de ballons
Un ancien gérant d’une société d’événementiel peut en témoigner. Depuis dix ans, il a complètement arrêté son activité de lâcher de ballons. «Car il n’y avait tout simplement plus de demandes», lâche-t-il, un peu amer. «Je ne pense pas que la pollution vienne seulement des lâchers de ballons», ironise-t-il, ajoutant que «c’est toujours facile de taper sur les petits.»
A l’AFM, qui organise chaque année le Téléthon, les lâchers de ballons semblent également passés de mode. Dans une note adressée à toutes ses antennes locales, l’association recommande d’ailleurs de ne plus en organiser «pour des raisons de législation et de protection de l’environnement.» Elle préconise à la place de réaliser des arches ou des guirlandes de ballons, qui sont «plus pérennes, moins contraignantes administrativement voire plus économique.» «Il y a plein d’alternatives mais tant que les ballons restent au sol, cela nous va», conclut la présidente de Robin des Bois.
Photo: Le chiffre est difficilement vérifiable mais selon plusieurs associations, plus d'un million de ballons sont lâchés chaque année dans les airs en France. - A. Meunier /SIPA
Jérôme Gicquel
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Posté par : akarENVIRONNEMENT
Ecrit par : Jérôme Gicquel - Publié le 06/04/2025
Source : 20minutes.fr