«La santé avant le profit!» Alors que le sénateur Laurent Duplomb tente à nouveau d’autoriser des pesticides interdits, des malades, agriculteurs, élus, militants écologistes... se sont réunis devant l’Assemblée pour faire entendre leurs voix.
Paris, reportage
«Que les alliés du cancer le sachent: les malades vous regardent.» Fleur Breteau, la fondatrice de Cancer Colère, a fait entendre sa voix sur l’esplanade des Invalides le mercredi 11 février. À l’appel de 80 associations écologistes, de syndicats et de scientifiques, près de 400 personnes étaient réunies près de l’Assemblée nationale pour s’opposer à la “loi Duplomb 2”. L’élu agriculteur de la Haute-Loire tente, à nouveau, de réintroduire pour certaines cultures l’acétamipride et le flupyradifurone, deux insecticides néonicotinoïdes interdits en France.
Au même moment, les députés débattaient de la pétition contre la première mouture de cette loi, qui a reçu plus de 2,1 millions de signatures.
. Les militants avaient installé un « pesti-bar », « à la santé de Monsieur Duplomb ». © Mathieu Génon / Reporterre (Voir photo sur site ci-dessous)
- La «violence chimique» d’un «système empoisonneur»
«Nous avons une question: Monsieur Laurent Duplomb, Madame Annie Genevard [la ministre de l’Agriculture], pour qui travaillez-vous?», a interpellé Fleur Breteau, qui les exhorte à répondre pour justifier les «intentions qui [les] poussent à imposer des lois qui piétinent la santé publique au bénéfice d’industriels de l’agriculture et de la chimie». Elle s’est élevée contre la «violence chimique» contre laquelle les victimes des pesticides se battent avec un «furieux désir de vivre».
«Remettre en cause le travail des chercheurs, des scientifiques, des médecins qui ne cessent d’alerter est totalement ignoble, indigne de la part de nos dirigeants», a assuré Laure Marivain. L’ancienne fleuriste portait une pancarte avec le prénom de sa fille, Emmy, «réduite au silence» à l’âge de 11 ans. Elle est morte après avoir lutté pendant plusieurs années contre une leucémie. La maladie a été officiellement reconnue comme étant liée à son exposition prénatale aux pesticides.
. Fleur Breteau s’est élevée contre la « violence chimique » contre laquelle les victimes des pesticides se battent avec un « furieux désir de vivre ». © Mathieu Génon / Reporterre
«Les enfants sont exposés à des poisons qui s’accumulent dans leurs corps et constituent de véritables bombes», regrette-t-elle. Face à la loi proposée par le sénateur, «qui persiste à nous maintenir dans un système empoisonneur, on ne lâchera pas, on ne se taira pas, honte à Monsieur Duplomb», clame Laure Marivain.
- «Mesdames et Messieurs les élus, entendez nos voix»
C’était ensuite au tour de Muriel Bachelet de prendre le micro avec son t-shirt du collectif Cancer Colère. «J’habite depuis toujours dans une petite ville viticole où je voyais les vignerons passer avec leur tracteur pour pulvériser les vignes», a-t-elle commencé. L’Alsacienne a été diagnostiquée d’un cancer du sein à 47 ans, à peine deux semaines après l’adoption de la loi Duplomb en juillet 2025. «En me réveillant de ma mammectomie, j’étais en colère contre les politiques qui ne nous protègent pas», s’est souvenu Muriel.
Depuis, sa colère n’est pas retombée. «Je n’aurais pas dû avoir de cancer», affirme-t-elle, sous des pancartes Stop cancers évitables et Nous ne sommes pas vos cobayes. Elle tenait à être présente à ce rassemblement, malgré la séance de chimio qui l’attend le lendemain à Strasbourg, pour faire passer un message, espérant que sa voix «porte jusqu’à l’hémicycle»: «Mesdames et Messieurs les élus, entendez nos voix, ne vous laissez pas influencer et acheter par les industriels de l’agriculture!»
. François Ruffin, député de la Somme, était présent au rassemblement. 1 / 8 (Voir photos sur site ci-dessous)
- Les manifestants appellent à «tirer les leçons» du passé
Cela fait bien longtemps que Bernard Morel ne se reconnaît plus dans ce modèle d’agriculture «chimique». Il l’a pourtant pratiquée pendant vingt-cinq ans, avant de convertir son exploitation au bio en 1998. «Trop tard…», soupire le paysan retraité. En 2020, il a découvert qu’il était atteint d’une leucémie liée à l’exposition aux pesticides qu’il pulvérisait. Il fait désormais partie du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest. «Dans ma petite commune essentiellement agricole du sud d’Ille-et-Vilaine, j’ai enterré plein de collègues paysans atteints de cancers», relate le septuagénaire.
. Bernard Morel a découvert en 2020 qu’il était atteint d’une leucémie liée à l’exposition aux pesticides qu’il pulvérisait. © Mathieu Génon / Reporterre (Voir photo sur site ci-dessous)
C’est de ces centaines de victimes des pesticides, en France métropolitaine, mais aussi en Guadeloupe et en Martinique à cause du chlordécone, ainsi qu’au Vietnam aspergé d’agent orange, que les manifestants appellent à «tirer les leçons». «L’histoire nous a appris dans la douleur ce que signifie laisser des poisons chimiques entrer dans nos sols, dans nos corps et dans nos vies», a souligné Kim Vo Dinh, du collectif Vietnam Dioxine.
. «L’histoire nous a appris dans la douleur ce que signifie laisser des poisons chimiques entrer dans nos sols, dans nos corps et dans nos vies », a souligné Kim Vo Dinh (à g.). © Mathieu Génon / Reporterre (Voir photo sur site ci-dessous)
«Déni, mensonge, intérêts économiques placés au-dessus des intérêts des populations… On retrouve les mêmes mécanismes se reproduire aujourd’hui», a poursuivi un représentant du collectif des ouvriers agricoles des Antilles empoisonnés par les pesticides (Coaadep).
Les victimes des pesticides appellent les élus et le gouvernement à «protéger la santé de toutes et tous», et le reste de la population à rejoindre le mouvement, notamment en signant une nouvelle pétition sur le site de l’Assemblée nationale, qui a déjà recueilli plus de 137.000 signatures. Les Soulèvements de la Terre annoncent de leur côté qu’ils mèneront de nouvelles actions contre des sites de production de pesticides: «Ils veulent nous empoisonner, nous les désarmerons.»
Photo: Le 11 février 2026, un rassemblement contre la loi Duplomb a eu lieu près de l'Assemblée nationale. - © Mathieu Génon / Reporterre
Pour voir l'article dans son intégralité avec toutes les illustrations: https://reporterre.net/En-me-reveillant-de-ma-mammectomie-j-etais-en-colere-les-malades-des-pesticides-contre
Par Léa Guedj et Mathieu Génon (photographies)
On ne va pas vous le cacher: à Reporterre, on est inquiets.
Ici comme ailleurs, les tensions montent, les démocraties s’essoufflent, le débat public se polarise. Tout semble instable.
Le vent peut tourner très vite. Et quand l’extrême droite arrive au pouvoir, les médias indépendants en sortent rarement indemnes.
Mais au milieu de la tempête, Reporterre garde le cap.
Nous refusons de céder au sensationnalisme, à la panique et aux raccourcis.
Chaque jour, nous enquêtons, nous expliquons, nous documentons avec une ligne claire : informer plutôt qu’enflammer les esprits.
Chez Reporterre, il n’y a ni actionnaire, ni propriétaire milliardaire: le média est à but non lucratif. Nous sommes financés à 98% par 1,6% de nos lectrices et lecteurs.
Concrètement, ça veut dire que:
. Personne ne modifie ce que nous publions.
. Nous ne cherchons pas à capter votre attention mais à traiter les sujets qui méritent votre attention.
. Nous pouvons laisser tous nos articles en accès libre pour toutes et tous, sans conditions de ressources.
Il n’y a pas d’action collective sans information libre.
Et c’est grâce à vous qu’elle peut exister.
👉 Un don d’1€, c’est déjà un geste fort.
👉 Un soutien mensuel nous permet d’investir, de financer des enquêtes, de penser dans la durée.
En échange de votre don, pas de t-shirt, pas d’articles réservés.
Mais un journalisme libre, rigoureux et accessible à tous, toujours.
Ça vous prendra moins de 2 minutes.
Merci 💚
Je soutiens Reporterre
Si vous en avez les moyens, choisissez un soutien mensuel. Merci.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : akarENVIRONNEMENT
Ecrit par : Par Léa Guedj et Mathieu Génon (photographies) - 11 février 2026
Source : https://reporterre.net/