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Planète (Amérique du Sud) - Le pétrole du Venezuela, le véritable objectif de Donald Trump



Planète (Amérique du Sud) - Le pétrole du Venezuela, le véritable objectif de Donald Trump
Sous couvert de lutte contre le narcoterrorisme, l’arrestation de Nicolás Maduro par les États-Unis révèle une autre ambition: reprendre la main sur leurs vastes réserves pétrolières. Le Venezuela reste un acteur clé des rivalités énergétiques mondiales.

San Antonio (États-Unis), correspondance

Sa convoitise pour les plus vastes réserves d’or noir de la planète était à peine voilée. En justifiant l’enlèvement de son homologue Nicolás Maduro — arrêté par les États-Unis dans la nuit du 2 au 3 janvier —, Donald Trump est revenu, avec une insistance révélatrice, sur les gisements pétroliers du Venezuela, pendant sa conférence de presse du 3 janvier.

La «guerre contre la drogue», invoquée depuis des mois par Washington, a soudainement reculé au second plan, après avoir servi de cheval de Troie au renforcement militaire au large des côtes vénézuéliennes et à des frappes contre des navires. Le président du Venezuela doit comparaître le 5 janvier devant un juge fédéral à New York, poursuivi pour «narcoterrorisme» et importation de cocaïne aux États-Unis.

- Le Venezuela, un géant pétrolier devenu marginal

Avec près de 18 % des ressources pétrolières de la planète, soit plus de 300 milliards de barils enfouis dans son sous-sol, le Venezuela détient les plus importantes réserves au monde, devant l’Arabie saoudite et l’Iran. Pourtant, après avoir produit entre 2 et 3 millions de barils par jour au début des années 2010, le pays ne représente plus aujourd’hui qu’un peu moins de 1 % de l’offre mondiale, avec une production d’environ 900.000 barils par jour. Membre fondateur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), le Venezuela n’est plus que l’ombre de la puissance pétrolière qu’il fut, miné par la corruption, les sanctions internationales et des années de gouvernance défaillante.

Autrefois pauvre et largement agraire, ce pays d’Amérique latine de 28 millions d’habitants s’est profondément transformé au XXᵉ siècle sous l’effet du pétrole, avec l’appui décisif de groupes nord-américains, au point de devenir le deuxième producteur mondial dans les années 1930. Avant de décliner avec la nationalisation de l’industrie par le Venezuela dans les années 1970, puis sa reprise en main par Hugo Chávez dans les années 2000, avec l’expropriation des principales entreprises pétrolières américaines.

. Le pétrolier « Minerva Astra » à Maracaibo, au Venezuela, le 17 décembre 2002. © Andrew Alvarez / AFP (Voir photo sur site ci-dessous)

En affirmant être désormais «aux commandes» du Venezuela dans la nuit du 4 au 5 janvier, Washington plaide pour un retour en force des compagnies pétrolières étasuniennes — présentées par Donald Trump comme «les plus importantes au monde» — afin d’exploiter à nouveau les réserves de brut et de «commencer à générer des revenus». Une perspective paradoxale, alors même que l’embargo imposé en 2019 sur le pétrole vénézuélien reste en vigueur, maintenant de facto le secteur dans l’impasse, dans le but d’affaiblir économiquement le pays et de provoquer la chute de Nicolás Maduro.

Économiste de l’énergie à l’université de Houston (Texas), Edward Hirs souligne auprès de Reporterre que la remise en état de l’appareil pétrolier vénézuélien nécessiterait toutefois «des années et des milliards de dollars» d’investissements.

Les gisements souffrent en effet d’«années de forage insuffisant, d’infrastructures délabrées, de coupures d’électricité répétées et de vols de matériel», selon une étude récente du cabinet Energy Aspects, citée par le New York Times.

- Une relance d’ampleur incertaine

À ces difficultés structurelles s’ajoute un contexte économique peu favorable. Les majors étasuniennes sont aujourd’hui «prises en étau» entre la hausse des coûts de forage et une surabondance mondiale de pétrole, observe Edward Hirs, qui note que le prix du baril aux États-Unis est «passé de 80 dollars à 58 dollars [environ 68 à 49 euros] depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump», il y a un an.

Le locataire de la Maison Blanche, peu avare en formules excessives et en superlatifs, est allé jusqu’à affirmer que l’industrie pétrolière vénézuélienne avait commis «l’un des plus grands vols de biens américains de l’histoire de notre pays», bien qu’aucun droit de propriété sur les réserves n’ait jamais existé.

Toute potentielle relance d’ampleur se heurte à un passif financier considérable: Caracas doit plusieurs milliards de dollars aux géants ExxonMobil, ConocoPhillips et Chevron au titre de coûts de coentreprises impayés, des créances que les groupes exigeraient de voir honorées avant tout nouvel investissement significatif. Seule Chevron demeure aujourd’hui active dans le pays, tandis que les autres mastodontes étasuniens «attendront probablement plusieurs années avant d’engager des capitaux» pour voir comment le Venezuela agit, souligne Edward Hirs.

Au-delà des discours sur une relance industrielle, le pétrole vénézuélien constitue avant tout «un levier géopolitique» pour Washington, explique Robert Rapier, ingénieur chimiste dans le secteur de l’énergie basé en Arizona, auprès de Reporterre. Il permettrait, à terme, aux États-Unis «d’influencer les anticipations futures sur l’offre et les prix», le Venezuela représentant «une réserve potentielle de long terme», qui pourrait devenir «stratégique».

Photo: Caricature de Donald Trump buvant dans un baril de pétrole vénézuélien, réalisée par le dessinateur portugais Vasco Gargalo, devant l'ambassade des États-Unis à Madrid, le 4 janvier 2026. - © Thomax Coex / AFP

Par Théo Quintard

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