Algérie

Passage à vide ou recul ?


Le verbe et l?attitude de Bouteflika, à l?ouverture de l?année judiciaire, n?étaient pas ceux d?un homme débordant d?enthousiasme sur la « réconciliation nationale ». On n?a pas revu l?homme de la campagne électorale du mois de septembre dernier, acharné sur un projet qu?il présentait comme « historique », voire « civilisationnel ». Cette fois-ci, il est vite passé sur le thème, se contentant simplement de dire que la mise en ?uvre allait relever du ministère de la Justice, sans aucune orientation aux magistrats ni sur le contenu ni sur la portée des futurs textes d?application. Si textes il y aura. On devine de l?intervention du président de la République que le travail d?élaboration des lois n?a pas encore commencé. Or, tout le monde pensait que la batterie de projets de lois ou d?ordonnances a été conçue avant même le référendum et que c?était à la session d?automne de l?APN de les examiner et de les adopter, tant ce dossier devait constituer « la priorité des priorités du pays ». Il s?avère que les députes n?ont, à ce jour, rien vu venir du côté de l?Exécutif. Qu?est-ce qui explique ce passage à vide ou ce recul ? Des ministres, des responsables de parti, des experts, etc. étaient persuadés qu?au lendemain même du référendum du 29 septembre, les maquis allaient quasiment se vider de leurs terroristes. Mais, semaine après semaine, les redditions se sont avérées rares, presque nulles. Les attentats, par contre, n?ont pas perdu de leur intensité, notamment durant le Ramadhan. Hattab, l?ex- numéro un du GSPC, a conditionné son repentir à d?incroyables exigences politiques, et le dossier de Anouar Haddam a revêtu des allures rocambolesques : invité par Belkhadem, il a annoncé son retour en grande pompe, déclenché une levée de boucliers au sein de la société civile, avant d?être déclaré, officiellement, « persona non grata » en Algérie. Les autres chefs islamistes en exil, eux, sont restés sur leurs positions d?avant le 29 septembre. Bouteflika s?est-il rendu compte qu?il était incongru de se lancer dans le « grand pardon » aux terroristes, au moment où le monde entier leur fait la chasse et que l?Algérie, qui a pris de multiples engagements internationaux, y compris sur le droit, ne peut les renier aujourd?hui ? Possible, à moins que ce soient les résistances au sein du pouvoir à la « réconciliation » qui se sont accrues après le référendum, rendant impossible, voire difficile, la mise en ?uvre de la charte. Ce qui est sûr au moins, c?est que deux mois à peine après une campagne à la limite de l?hystérie, ce texte est tombé dans une sorte d?oubli, preuve que « l?adhésion populaire », présentée comme spontanée et totale, n?était en réalité que factice. Les Algériens ont des préoccupations autres, en premier la précarité sociale, le grand banditisme et la corruption.
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