Algérie

Louisa 74e partie

Louisa 74e partie
RESUME : Arrêtée et jetée en prison, Louisa subit les pires humiliations. Elle est blessée dans sa chair et dans son amour-propre. Au troisième jour de son arrestation, on vint lui annoncer qu'elle était libre. Quelqu'un d'en haut était intervenu pour elle. François, le capitaine, était hors de lui à cette perspective. Louisa comprit qu'Eric venait de la sauver.
Je ferme les yeux un moment, et deux longues larmes écorchèrent mes yeux... Pourquoi cette guerre... ' Pourquoi cette haine... ' Ne pouvions-nous pas vivre dans l'amour et la dignité, sans avoir cette peur tenace au ventre ' Sans avoir à affronter, chaque jour que Dieu fait, les humeurs malsaines des colons '
- Alors Louisa... Tu ne veux pas partir ou quoi '
J'ouvre les yeux et remarque que François me regardait en souriant :
- Je n'arrive vraiment pas à te comprendre toi... On t'arrête... On t'enferme et te voila tout à coup libre comme le vent. Qu'attends-tu donc pour redescendre le sentier et rentrer chez-toi ' Tu as peur qu'on te tire dessus ' Hein, c'est ça... ' Eh bien non (il se frotte les mains). Et ce n'est pas l'envie qui me manque. Crois-moi. Mais il se trouve que là-bas, à Paris, on intervient pour te libérer, et on nous met en garde contre tout ce qui pourrait t'arriver de facheux. (Il donne un coup de pied rageur dans un arbre) Malin ça non... '
Je remercie Dieu du fond de mon c'ur avant d'entamer la descente du sentier. Je pense aussi à Eric... Grâce à lui j'étais non seulement libre, mais à l'abri de tout danger pouvant venir du quartier général. Bien que je n'étais pas sûre que le capitaine et son commandant allaient respecter cet engagement.
Mais la providence m'était venue en aide...Je rentre alors chez-moi l'esprit calme et le c'ur serein... Mes souffrances finiront par s'atténuer ne cessais-je de me répéter pour me donner du courage. Un courage qui m'aidera à affronter la vie avec toutes les blessures qui feront désormais, et à jamais, partie de mon existence.
Quatre années passent. Belaïd avait maintenant dix-sept ans, Idir seize ans, et le petit Lounes douze ans. Ce dernier excellait dans ses études... Il aimait l'école, les livres, les cahiers. Il passait beaucoup de temps devant l'âtre à lire le soir. Il adorait la lecture et je l'encourageais.
On était en janvier 1962.
Les prémices de l'indépendance étaient déjà dans l'air... D'aucuns parlaient d'un éventuel arrêt des combats. Les multiples négociations au niveau universel commençaient à donner des résultats... Je savais que, dans le monde, des gens 'uvraient pour la paix et la stabilité des peuples... Je ne suis pas instruite pour comprendre de quoi il s'agissait. Je ne connaissais absolument rien aux jeux de la politique et aux débats qui en dérivaient ! Mais je suivais tout de même toutes les conversations se rapportant au pays et à tout ce qui le concernait.
Comment ne pas rêver devant les promesses des grands ' Nous serions libres, indépendants, et notre pays recouvrera sa dignité et sa souveraineté. Notre pays... l'Algérie. Un nom qui me fait toujours monter les larmes aux yeux. Aurions-nous le paradis sur terre ailleurs que chez- soi ' L'Algérie vivra... L'Algérie triomphera de tous ses ennemis... Et toutes les conspirations à son encontre et à l'encontre de son peuple ne seront que chimères. Je rêvais d'une indépendance qui nous permettra de vivre comme le reste du monde. C'est à dire en paix. Je rêvais de courir dans les prés verdoyants et dans les champs de blé en toute liberté, et sans craindre le moindre danger. Nous étions tous traumatisés dans ce village, où les descentes militaires sont légions, et le son des balles, notre pain quotidien... Dieu... Dieu, toi le Puissant, toi le Miséricordieux, permets-moi de vivre jusqu'au jour où je verrais le drapeau de mon pays flotter haut dans le ciel de la liberté... ne cessais-je de prier.
Mon v'u sera exaucé. Quelques mois plus tard, notre pays était libre et indépendant.
Le miracle s'est produit... On avait réussi là où le reste du monde pouvait échouer. Nous étions libres, autonomes, et nos ennemis pouvaient plier bagage et rentrer chez eux la tête basse. Nous sommes un peuple fier et attaché à ses origines. Rien ne pouvait changer notre destinée.
Le pays était enfin à ses enfants ! Tahya El-Djazaïr !
La joie était partout... Le bonheur régnait sur toutes les familles, bien que beaucoup d'entre elles, pleuraient encore leurs enfants perdus. Mais le sacrifice en valait la peine... Le sang versé par les meilleurs enfants d'Algérie avait porté ses fruits. La tristesse et le chagrin s'effacèrent vite devant la victoire de l'indépendance.
Mes neveux Belaïd et Idir n'hésitèrent pas à suivre d'autres jeunes de leur génération pour se rendre en ville et participer aux festivités. Par contre, les femmes et les hommes qui restèrent au village fêtèrent l'évènement d'une manière plus simple mais plus significative. Les frères quittèrent les refuges de fortune où ils s'étaient confinés pour la plupart depuis le cessez-le-feu et se joignirent à nous pour ce grand évènement. Nous donnons libre court à nos émotions en préparant un tas de bonnes choses à manger, avant d'aller danser sous des oliviers centenaires.
Après plusieurs jours de liesse, chacun réintègra son chez-soi. Nous étions alors tous prêts à construire une nation forte et inébranlable. Je proposais à mes neveux de s'inscrire dans des écoles en ville pour poursuivre leurs études mais les deux aînés refusèrent. Lounes, par contre, battit des mains :
- Moi je m'inscrirais... Je vais bientôt obtenir mon certificat d'études primaires mais je ne m'arrêterais pas là... Je veux faire des études, moi !
Je ne pouvais faire autrement.
(À suivre)
Y. H.
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