Algérie

Les raisons d'une bipolarité



Les observateurs et notamment l'ensemble de la presse nationale, dansleurs différents commentaires cette semaine, semblent être surpris par ladivergence affichée entre le président de la République et son ministre del'Energie sur l'opportunité de répondre favorablement à la proposition duleader iranien Ali Khamenei pour créer un cartel des pays exportateurs de gazafin de défendre leurs intérêts d'abord économiques et pourquoi pas politiques.Cette bipolarité dans la prise de position au niveau des hautsresponsables dans le gouvernement n'est pas la première du genre et ne seracertainement pas la dernière et montre ouvertement le manque de cohésion dansl'équipe gouvernementale pour converger vers le but que défini la Présidence.Mais une telle attitude ne devrait pas étonner pour la simple raison que ladéviation de la démarche dans la conduite des affaires du pays font que cesdeux responsables évoluent dans deux dimensions différentes : la première étantévidemment politique mais la seconde baigne dans un espacerationalo-technocratique.Il faut cependant reconnaître que le Président de la République n'ajamais été aussi clair et précis que dans le dossier «Energie». Il estprimordialement et fondamentalement cohérent dans tous ses discours liés à cesujet. IL s'agira pour lui de réhabiliter Sonatrach pour représenter l'Etat entant que puissance publique pour promouvoir les activités pétrolières etgazières et ceci dans le but de valoriser les richesses du sous-sol national.D'autre part, maximiser les revenus tout en permettant en toute transparenceaux investisseurs de tirer une rentabilité à la mesure du risque encouru. D'unemanière plus opérationnelle, assurer la supervision et le contrôle desopérations tout en évitant les obstacles administratifs. Et surtout acquérirl'expertise par un transfert de technologie et de savoir-faire pour valoriserle potentiel humain. Enfin contribuer au développement du tissu industrielnational. A l'analyse de ses discours, le Président de la République ne ratepas l'occasion pour baliser à travers des messages qu'il envoie aux différentspartenaires, les contours qui lui permettent de mener sa politique comme ill'entend et pour laquelle il a été mandaté. Ce qui est sûr, en dépit de tout cequi se dit ici et là, il est parmi les rares leaders africains que lesdirigeants occidentaux n'impressionnent pas. C'est d'ailleurs pour cela qu'onlui marque un respect d'égal à égal et les exemples ne manquent pas. En quoiconsistent ces messages liés au domaine énergétique?1- Un message clair à l'adresse des pays asiatiques et spécialement laChine, pays que la croissance lui monte à la tête pour tenter de reconvertirles marchés comme le nôtre en Bazard en contrepartie d'une satisfaction de leurboulimie énergétique. Il leur a demandé lors de sa visite de venir s'ils ledésirent en Algérie mais pas seulement pour investir dans les activités à fortecroissance mais aussi pour prendre le risque avec nous. Une telle attitude luia valu un respect en Europe.2- Aux stratèges outre-atlantiques dont le dessein est d'embraser leterritoire de l'Afrique du Nord derrière le dossier du Sahara Occidental de nepas se fatiguer pour rien car cette affaire même si elle entrave la concrétisationde l'unité maghrébine, ne peut en aucun cas constituer un casus belli entre cespays frères.Comment pourrait-il appliquer ces principes s'il ne dispose pas de moyenspour exercer une pression diplomatique afin de ramener ses partenaires et soitdisant «amis» à l'appuyer sur les questions stratégiques? Donc sa réponse aujournal Espagnol El Pais d'examiner la question de création de cette espèce delobbing politique, reste totalement en cohérence avec sa démarche stratégique.Cette position défend en outre parfaitement les intérêts de l'Algérie.D'ailleurs, rien qu'au stade de déclaration, elle n'a pas manqué de ramener sesfruits: -début de fléchissement de la position espagnole vis-à-vis du dossier duSahara Occidental nettement exprimée dans le discours du Roi d'Espagne.-de l'autre côté de la rive, le candidat Sarkozy qui propose carrémentune fusion GDF/Sonatrach, proposition qui donne la possibilité à notreentreprise de ne pas se limiter à la vente du gaz mais aussi participeractivement à sa commercialisation en Europe. Il faut à l'occasion remarquer quele débat autour de cette alliance en France confirme la bipolarité entre undiscours politique et celui technocratique. En effet au lendemain de ladéclaration du candidat Sarkozy de sa préférence pour une allianceGDF/Sonatrach au lieu de GDF/Suez, le PDG de GDF s'en démarque pour les raisonsselon lui d'ordre stratégique mais reçu 5 sur 5 en Algérie. En tant Managertechnocrate, Jean François Cirelli véhicule tout haut ce que tous les groupesEconomiques Européens manigancent tout bas: profiter de la croissance des paysdétenteurs des ressources naturelles indispensables au développement del'Economie européenne mais en aucun cas leur permettre d'abord de transférer unsavoir-faire technologique et puis surtout de ne pas leur montrer ce qui sepasse en aval car c'est le jardin secret des entreprises européennes. Donc, entermes plus simples, la France, la Belgique, l'Espagne et l'Italie et biend'autres pays de l'Europe veulent uniquement le gaz algérien et Russe avec des«faveurs d'amis» et tirent seuls les avantages de sa distribution à traversl'Europe entière. Ils assurent l'avenir de leurs générations futures et sedésintéressent royalement des nôtres. En plus de cela, ils maintiennent leurposition sur toutes les questions d'ordre stratégique qui intéressent les paysproducteurs... et quoi encore...Donc un groupement d'intérêt commun qui rassemble les pays producteurs degaz pour défendre leurs intérêts ne peut être que politiquement légitime ettout à fait en droite ligne avec les tendances mondiales actuelles. Et il nefaudrait surtout pas s'attendre à ce que les experts occidentaux l'approuvent.Maintenant une telle alliance est-elle techniquement possible et qu'en pensentles experts dans ce domaine?Il faut constater que l'intéressement de près du Ministre de l'Energie etdes mines au niveau opérationnel de son secteur, l'écarte voire même l'éloignede sa fonction stratégique pour la mise en oeuvre du programme du gouvernementet qui pourrait expliquer en partie cette bipolarité dans les prises deposition sur le dossier hydrocarbure: il est derrière toutes les sortiesmédiatiques de l'activité de Sonatrach marginalisant totalement le rôle du PDGde cette entreprise. Selon certaines indiscrétions, il justifie cela pas saposition de puissance publique or la plupart des cadres dirigeants y compris lePDG de ce groupe sont des commis de l'Etat nommés par décret. S'il s'agitd'afficher un excès de nationalisme, se ne serait que pure fantaisie.Connaissant parfaitement les rouages de l'OPEP et l'influence qu'à lesEtats-Unis sur son principal fondateur et producteur, s'appuyant sur nous nesavons quelle logique, notre ministre, pense qu'à partir du moment où les prixdu gaz sont indexés sur ceux du pétrole brut sur la base d'une équivalence dupouvoir calorifique, l'OPEP est là pour défendre indirectement le prix du gaz,si tel est le cas, alors pourquoi l'Europe a tremblé après la visite duPrésident Russe en Algérie? Pourquoi l'Etat Major des pays de l'OTANrédigerait-il un rapport Ultra confidentiel pour alerter ses membres sur lacréation d'un tel Cartel? Ou encore ce qui justifie l'alerte des Etats-Unisd'Amérique sur l'éventuel retour d'un attentat du 11 septembre par des groupesalgériens en sachant pertinemment que les seuls investisseurs américainsprésents en Algérie le sont dans les hydrocarbures? Cela voudrait-il dire quel'Europe et l'ensemble des pays de l'OTAN, n'ont aucun expert capable de lesrassurer? sommes-nous les seuls détenteurs de la vérité? Plus curieux lit-ondans la presse de cette semaine, un expert étranger qui non seulement abondedans le même sens mais tente d'inculquer dans l'esprit des algériens l'idée dela prolifération des possibilités de substitution à l'exemple des gaz nonconventionnels comme les hydrates et le gaz de houille mais ne dit pas à quelprix, ni fait allusion aux conséquences sur l'environnement. Dans cesconditions même le pétrole brut possède ses produits de substitution entre lepétrole dit lourd dont les réserves sont énormes donc on pourrait aussi dire àquoi sert l'OPEP? La réalité est que le souci primordial de tout pays fortementdemandeur d'énergie, est de rechercher une substitution à la forme d'énergiequ'il importe pour se libérer de sa dépendance vis-à-vis de son fournisseurmais en vain. Cet élan des pays consommateurs est entravé soit par le coûtélevé de substitution soit par la difficulté de substitution comme dans ledomaine de transport par exemple et c'est là toute la problématique de lastratégie énergétique mondiale.En fait à l'avantage de recourir au contrat long terme dans lacommercialisation du gaz et plutôt du côté de l'exportateur ou producteur quiconsent des investissements très lourds dans les projets de transport du gaz.L'Algérie qui dispose d'une expérience de près de 40 ans dans le domaine et quireste pratiquement la seule au monde à disposer de 4 procédés de liquéfaction,peut en effet rassembler autour d'elle les producteurs de gaz des différentspays pour faire passer ses priorités stratégiques sans pour autant toucher auxintérêts de ses partenaires. Il faudrait seulement trouver le juste équilibrede ce partenariat.On se demande pourquoi l'idée de la création d'une forme d'OPEG gêneraitplus à l'intérieur qu'à l'extérieur. On dit bien dans l'adage populaire quelorsque la poule pond des oeufs, c'est le coq qui ressent la douleur.


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