Algérie

Les mille et une nuits

Histoire du second frère du barbier CXLVIIe Nuit Commandeur des croyants, repris-je, je supplie votre majesté de trouver bon que je ne reçoive rien qu’après lui avoir raconté l’histoire de mes autres frères. Le calife m’ayant témoigné par son silence qu’il était disposé à m’écouter, je continuai en ces termes: Mon second frère, qui s’appelait Bakbarah le brèche-dent, marchant un jour par la ville, rencontra une vieille dans une rue écartée; elle l’aborda: «J’ai, lui dit-elle, un mot à vous dire; je vous prie de vous arrêter un moment». Il s’arrêta en lui demandant ce qu’elle lui voulait.  «Si vous avez le temps de venir avec moi, reprit-elle, je vous mènerai dans un palais magnifique où vous verrez une dame plus belle que le jour. Elle vous recevra avec beaucoup de plaisir et vous présentera la collation avec d’excellent vin. Il n’est pas besoin de vous en dire davantage. -Ce que vous me dites est-il bien vrai? répliqua mon frère. -Je ne suis pas une menteuse, repartit la vieille; je ne vous propose rien qui ne soit véritable; mais écoutez ce que j’exige de vous: il faut que vous soyez sage, que vous parliez peu et que vous ayez une complaisance infinie». Bakbarah ayant accepté la condition, elle marcha devant et il la suivit. Ils arrivèrent à la porte d’un grand palais où il y avait beaucoup d’officiers et de domestiques. Quelques-uns voulurent arrêter mon frère; mais la vieille ne leur eut pas plus tôt parlé qu’ils le laissèrent passer. Alors elle se retourna vers mon frère et lui dit: «Souvenez-vous au moins que la jeune dame chez qui je vous amène aime la douceur et la retenue; elle ne veut pas qu’on la contredise. Si vous la contentez en cela, vous pouvez compter que vous obtiendrez d’elle ce que vous voudrez». Bakbarah la remercia de cet avis et promit d’en profiter. Elle le fit entrer dans un bel appartement: c’était un grand bâtiment carré qui répondait à la magnificence du palais; une galerie régnait à l’entour, et l’on voyait au milieu un très beau jardin. La vieille le fit asseoir sur un sofa bien garni et lui dit d’attendre un moment, qu’elle allait avertir de son arrivée la jeune dame. Mon frère, qui n’était jamais entré dans un lieu si superbe, se mit à considérer toutes les beautés qui s’offraient à sa vue, et jugeant de sa bonne fortune par la magnificence qu’il voyait, il avait de la peine à contenir sa joie. Il entendit bientôt un grand bruit qui était causé par une troupe d’esclaves enjouées qui vinrent à lui en faisant des éclats de rire, et il aperçut au milieu d’elles une jeune dame d’une beauté extraordinaire, qui se faisait aisément reconnaître pour leur maîtresse par les égards qu’on avait pour elle. Bakbarah, qui s’était attendu à un entretien particulier avec la dame, fut extrêmement surpris de la voir arriver en si bonne compagnie. Cependant, les esclaves prirent un air sérieux en s’approchant de lui, et lorsque la jeune dame fut près du sofa, mon frère, qui s’était levé, lui fit une profonde révérence. Elle prit la place d’honneur, et puis, l’ayant prié de se remettre à la sienne, elle lui dit d’un air riant: «Je suis ravie de vous voir, et je vous souhaite tout le bien que vous pouvez désirer. -Madame, lui répondit Bakbarah, je ne puis en souhaiter un plus grand que l’honneur que j’ai de paraître devant vous.   A suivre...
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